Vélo connecté, valeur ajoutée ?

“Mais c’est quoi un vélo connecté en fait ?” me demandait l’autre jour mon pote Barth, toujours à l’affût. Je répondais tranquillement : “Et bien, euh, bah tu prends un vélo, souvent électrique parce que c’est plus facile et que t’as plus de données à récupérer, et bah tu le connectes quoi. Au réseau, à ton backend, ou à ton smartphone, via une app. Et après t’as plein d’échange d’info entre les différentes entités.” “Ok Charles, je suis pas sûr de bien comprendre le bail.” me dit-il avec son franc parler habituel. Je grommelle. Me voilà bon pour faire un article.

Après 1 an de développement du vélo électrique avec Indigo Weel (j’y travaillais jusqu’en décembre dernier), j’ai voulu résumer dans les grandes lignes ce qu’est un vélo connecté.

 On connait les montres connectées, les lunettes, les lampes, les caméras, les enceintes, les volets, les frigos, les voitures, les trottinettes, les caddys, les machines à café, les…j’en passe. Ca devient naturel de lire le mot connecté à côté de 1001 produits qui ne l’étaient pas avant. Et voilà que le vélo s’y met.

Que veut donc dire le terme “connecté” ? Pourquoi connecte-t-on les vélos ?

Je ne parlerai ici que du vélo électrique, car c’est le vélo qui se connecte le plus de nos jours. Mais certaines parties concernent également les vélos dit maintenant “musculaire” (sans assistance électrique). N’hésitez pas à me poser des questions en commentaire !

Quand les vélos se mettent à parler…

Connecter un véhicule, de manière courante aujourd’hui, c’est le faire discuter. Discuter avec une entité autre que lui-même. Discuter avec un smartphone par exemple. Je peux imaginer connecter mon smartphone au vélo, très souvent via bluetooth, puis décider d’allumer ou éteindre les lumières avant, arrière, choisir la puissance de l’assistance électrique via l’application du smartphone. Mais ça va plus loin. En connectant le vélo au réseau mobile on peut activer des fonctionnalités à distance : déclencher une alarme en cas de mouvements intempestifs, bloquer/débloquer un cadenas, recevoir des données sur l’état du vélos (immobile ou en déplacement…), sur sa position géographique. Je listerai les fonctionnalités dans la partie suivante.

Ce n’est pas nouveau, mais ça prend de l’ampleur. Ce n’est plus réservé à un public de “early adopters”, ces personnes qui aiment expérimenter de nouveaux produits avant les autres. Les nouveaux vélos, et surtout les électriques, se connectent massivement aux réseaux, comme des abeilles rejoignant la ruche et se glissant dans leurs alvéoles après une longue errance au milieu de ces fleurs de cerisiers, promesse d’un beau printemps, et d’un été plus beau encore…hop là! Rien à voir mais j’avais envie de quelques métaphores naturelles.

ne pas reproduire à la maison
Ce vélo butinait tranquillement de la data quand soudain

…Ils peuvent dire des choses fort intéressantes

Quand les vélos nous parlent
Quand les vélos nous parlent

Voila une liste non exhaustive des fonctionnalités que peut proposer un vélo connecté à un smartphone par exemple : allumer/éteindre les lumières, choix du niveau d’assistance électrique, activation de la batterie pour lancer l’assistance, géolocalisation, blocage du moteur si le vélo n’est pas activé ou s’il est volé par exemple, état du système (signalisation de problèmes sur les composants électroniques, sur le moteur), mise à jour de l’intelligence du vélo (du contrôleur, ou boitier connecté). Les données ne sont pas si nombreuses car un vélo électrique reste assez simple en comparaison avec une voiture. C’est ce qui fait sa force.

Il est difficile de combiner tout cela sans augmenter le prix du vélo. Si le matériel électronique n’est pas très cher, il faut développer les applications mobiles, le système informatique, le maintenir etc. Donc l’alternative à un vélo connecté c’est un vélo déconnecté (wow!) qui utilise un écran et des boutons d’actions directement sur le guidon. C’est la grande majorité des vélos électriques vendus aujourd’hui. On parlerait presque de low tech mais bon, un vrai vélo low tech, c’est un vélo sans tech justement (hello fixie!).

tranquille
Dites moi mon brave, il se connecte ce vélo ou c’est pas l’idée ?

Mais on connait l’appétence du public pour les innovations et les nouvelles technologies. La vague des objets connectés ne fait que commencer.

Je distinguerai dans mon analyse 2 approches : celle d’un vélo pour les particuliers, et celle d’une flotte de vélo gérée en B2B.

Pour les particuliers, quels avantages à posséder un vélo connecté ?

Je dirai que c’est encore aujourd’hui intéressant plutôt pour les fans de techno. Je privilégierai personnellement un vélo électrique simple, sans électronique superflue, à une exception près que je détaillerai.

Mais certains me diront : “Rabat-joie, pourquoi ce choix d’austérité électronique ?”

Loin de moi l’idée de vouloir rabattre la joie de certains. Je n’en aurai simplement pas l’utilité. Je peux changer mes vitesses manuellement sur mon boitier. Il calcule également les km parcourus, affiche ma vitesse en temps réel (qui est limitée à 25km/h donc pas passionnante) et je peux me rendre tout seul chez mon vélociste pour la maintenance, voire j’appelle Ridy ou Cyclofix directement en cas d’imprévu. Mes lumières s’allument automatiquement lorsque je roule. Je recharge ma batterie à la maison, sa durée de vie est grosso modo de 800 cycles, elle est garantie 2 ans. Pour les antivols, un lourd Kryptonite combiné à une lecture de mon article ici suffirait pour me sentir serein. Je chercherai aussi à être assuré par mon assurance habitation. Mon smartphone, lui, me permet déjà de faire des trajets optimisés avec Géovélo.

Bref, je ne ressens pas le besoin de me connecter pour révolutionner mon expérience car je suis responsable de mon vélo et je me sens en mesure de faire ces démarches moi-même.

Moustache à l'ancienne
Moustache à l’ancienne, puissance au guidon, déconnecté, enfin façon de parler

Mais mais mais…quand même il fallait que je vous dise

Il y a quelques trucs pas mal qui se font. Premièrement la géolocalisation. J’ai écrit un article sur les trackers GPS vélo en 2017 qui attire depuis 2 ans des milliers de lecteurs, preuve que ce sujet titille pas mal les cyclistes dans leurs têtêtes. A l’époque le marché n’était pas prêt. Aujourd’hui il a changé, les technologies deviennent de plus en plus intégrées et de moins en moins chères. Velco a sorti son guidon Winkbar. Van Moof et son équipe retrouvent des vélos volés. Qui sait, la police pourrait se décider elle-aussi à intervenir sur la base d’informations GPS un de ces jours (car pour le moment ce ne semble pas trop être le cas, n’hésitez pas à commenter si ça l’est, ça m’intéresse!). Avoir un système qui me permette de géolocaliser mon vélo et qui m’alerte s’il se met subitement à danser la samba (alors qu’il ne sait pas danser la samba) oui, ça m’intéresse ! Avec une garantie de remplacement, je serais content de payer l’assurance.

Les bons vélos électriques coûtent généralement au moins 1500€, et montent rapidement dans les 2500-3500€. Les compagnies d’assurances ont déjà développé des produits spécifiques pour les vélos électriques et il y a fort à parier qu’ils exigent bientôt l’installation de mécanismes de traçage sur les vélos en s’associant à des acteurs de la géolocalisation.

Mais aussi, ce vélo connecté électrique peut tout simplement refuser de démarrer sans reconnaissance via app, empreinte digitale ou autre. Et ça, je me dis que c’est pas mal. C’est plus compliqué d’obtenir ce résultat pour les vélos classiques (pas de batterie), raison pour laquelle je me focalise sur les VAE (Vélo à Assistance Electrique).

Van Moof, Cowboy, Angell, Véligo : des petits nouveaux bien connectés

Depuis quelques années, des nouvelles marques se lancent sur le marché et conçoivent des vélos électriques et connectés en sortant des sentiers battus. Révolutionner l’expérience du cycliste urbain, c’est leur ambition. Le design est primordial, Tesla est dans toutes les têtes. La connectivité via une application smartphone permet d’allier un design épuré avec très peu de commandes externes, des changements de vitesse automatiques, des antivols intégrés et contrôlés à distance, des clignotants…On pensait avoir un vélo dans la tête, mais c’est lui qui s’est doté d’un cerveau ! Mordiou ! La machine qui pense, j’en ai des frissons.

Les promesses sont belles pour nous autres, citadins. Van Moof a par exemple lancé une assurance contre le vol, 290€ pour 3 ans, ce n’est pas trop cher pour des vélos qui valent 2000+€ ! La promesse de remplacer un vélo volé par un temporaire, en attendant que l’ancien soit retrouvé grâce à ses différentes techno de géolocalisation. Et ça marche en plus.

Who got the fattest tyres ?
Un air de famille

Technologie et design donc pour des vélos aujourd’hui plus confidentiels dans les villes que le classique Motobécane ou le traditionnel Décathlon, mais pour combien de temps ? La crise covid19 aidant, VanMoof a enregistré +48% de vente en février par rapport à l’année dernière, et une fréquentation sur son site de +80% en février-mars…lire ici. Le lancement d’Angell est également un marqueur fort de cette tendance.

J’ai habilement glissé le Veligo dans ce chapitre. Développé par le consortium Fluow (La poste, Transdev, Cyclez) ce n’est pas une marque de vélo à proprement parler (location moyenne durée, financée à moitié par l’utilisateur et à moitié par la région) mais sa renommée est déjà grande en Ile-de-France !

Le veligo
Le veligo : électrique et connecté

Velco, au coeur du connecteur

Velco c’est la boite qui avait fait parler d’elle pour le Winkbar, le guidon connecté. 3 ans ont passé et ils ont développé une expertise dans la connectivité des flottes de vélo et de 2 roues urbains en général en travaillant avec par exemple MFC (Manufacture Francaise du Cycle). Cette expertise les place en très bonne position pour mener la danse de la connectivité, de manière souvent invisible pour les utilisateurs finaux qui ne voient pas la technologie interne.

VELCO connecteur
Le connecteur VELCO – petit boitier qui se connecte au grand réseau

Une connectivité aujourd’hui incontournable pour les flottes de vélo

Le free-floating est né uniquement grâce à la connectivité des vélos. Cela s’est fait au travers des cadenas “fer à cheval” ou “frame lock” et c’est l’exemple le plus frappant de la puissance de cette connectivité. Absolument nécessaire, oui, car comment connaitre la localisation de ses véhicules et comment la montrer à ses utilisateurs dans l’application mobile sans connecter le vélo à ses serveurs, à son application mobile ? Comment ouvrir le cadenas automatiquement ?

Cadenas connecté
Cadenas connecté Trelock sur le même modèle que tous ceux qui équipent les vélos en free-floating

On peut dire que ces technologies n’était pas nouvelles, déjà utilisées par des entreprises de gestion de flotte d’entreprise. Mais elle est devenue visible et incontournable aujourd’hui. Je me souviens encore de Donkey Republic et son cadenas connecté pour que chacun puisse louer son vélo à des utilisateurs de passage. En peer-to-peer quoi. Ca m’avait bluffé à l’époque ! Cette époque c’était 2012. La techno était là, le business model…pas encore (un business model toujours instable aujourd’hui)

Les enjeux De la connectivité pour gérer Des flottes de vélo

Je me base principalement sur mon expérience dans le free-floating pour cette liste de fonctionnalités mais cela va plus loin :

  • Connaitre l’emplacement de ses vélos à chaque instant
  • Connaitre leur état : immobile ou en mouvement
  • Le niveau de batterie : quel vélo recharger en priorité ? Et générer automatiquement des circuits pour les équipes de maintenance
  • Analyser les trajets des utilisateurs, les zones de location/parking pour placer son vélo au bon endroit au bon moment (clef chez les opérateurs de free-floating), ou pour travailler avec les villes et améliorer leur compréhension des flux de déplacement
  • Repérer des vélos volés
  • Bloquer le parking dans certaines zones (en empêchant la fin de location d’un vélo par exemple)
  • Maintenance prédictive : particulièrement pour les grandes flottes de vélos partagés qui connaissent des dégradations identifiées et répétitives.
  • Activer/désactiver le vélo à distance (via smartphone pour l’utilisateur ou par “backend” par l’entreprise)
  • Mettre à jour le logiciel interne des vélos à distance : par exemple le contrôleur, qui décide de la puissance à envoyer de la batterie vers le moteur, peut connaitre quelques bugs et l’on peut corriger ces bugs en envoyant une mise à jour
  • Décider de la puissance à donner au vélo électrique pour différentes situations : il pleut ? l’assistance électrique peut être abaissée à 20km/h. Voire, comme pour les trottinettes, limiter l’assistance en la couplant avec des données de géolocalisation.  Zone piétonne ? assistance baissée à 15km/h

conclusion

Est-ce que on pourrait pas dire que
On dirait une oeuvre d’art plastique d’un élève de 5e. On devrait m’interdire de publier ça ici.

En conclusion, l’année 2020 sera connectée, ou ne le sera pas, ou peut-être qu’elle sera les 2 à la fois. WoW ! Encore un éclair de génie !

Plus sérieusement, on peut dire 2 choses : pour un particulier qui s’achète un vélo électrique, ça commence à être intéressant cette histoire de connectivité, mais c’est pas non plus la panacée. Par contre, pour des gestionnaires de flotte, là on parle! Pour eux, c’est un facteur clef d’optimisation de leurs processus. L’efficacité dans la connectivité. Il ne reste plus qu’à maitriser toutes ces informations, sinon c’est de la data sans âme.

Merci de m’avoir suivi jusqu’à là, ça me touche.

Sachez que je ne compte pas m’arrêter là et qu’un autre article sera écrit ! Au moins aussi instructif et spirituel !

A bientôt, donc.

Le Free-floating est mort, vive le Free-parking !

 

Mon dernier article souhaitait un joyeux anniversaire au Free-floating. Les mois ont passé, les temps ont changé. Le Free-floating n’est plus.

Je travaille chez Indigo Weel depuis décembre 2017, aujourd’hui en tant que chef de projet vélo électrique. J’étais hier responsable des outils informatiques pour les opérations.


Gobee.bike, Ofo, Obike…3 noms à consonance posthume dans le monde du vélo en free-floating. Ce monde où l’on rêvait plutôt de villes résonant de cliquetis de moyeux nexus, d’exclamations de clients si heureux de pouvoir trouver un vélo en bas de chez eux, au lieu de devoir marcher jusqu’à une station bornée où les 3 vélos restant ont une chaine cassée, un pneu crevé et une roue voilée…

Sur un air de Téléphone, sans trop respecter le nombre de pieds :

Ils rêvaient d’un autre monde,

où les roues resteraient rondes,

Où les bicyclettes seraient fécondes,

et les utilisateurs rouleraient en moyenne 500 secondes.

Un rêve court pour certains, plus long pour d’autres

Le free-floating est mort. Tout simplement trop de dégradation. Un modèle inadapté face à un ensemble de personnes peu concernées par le respect du bien d’autrui. Mais la mobilité vélo qui s’est dessinée pendant 1 an, connectée, partagée et bientôt électrique, est bien trop intéressante pour laisser la situation en plan ! Les villes se transforment ! Les pistes vélo s’améliorent, les discours du gouvernement s’affermissent. Le climat est positif.

Et dans ce contexte, il reste d’ailleurs quelques entreprises résistantes.

Mobike d’abord, dont la présence à Paris s’étiole peu à peu, Donkey Republic avec ses vélos plus haut de gamme, concentrés au centre de Paris, Indigo Weel dans 7 villes en France, hors Paris. Enfin, les derniers venus : Oribiky, qui mise sur l’électrique en free-floating à Paris pour se faire une place, et Zoov qui propose un modèle innovant de vélo électrique et stations de chargement légères, basées sur le concept du caddy.

Jump prépare son entrée à Paris au printemps. Déjà présent à Berlin et Lisbonne, leur service impose aussi d’attacher son vélo à un point fixe.

C’est un changement de paradigme

Une nouvelle ère s’ouvre. Plus qualitative, plus électrique. On le ressent dans tous les discours, le but est de rassurer les villes, leur montrer que ce modèle évolue, qu’il a sa place et ses avantages, dans une ville qui cherche des alternatives au tout voiture. Ce n’est plus l’époque des milliers de vélos déposés partout et du remplacement continu des volés ou dégradés. L’électrique s’invite à la table, comme le montre l’utilisation croissante des Velibs bleus, et l’arrivée des nouveaux acteurs 100% électrique Zoov, Oribiky, Jump… Bien sûr, les trottinettes viennent sans complexe bousculer tout ce petit monde. Pour elles, l’histoire du free-floating se répète mais avec des plus petites roues…

Mieux contrôler l’espace public

Les vélos ne peuvent plus être ballotés à droite à gauche, mais doivent se plier à des règles plus strictes. Cela devient une exigences des villes, et il en va de la survie de ces services. C’est dans cette logique qu’Indigo Weel demande aujourd’hui à ses utilisateurs de vélos et de scooters de se garer sur des parkings identifiés, et de prendre une photo pour preuve. Les vélos doivent même être attachés aux arceaux. Ce système est au coeur du fonctionnement de Donkey Republic ou de Jump. Oribiky impose de se garer dans les parkings référencés et permet d’en déclarer de nouveaux (les bases de données d’arceaux vélos ne sont pas toujours très à jour). Zoov cherche à proposer un modèle plus économique aux villes : des stations pour réguler le stationnement et recharger les vélos, mais moins lourdes et donc moins chères que celle déployées pour le vélib par exemple. Toutes ces offres permettent d’offrir des garanties aux villes soucieuses d’une bonne organisation de l’espace public. Et elles permettent également de limiter l’impact des dégradations.

C’est pour cela que je nomme ce fonctionnement “free-parking”. L’accent est maintenant plus mis sur le respect des règles de la ville et le bon stationnement des vélos que sur la possibilité de les laisser où l’on veut. Les vélos ne flottent plus, ils ont appris à nager !

Nouvelle approche pour les utilisateurs

D’après l’étude de l’ADEME sur le free-floating, réalisée en septembre 2018, les principales motivations des utilisateurs de vélos en free-floating étaient la possibilité d’un parcours porte à porte, et le gain de temps que cela engendrait. C’est quelque chose qui évolue donc avec des vélos qui seront attachés ou stationnés dans les parkings les plus proches, donc pas souvent en bas de la porte. Mais la disponibilité des vélos, en baisse constante avec les dégradations, engendraient également des frustrations. Ces restrictions de stationnement et d’attache avec chaine devraient logiquement venir fiabiliser la position des vélos, et améliorer leur disponibilité en limitant les vols. Les utilisateurs ont de nouvelles contraintes, mais cela reste toujours plus souple que de devoir reposer son vélo dans une borne.

Les défis du free-parking

La solution parfaite n’existe pas. Ils y aura toujours des dégradations. Les vélos en libre-service bornés, en subissent également, avec un coût difficilement supportable sur du long terme pour n’importe quelle entreprise sauf pour un service public. C’est un facteur qui est inhérent au métier, et accepté.

De plus, ces nouveaux modèles de fonctionnement ne font pas que des heureux, à commencer par les cyclistes qui voient d’un mauvais oeil ces vélos maintenant attachés aux arceaux par leurs utilisateurs. Quand le besoin de stationnement vélo dépasse l’offre. Ce n’est pas nouveau, le besoin de parking vélo n’est pas toujours géré de manière optimale, même sans vélos partagés dans l’équation. Mais les politiques cyclables évoluent. C’est l’occasion pour ces acteurs du free-parking d’engager les dialogues avec les villes sur les infrastructures, et de participer aux échanges avec les parties prenantes locales. Prendre leur place. S’ancrer pour durer.

garder la dynamique

Gageons que ces questions soulevées sur la place des acteurs de nouvelles mobilités trouveront des réponses satisfaisantes pour tous. En tout cas, tout ce bouillonnement d’innovation médiatise encore et toujours la place du vélo en ville avec ses besoins en parking, en infrastructure…

D’après l’étude de l’ADEME citée plus haut, 40% des utilisateurs de free-floating n’utilisaient jamais ni un vélo personnel, ni le vélib pour se déplacer avant l’apparition des vélos en free-floating (étude réalisée sur les utilisateurs parisiens de Ofo et Mobike, avec 2349 réponses reçues). Ce chiffre m’a profondément marqué. Ces services ont permis un développement du vélo en ville, pas seulement en le médiatisant (comme je l’évoquais dans mon dernier post), mais également en attirant un public de non-initiés.

Et c’est un très bon début. Vélo, en avant !

A bientôt sur velonomy.

Vol de vélos : la technologie au pilori

Bonjour à tous, et bienvenue dans ce nouvel article de velonomy. Je continue mon focus sur le sujet du vol de vélos, et me suis intéressé de près aux traceurs GPS.

Mes questions étaient les suivantes : l’antivol GPS est-il un outil utile pour réduire le risque de se faire voler son vélo ? L’est-il également pour le retrouver ? Quels sont ses points forts et ses limites ? Enfin, comment a-t-on compris que la terre n’était pas plate ? Il y a des choses à dire. Mais ça, vous vous en doutiez. Une enquête exclusive signée velonomy.

L’ANTIVOL GPS pour VELO C’EST QUOI ? COMMENT CA MARCHE?

Les faibles prix du matériel électronique, couplés à la miniaturisation des composants rendent les balises/traceurs GPS accessibles à tous, et en particulier aux cyclistes. Le concept est séduisant : placer un simple émetteur sur le vélo, puis recevoir des notifications sur son téléphone lorsque le vélo bouge de manière intempestive alors qu’il devait se tenir à carreau. Ensuite, si le vol a lieu, tracer en temps presque réel le vélo jusqu’à son point d’arrivée. Ce qui permet potentiellement d’aller le rechercher, ou de demander à la police de le récupérer à votre place. Je me concentre donc sur ces possibilités et laisse de côté les fonctionnalités offertes par cette technologie pour mesurer ses performances ou pour gérer ses itinéraires comme les GPS Garmin par exemple.

Il est intéressant de comprendre les grandes lignes du fonctionnement d’un traceur GPS. Attention,  je ne rentre pas dans les détails, mon but est d’aborder les grands principes.

Les principaux composants sont : un module GPS, un module GSM/GPRS, éventuellement combiné avec un module 3G (UMTS), un accéléromètre, une batterie et une carte de type Arduino qui sert de connexion entre tout ce beau monde. Le module GPS calcule sa position géographique, transmet l’information au module GSM/GPRS, qui envoie l’information au cycliste par sms via le réseau téléphonique. Ce module GPRS/GSM peut également être utilisé pour la géolocalisation. En effet, les ondes GPS émises par satellites peuvent parfois ne pas être bien captées, et le réseau de téléphonie mobile peut les remplacer, avec une précision qui dépend du nombre d’antenne relais à proximité. Plus il y a d’antennes accessibles, plus la localisation sera précise. Pour communiquer sur ce réseau téléphonique, il faut une carte SIM ainsi qu’un abonnement adéquat. L’accéléromètre, de son côté, permet d’envoyer une alerte s’il ressent des chocs, autrement dit : une situation potentielle de vol.

Pour information, le système GPS est un système militaire américain. Nous pouvons tous accéder gratuitement à ce service, avec une précision moins bonne que pour le service payant, ainsi qu’avec des restrictions qui peuvent être décidées par le département de la défense américaine de manière arbitraire. Mais l’Europe s’est dotée de son propre système, Galileo. Technologie plus précise, et de plus, civile, il devrait être déployé entièrement en 2020. Regardez cette petite vidéo c’est bien fait et intéressant pour mieux comprendre un outil aujourd’hui tellement généralisé qu’on en oublierait presque que c’est une innovation technologique majeure !

A noter qu’il est possible d’acheter une puce GPS pour 6€ sur des plateformes telles Aliexpress, grand marché internet du made in china, idem pour la puce GSM et en suivant des tutoriels sur internet en type DIY (Do It Yourself) on s’en sort pour moins de 30€, sans compter l’investissement en temps (soudures, programmation, tests…), qui est lourd pour un novice. N’est-ce tout de même pas incroyable de pouvoir accéder à une technologie comme celle-là pour un prix aussi dérisoire ? Mais tout le monde n’est pas encore prêt à monter son GPS soi-même, moi le premier. J’ai donc cherché à savoir ce que nous proposait le marché.

QUE NOUS PROPOSE DONC LE MARCHE ?

Le Sherlock : simple et complet

Ma première impression est que ce genre d’objet ne court pas les serveurs ! Pour une utilisation purement cycliste, le marché semble tâtonnant.

Le produit le plus excitant que j’ai pu trouver est le “Sherlock”. Fabriqué par une équipe basée en Italie, à Turin, c’est un traceur antivol qui se glisse dans le guidon, et qui est en principe invisible. J’ai regardé plusieurs autres produits et c’est celui qui m’a paru le plus sensé et le plus simple, surtout en matière ergonomique. En mai 2016, une tentative de financement par la foule via Indiegogo s’est soldée par un échec, car seulement 34,000€ ont été levé sur un objectif de 80,000€. Cependant Sherlock a tout de même fait son entrée sur le marché en mars 2017 via des pré-commandes, et les livraisons sont en cours. En plus d’avoir pu bénéficier de fonds européens via un programme d’incubation destinés aux entreprises positionnées sur les problématiques urbaines numériques, Sherlock a également le soutien d’Orange Business, et depuis peu, de Viasat, spécialiste de la géolocalisation de flotte de véhicule d’entreprise par satellite, qui a acheté des parts de leur entreprise. Il semble donc que leur modèle plait, reste à voir si ça fonctionne…et combien de vélo seront retrouvés grâce à eux !

Le traceur Sherlock – glissé dans le guidon

Spybike – Velocate…

Plusieurs autres entreprises proposent ce genre de produit. C’est le cas de Spybike, entreprise anglaise qui propose un traceur intégré dans une lumière de vélo arrière, le tube de selle ou la potence. L’équipe de Matin Dimanche, journal suisse, a fait l’expérience de laisser des vélos dans la rue pour les suivre une fois volés (le lien ici). Pour cela, ils ont utilisé les traceurs proposés par Velocate, une marque allemande, qui sont également placés dans une lampe arrière et se sont révélés fiables.

Traque au vélo volé - l'expérience de Dimanche Matin en Suisse
Traque au vélo volé – l’expérience de Dimanche Matin en Suisse

Velco : un produit prometteur

Je vais en profiter pour rajouter ici la Wink Bar de Velco : entreprise nantaise qui a développé un guidon connecté. En plus des 450,000€ de levée de fonds en janvier, Ils viennent de récolter 33,200$ sur Indiegogo et prévoient de livrer en septembre 2017. Le guidon est connecté au téléphone via bluetooth et guide l’utilisateur vers sa destination grâce à des indicateurs lumineux. Il inclut un module GPS, GSM, Bluetooth, RFID…tout ce qu’il faut pour obtenir un bon traceur. Et il peut être relié à la dynamo, ce qui facilite la charge de la batterie. Le forfait données est inclus mais il ne semble pas y avoir d’activation/alerte via sms. Prix aujourd’hui : 174$ (en $ car vendu sur indiegogo en $) tout compris. Il est annoncé demain à 264$. Un projet vraiment intéressant, à suivre, même si la contrainte du changement de guidon peut être bloquante pour certains.

Wink Bar de Velco
Wink Bar de Velco – La technologie à portée de guidon

Un budget certain

Tout cela n’est pas donné. Au delà des composants qui ne coûtent pas cher, il y a tout le travail de recherche et développement, entre autre pour permettre de placer le traceur dans les endroits les plus invisibles possibles. Le but est clair : le voleur doit ignorer que ce vélo est équipé d’un traceur. Le problème est que en plaçant le traceur dans trop profondément dans les tubes, il peut y avoir des problèmes de connexion, notamment l’effet cage faraday pourrait bloquer le signal. Il faut ruser. J’ai un faible pour le Sherlock en terme d’ergonomie car il pourrait s’adapter sur presque tous les vélos, alors que les potences ne sont pas toutes les mêmes, que je n’ai pas envie de changer mon tube de selle et que je ne veux pas racheter une lampe arrière.

Les tarifs vont de 180 à 250€ pour velocate, avec un an d’abonnement (carte SIM), puis 39€/an les années suivantes (3.25€/mois). 150€ avec 2 ans d’abonnement inclus pour le Sherlock, puis 3€/mois ensuite, et enfin les produits spybike coûtent entre 82.50£ et 97.50£ auxquels il faut rajouter 3.5£/mois pour l’abonnement et la carte SIM.

Il est toujours possible de gérer soi même sa carte SIM, cependant il faut trouver une offre qui soit compétitive avec ce que propose le constructeur de votre produit. Ce post de forum met à jour une liste de carte SIM qui correspond aux besoins : envois de sms et data sont les 2 mamelles d’une offre attractive ! Mais il ne faut pas oublier que le réseau que vous choisissez a son importance. Free, SFR, Bouygues, Orange…? Lequel choisir ? L’idéal serait donc une carte multi-opérateur. C’est ce que propose Matooma, une entreprise lancée en 2012 à Montpellier, et dont le développement a été fantastique. Je vous laisse aller voir par vous même car on s’éloigne un peu du sujet. Malheureusement ce sont des offres à destination des entreprises, et je ne sais pas si c’est accessible aux particuliers.

C’est donc le Sherlock qui s’en tire le mieux niveau budget, pour un coût de 150€ pour 2 ans, sans oublier la Wink Bar, qui, si elle tient ses promesses, permettra d’avoir un forfait data illimité et compris dans le prix pour transmettre la géolocalisation GPS sur l’application (attendons un peu avant de célébrer, parce que ça semble presque trop beau pour être vrai).

MAIS EST-CE UNE BONNE IDÉE ?

Un traceur n’est pas un antivol…

Les promesses sont toujours belles et attirantes mais elles “n’engagent que ceux qui les écoutent” aurait dit Henri Queuille. Vous savez, Henri Queuille, cet homme d’Etat Français, né à Neuvic en Corrèze, le 31 mars 1884 et mort à Paris le 15 juin 1970.

Appeler le traceur GPS un antivol n’est pas exact, pas du tout même. Il n’empêchera pas le voleur de s’emparer du vélo. Par contre, un accéléromètre va permettre de sentir les mouvements, les chocs, et sera en mesure de déclencher une alerte, et potentiellement vous donner le temps de réagir (à condition que vous ayez attaché votre vélo comme il se doit…). Mais tous les traceurs ne dispose pas de cette fonctionnalité. Pour s’appeler antivol, il faut au minimum ça, et puis, si vous n’êtes pas dans les parages, ça n’antivolera rien du tout et vous verrez tristement votre vélo s’envoler.

…Il faut donc que quelqu’un aille chercher le vélo lorsqu’il est volé !

Il est absolument déconseillé d’aller chercher son vélo tout seul. En tout cas, moi, je vous le déconseille. Comment peut-on imaginer se faire justice soi-même ? Si par chance le vélo est simplement abandonné, très bien mais les rencontres peuvent être fatales, comme témoigne cet article (en anglais) sur un adolescent canadien qui s’est fait tuer après avoir géolocalisé son smartphone et confronté les voleurs.

Analysons rapidement le marché du traceur GPS. Qui va acheter un traceur ? Et pourquoi ?

Selon moi, la personne qui a est prête à payer un traceur GPS et un abonnement chaque mois, pour un budget d’au moins 150€ pour 2 ans, et plus dans la durée, possède probablement un vélo de qualité. Un vélo d’une assez bonne qualité, et d’un prix assez élevé pour se donner les moyens de le retrouver s’il est volé. Admettons maintenant que ce vélo se fasse voler, quelles sont les chances qu’un vélo attirant soit volé pour un usage unique, c’est à dire pour rentrer chez soi, ou juste frimer dans la rue avant de l’abandonner dans un coin ? Peu de chances je dirais ? Sauf si ce vélo était mal cadenassé (encore quelqu’un qui ne lit pas velonomy.), je vous l’accorde. Il ne faut tout de même pas oublier qu’il faut déjà un budget pour attacher correctement son vélo, et que ce traceur vient simplement aider en cas de vol. Mal attacher son vélo parce qu’on a un traceur GPS…mauvaise décision !

Mon impression est que si ce beau vélo est volé, ca sera pour être revendu derrière ! Dans le coin, ou peut-être pas dans le coin, dans le pays, ou le continent voisin…

La situation ne sera peut-être pas aussi simple que celle décrite dans la vidéo (d’ailleurs le vélo est un vieux VTT, qui ne mérite pas forcément un traceur GPS à 98£ + un abonnement mensuel à 3,5£/mois, étant donné qu’il doit coûter à peine 100£). L’homme pose son vélo avec un cadenas des plus médiocres (on ne le voit même pas), puis reprend tranquillement le vélo au voleur qui faisait ses courses :

Serait-ce une définition de l’anti-marketing : un contenu qui ne donne pas envie d’être regardé, accompagné d’une musique fait maison qui aurait mérité de rester enfermée dans son ordinateur.

Donc, la police doit être impliquée

La première question que je me pose est la suivante : La police peut-elle légalement intervenir sur la base d’une géolocalisation fournie par une entreprise privée ? Par exemple, si mon vélo est volé, que je l’ai équipé d’un sherlock et que l’application fournie par Sherlock me montre le lieu où est stationné le vélo, puis-je demander aux forces de l’ordre d’intervenir sans avoir vérifié au préalable qu’il s’agit bien de mon vélo ? Les exemples que j’ai pu retrouver sur internet mentionnent les téléphones portables ou les voitures, mais aucune trace de vélos retrouvés par géolocalisation. Vous me direz, et vous aurez raison, que c’est certainement parce que très peu de vélos sont équipés de traceur aujourd’hui ! Mais j’ai quelques doutes sur la volonté de la Police de s’impliquer sur ce genre de vols. D’ailleurs une amie, anciennement avocate m’a confirmé que les policiers n’intervenaient que rarement, même pour les smartphones. Je continue mes recherches sur ce sujet, si vous avez des témoignages, n’hésitez pas à les partager.

Cet article du New York Times, en anglais, décrit les méthodes de la police de San Francisco pour faire chuter les vols de vélo. Une tactique consistant à utiliser des vélos-appâts (bait bikes) équipés de GPS, à capturer les voleurs, à publier leur photos publiquement pour les humilier (il est en effet possible aux Etats-Unis d’aller sur le site de la police et de voir les gens qui se font arrêter, c’est assez surprenant), puis à distribuer des autocollants invitant les voleurs à s’interroger sur le vélo qu’ils sont en train de voler.

Traduction :Serait-ce un vélo-appât ? Semer le doute dans l’esprit du voleur…efficace, ou non ? That is the question.

Pour que la police puisse utiliser la trace GPS comme donnée officielle permettant de déclencher une action, Il faut qu’elle soit avertie en amont. Qu’elle sache que ce genre de situation arrive, qu’elle ait un mode opératoire éprouvé. Que l’appareil qui émette la localisation GPS soit comme “validé” par l’Etat. Il me semble que c’est une des conditions les plus importantes pour que ça fonctionne. Que la personne qui utilise un traceur GPS n’ait pas à aller retrouver son vélo seule.

Technologie contre technologie

Côté technologique, tout ce système repose sur la gestion des ondes radio…s’il n’y en a plus, le système est inutile. Il faut donc espérer que les malfrats ne s’équipent pas tous de brouilleurs (ce qui est puni de 6 mois d’emprisonnement et 30000€ d’amende). Avec les marchés en ligne, tout est possible, et il est très simple de s’en procurer. A voir comment la situation évolue. Avec la multiplication de l’utilisation des ondes au quotidien, entre smartphone et objets connectés, et notamment avec les drones, je parie que ce genre de produit va se vendre de plus en plus…

Ces ondes seront également coupées, ou beaucoup moins utiles dans une cave ou tout autre lieu clos et éloigné de l’extérieur.

L’approche VanMoof

Entreprise hollandaise, VanMoof produit des vélos urbains au design unique, qui se vendent cher. A partir de 600€ jusqu’à plus de 3000€. Dans les options disponibles se trouve celle dite “Peace of mind” pour 240€. C’est la garantie que l’équipe de chasseurs de VanMoof retrouvera votre vélo dans les 2 semaines après le vol, et si elle ne la retrouve pas, un vélo neuf vous sera redonné. C’est disponible pour les modèles haut de gamme SmartBike/Electrified S. Le récit de The Verge, magazine en ligne américain traitant des nouvelles technologies, est particulièrement intéressant (lien en anglais). L’équipe de chasseurs trouve la trace d’un vélo volé à Paris, puis se rend compte qu’il est en route pour Bruxelles. (récit complet par VanMoof disponible en anglais ici) Avec l’aide de la Police, ils arrêtent le camion dissimulant le vélo. Il était en partance pour le Maroc. Justement, le Maroc. Ils s’y rendent ensuite parce qu’il y a un autre vélo volé qui est géolocalisé à Casablanca, dans un quartier où les chauffeurs de taxi ne veulent pas les emmener car il est mal famé. Ils finissent tout de même par y arriver, mais en l’absence de signal GSM, ils doivent chercher le signal bluetooth, et estimer grossièrement la location en fonction de la puissance du signal capté. Chou blanc. On ne leur fait pas un accueil des plus chaleureux, et la Police refuse de les aider. Ils tombent au passage sur un entrepôt avec environ 2000 vélos, ou vélos cargos, en super état et le gars leur explique tranquillement qu’il reçoit des livraisons de Paris, Bruxelles et de partout en Europe…récit ici.

Il est impossible de retrouver tous les vélos volés, mais le message est clair : voler un VanMoof, c’est se compliquer la vie et il y a un risque bien plus élevé de se faire pincer. L’entreprise a retrouvé environ 10 vélos depuis 2016. J’ai voulu parler de cette stratégie “Peace of Mind” parce que, basée sur la géolocalisation GPS, je la trouve très intéressante. Attendons un peu et voyons les résultats de cet engagement d’ici 1 à 2 ans.

Alors, ça serait quoi le dispositif parfait ?

En admettant que je veuille m’équiper d’un dispositif de traçage de mon vélo, voici ce que je chercherai :

  1. Alerte de mouvement via SMS/3G/Bluetooth pour pouvoir me prévenir et que je puisse aller morigéner le malandrin si je ne suis pas loin
  2. Une entreprise qui a rencontré la Police pour développer un partenariat
  3. Une carte SIM multi-réseau pour avoir une géolocalisation GSM efficace, et une communication via SMS même dans des coins reculésUne batterie optimisée pour plusieurs mois
  4. Une “cachette” efficace comme le propose le Sherlock

conclusion

Ma conclusion personnelle est que, concernant les cyclistes, ce marché n’est pas encore assez mature pour avoir une expérience à la hauteur des attentes. La clef est toujours de bien attacher son vélo. Mais les promesses sont là, et je pense que les années qui viennent vont nous offrir de belles choses. Je vais suivre l’histoire du Sherlock et de la Wink Bar, qui s’annoncent comme de sérieux concurrents aux rares marques existantes. Le développement faramineux des vélos électriques m’incite à imaginer le développement d’un éco-système sur le même modèle que celui de la voiture (en mieux, bien entendu ;), c’est-à-dire, avec beaucoup plus de technologie embarquée.

Merci de m’avoir suivi une fois de plus sur velonomy. A bientôt pour de nouvelles enquêtes !

Vol de vélo : Aide-toi et le ciel t’aidera

Bonjour à tous !

Bienvenue sur velonomy pour ce 2ème article autour du vol de vélo. Voilà la situation : j’ai un vélo auquel je tiens, je l’ai fait graver et l’ai enregistré dans la base de données Bicycode, augmentant fortement mes chances de le retrouver si le pire arrivait. Maintenant, comment réduire le risque de vol au maximum ? On ne va pas se mentir, la peur de se faire voler son vélo sera toujours présente dans la tête des cyclistes un peu nerveux. Mais il y a moult façons de réduire cette charge psychologique.

Cadenas de qualité et stratégie affinée : les clefs de la réussite

Beaucoup de choses ont déjà été largement partagées sur internet, raison pour laquelle je n’écrirai pas de tartines sur les antivols en U, la façon d’attacher son vélo etc. Mais le sujet mérite tout de même un petit bout de chocolat sur un biscuit Lu.

Les antivols sont comme les coffres-forts : faits pour être braqués

Briser, tordre, scier un antivol est à la portée de tous. Ce peut être une question de secondes, ou, mieux, de minutes. Mon antivol en U Kryptonite, entrée de gamme, se coupe en 20 secondes au coupe-boulon, peut se casser par torsion en 30 secondes, et doit tenir environ 10 petites secondes à la disqueuse.

coupe jamon
Malheureusement plus rapide de se couper une tranche de cadenas qu’une tranche de jambon !

Vous l’aurez compris, l’antivol est avant tout un frein, un obstacle pour le potentiel voleur. Plus longue sera la coupe, plus risqué sera le choix. A ce jeu là, il semble que le Kryptonite Fahgettaboudit fasse l’affaire.

Cadenas Kryptonite en action
Cadenas Kryptonite en action

Un type de cadenas cher, oui, relativement (environ 80€). Mais nécessaire et utilisé par ceux qui savent. Il y en a d’autres (article non sponsorisé d’ailleurs, je parle ici de mon opinion propre). Pour se faire une idée, la FUB propose un guide mis à jour chaque année, avec une liste détaillée de cadenas sur lesquels ils ont effectué différents tests. J’aurai aimé voir leurs tests mais la méthodologie est gardée secrète, probablement pour ne pas diffuser de mauvaises idées dans les mauvaises têtes. Il y a une marge de progression dans la qualité du guide car beaucoup de cadenas U de taille similaire ont le niveau “2 roues” et la mention “Très résistant” avec des prix variant pourtant de 20 à 90€ sans qu’on sache vraiment quelle est la différence. Du marketing, certes, mais surement un peu plus que ça. En tout cas, je salue l’initiative, très importante pour éduquer un public qui n’a pas encore conscience du risque de vol.

Un antivol résistant oui ! mais pas que.

Donc un antivol de qualité est nécessaire, mais il lui faut un, ou plusieurs assistants. Oui, car à moins de porter 2 cadenas, il reste une roue au moins qui n’est pas attachée. Dans le cas du Fahgettaboudit, il est même trop petit pour attacher et le cadre et les roues. Sa petite anse limite les risques de casse par torsion en réduisant l’espace nécessaire pour glisser une barre en fer. Force et faiblesse à la fois quoi.

Premier assistant, le câble en acier. Il se passe dans les roues et s’ancre au cadenas en U. Ca permet de compliquer la tâche du voleur qui aurait envie d’une roue, je sais pas moi, comme ça, pour le dîner. C’est peut-être la solution la plus facile et rapide à mettre en place, mais la résistance aux outils coupants est faible. Coût d’environ 10€.

Vélo Police
La pédagogique police britannique a placé ce vélo de démonstration à la sortie de la gare de Preston

Le meilleur est de changer la visserie de son vélo et de mettre des vis qui ne peuvent se dévisser qu’avec une clef spéciale. Je ne sais pas dans quelle mesure les voleurs peuvent détourner les outils pour leurs méfaits. Sauf preuve du contraire, nous pouvons imaginer que c’est plus difficile à dévisser qu’une roue en attache rapide. Certaines entreprises proposent également des vis qui ne peuvent se dévisser que lorsque le vélo est à l’envers (roues en l’air, guidon à terre). Si celui ci est bien attaché à un point fixe, alors il sera impossible de le retourner pour prendre les roues. Un coût d’environ 20/30€.

Nous obtenons un budget d’environ 115€, + 10€ pour faire graver son vélo. Avec 125€ votre vélo sera protégé au mieux, et ne se laissera pas faire. Avec le U décathlon, noté très résistant par la FUB, ce budget sera de 80€, nettement plus raisonnable. J’ai moi même un cadenas btwin, mais pour un vélo pour plus cher je choisirai directement une marque comme Kryptonite; Je suis surement “marketinguement” influençable, mais je n’ai pas une confiance absolue dans la sécurité chez Decathlon, alors que certaines entreprises en ont fait leur métier.

On peut aller encore plus loin.

Petit précis de stratégie

L’emplacement ne doit pas être négligé. C’est un classique : “Favorisez les lieux fréquentés !” et ensuite on voit toutes les vidéos youtube où des gens coupent des antivols en pleine journée sans se faire inquiéter. Ce qui est inquiétant, pour parler vrai. L’effet témoin est quelque chose de très puissant, et qui, je pense, s’applique aussi au simple vol dans un lieu public :

“En d’autres mots, plus le nombre de personnes qui assistent à une situation exigeant un secours est important, plus les chances que l’un d’entre eux décide d’apporter son aide sont faibles.”

https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_t%C3%A9moin

Qui va prendre la peine de demander à la personne pourquoi elle casse un cadenas ? Et si cette personne répond qu’elle a perdu les clefs ? Si c’est un cadenas à code, je préfère vous dire tout de suite que c’est louche. Sinon…bonne question.

L’enquête de Frédéric Heran, évoquée dans mon précédent article, montre que presque 6 vélos sur 10 ont été volés dans des lieux considérés comme sûrs (lieu bien visible, très fréquenté et bien éclairé). Mais le détail des réponses suggère néanmoins que la fréquentation du lieu joue un rôle supérieur car 53% des vols l’ont été dans des lieux peu fréquentés, alors que la visibilité du vélo ainsi que l’éclairage du lieu n’ont pas du tout joué le rôle dissuasif espéré.

Attacher son vélo à un point fixe permet d’être sûr que le vélo ne s’envolera pas tout seul. Mais il faut faire de plus en plus attention à ce que le poteau ne soit déjà scié avec un coup de scotch pour dissimuler la coupe, ou qu’il se détache du sol.

Il me reste 2 conseils à aborder ici. Le premier : le look du vélo. Un vélo tout neuf attirera plus l’attention. Selon le rapport de l’IFRESI-CNRS détaillé dans mon article précédent, 65% des vélos volés ont moins de 5 ans. Son enquête montre également que plus de 1 vélo volé sur 2 était en très bon état, et que presque 9 sur 10 étaient dans un état de correct à très bon. Pas folle la guêpe, pourquoi voler un vélo pourri quand il y en a des bons à portée de pince coupante ? Quelques autocollants, quelques rayures pourront dégrader l’image de votre vélo, et qui sait, orienter le voleur vers un autre vélo plus attirant.

Et enfin, mon dernier conseil de Jedi urbain est celui-ci : attachez votre vélo aux côtés de vélos qui sont moins sécurisés que le vôtre !

Comme l’exprime si bien l’introduction du wikihow dans son article sur les bonnes pratiques d’attache du vélo :

Après tout, il suffit que votre vélo soit plus difficile à voler que son voisin.

http://fr.wikihow.com/attacher-votre-v%C3%A9lo

Vous ne saurez peut-être jamais si ça fonctionne, mais c’est une chose simple à faire et comme le souligne le rapport de 2003, contrairement à l’opinion commune, les voleurs de vélos sont rarement des professionnels ! Ce qui signifie qu’un antivol rapide à couper par des moyens simples sera probablement plus attractif qu’une suée sur un cadenas résistant.

En résumé, voici les étapes pour avoir l’esprit le plus tranquille possible si vous ne pouvez pas garder votre vélo sous les yeux toute la journée ou la nuit :

  1. Lire velonomy.com
  2. Un vélo gravé et enregistré sur la base de données Bicycode
  3. Un bon cadenas en U, aidé par un câble ou un 2e cadenas
  4. Des vis spéciales antivol
  5. Un vélo attaché à un point fixe
  6. Un lieu fréquenté
  7. Des voisins inconscients et mal attachés

Quelles alternatives aux cadenas traditionnels ?

Dans cette 2ème partie de l’article je vais évoquer quelques solutions qui me paraissent intéressantes, ou pas. Elles ont un potentiel d’innovation si elles font leurs preuves sur le marché.

Les cadenas connectés, en chantier

Il y a depuis quelques années de nombreuses initiatives visant à utiliser la technologie pour réduire les vols de vélo. Les cadenas connectés font partie de ces solutions. 3 avantages sont mis en avant :

  1. Alerte en cas de mouvement indésirable du vélo, par bluetooth
  2. Pas de clefs, ouverture grâce à l’application installée sur son téléphone
  3. Partage de son vélo à distance possible en donnant accès à une tierce personne qui se connectera et débloquera le cadenas avec l’application
Ellipse - Cadenas connecté
Ellipse – Cadenas connecté

Carte d’identité : un cadenas nommé Ellipse, développé par Lattis, marque de Velo labs, fondée par des entrepreneurs qui souhaitent connecter tout ce beau monde à vélo. Domiciliée à San Francisco.

Histoire: C’est le mieux référencé des cadenas connectés. Il fait un buzz régulier depuis son développement en 2013. Le cadenas, originellement appelé Skylock trouve un public via la plateforme de financement participatif (crowdfunding) Indiegogo en juin 2014. 30,000$ plus tard le projet est financé. Outre ses propriétés de cadenas connecté, il a l’avantage de pouvoir se recharger en autonomie avec ses petits panneaux solaires.

Aujourd’hui : un classique dans le crowdfunding car 3 ans après la conclusion de la levée de fond, le produit commence à peine à être délivré aux supporters. Les rares retours sont assez négatifs notamment sur le poids et, pire selon moi, la portée de l’alerte bluetooth, avantage incontestable de ce cadenas par rapport à un antivol classique. Très peu fiable pour le moment. Affaire à suivre donc, car l’idée est bonne, mais si la réalisation ne suit pas, ça restera une perte sèche. Mon conseil est d’attendre que des tests soient faits par des professionnels et beaucoup plus de particuliers avant de se lancer la dedans.

Prix : 200$ + 20$ minimum pour une livraison en Europe.

Je suis tombé sur cet article (en anglais) en effectuant mes recherches, et cela n’a pas renforcé mon appétence pour cette solution connectée. Lors de la convention DEF CON à Las Vegas en 2016, ils ont rendu public leurs recherches consistant à hacker des smart locks, ou en français, des serrures de maison, et autre cadenas connectés. Ils ont réussi à ouvrir 12 des 16 serrures, peu rassurant sur le niveau de sécurité informatique de ces engins. La vidéo de leur présentation est ici, et j’irai la regarder très prochainement.

L’alarme vélo : peut mieux faire

Pas étonnant qu’un grand nombre d’idées viennent de la voiture, ou du scooter. Le vélo est un véhicule de transport. Il y a plusieurs types d’alarmes, qui se déclenchent quand le cable se coupe, ou quand le vélo s’agite sans qu’on lui ait demandé quoi que ce soit. L’idée est bonne, mais le problème majeur ici est la fiabilité du système, qui, s’il se déclenche sans que ce soit justifié peut être pénible. Ce sont les retours que j’ai pu lire, entre autres, sur le forum vélotaf. Les modèles vont de l’alarme à fixer sur la selle à 15€, simplement réactive aux mouvements, aux cadenas en cable ou spirale vendus entre 22 et 50€, jusqu’au U, vendu par la marque Maxi Oxford à 75€. Ce dernier n’est pas testé par la FUB, mais est noté “silver” par Sold Secure, un compromis entre sécurité et coût.

Difficile donc de se faire une idée sur la viabilité de cette idée d’alarme vélo. Cela nécessiterait des tests plus approfondis et un référencement des marques proposant ces produits car la nuisance potentielle est forte, et l’efficacité pas encore prouvée. J’ai notamment vu quelques antivols où il suffisait de boucher les hauts parleurs avec la main ou un chiffon pour diminuer fortement le volume de l’alarme. Dans tous les cas, et à part avoir confiance dans l’antivol type U de Maxi Oxford, ce dispositif doit aujourd’hui venir en complément d’un antivol traditionnel résistant.

Litelok, vers un nouveau paradigme

Litelok - De la souplesse et de la sécurité sans technologie
Litelok – De la souplesse et de la sécurité sans technologie numérique

Histoire : Projet lancé fin 2013 et basé au Pays de Galles, le Litelok promet beaucoup. Le projet a récolté 232,000£ sur Kickstarter en 2015 et se vend aujourd’hui en direct sur leur site internet. J’avais été agréablement surpris par la flexibilité et la légèreté du cadenas, et à l’inverse dubitatif devant l’aspect textile qui ne transmettait pas une impression de résistance.

Aujourd’hui : ils possèdent l’accréditation Sold secure Gold, le plus haut niveau de sécurité émis par l’agence britannique. Comparé par exemple à un Hiplok Gold, de marque britannique également, il est 2 fois plus léger pour une circonférence légèrement inférieure (2,4kg/85cm contre 1,1kg/74cm). C’est donc une réussite, car le poids à vélo se joue au kilo près, et la sécurité des cadenas suit bien souvent la courbe inverse : plus de sécurité rime avec plus de lourdeur. Il serait particulièrement intéressant de le faire tester par la FUB. Je m’en vais leur envoyer un email de ce pas, peut-être aura-t-on la chance de le voir apparaître dans le guide l’année prochaine.

Prix : 97€ + 17€ de frais de livraison

Un cadenas à vomir

Skunklock – Un cadenas qui pue une bonne fois pour toutes

Histoire : Le Skunklock fait le buzz sur internet. Financé à hauteur de 66,000$ via la plateforme Indiegogo, Il surprend et fait rire les gens. En effet, c’est un cadenas en U qui contient un gaz qui fera vomir et potentiellement fuir le voleur qui coupera une des anses. J’ai retrouvé la trace d’un cadenas en câble présenté en 2008 par un anglais, et qui possède un concept similaire mais cette fois arrose le voleur d’une peinture visible et également d’une peinture plus résistante et visible seulement aux rayons ultraviolets. Il a disparu dans les annales de la créativité.

Skunk est traduit en français par “mouffette”, un animal d’une famille pas si éloignée du putois. Le jeu de mot est double car c’est également un adjectif pouvant être attribué aux humains, et signifiant “ordure” ou “pourriture”.

Aujourd’hui : Ce cadenas est certes amusant mais il est possible d’en acheter de bien meilleurs pour moins cher. Ceux qui ont fait leurs preuves, testés par des agences indépendantes, comme Sold Secure, ou la FUB. De plus, la livraison qui était garantie en ce mois de juin 2017, vient de prendre du retard, et selon moi, la probabilité de voir un produit final fonctionnel est faible. Il n’y a aucune vidéo, ni article de personne ayant volontairement testé le produit pour garantir que le voleur soit incommodé par le produit chimique libéré. Ce genre de cadenas n’amène pas de valeur au marché actuel, mais un certain amusement éphémère. Juste un buzz quoi.

Prix : 120$ + frais d’envois en Europe non communiqués + possibles frais de douane

Le fameux porte vélo Conrad qui grimpe aux lampadaires

Je terminerai mon article par ce formidable gadget à la mode DIY (Do It Yourself, fais le toi-même) proposé en 2010 par Conrad, une entreprise allemande vendant tout type de produits et composants electronique, informatique, maison, jardin…J’avais vu cette vidéo il y a quelques années et n’ai jamais retrouvé quelque chose d’aussi inspirant et enthousiasmant. Finalement, au lieu de tenter de se protéger par des cadenas toujours plus durs et souvent plus lourds, pourquoi ne pas trouver un autre moyen de contrer les voleurs ? Placer le vélo en l’air se révèle être une technique parmi d’autre. Sorte de hacking du parking vélo urbain.


Cette solution est plus rigolote que réellement faisable, mais au fond, elle donne de nouvelles perspectives : un meilleur cadenas est-il la meilleure solution pour ne pas se faire voler son vélo ? L’invention de Conrad propose ce que les villes ne nous proposent pas encore : une solution de parking vélo sécurisée et personnelle. Ce sujet nous entraîne sur des questions que nous développerons dans un prochain article. J’ai effectivement très envie de partir en exploration sur les solutions de parking pour vélo urbain. Pourquoi ne voyons-nous que très peu d’innovation cycliste dans la ville ? Restez connectés avec velonomy pour en savoir plus !

A bientôt pour le prochain article de ce dossier vol de vélos, qui fera la lumière sur les solutions disponibles pour retrouver son vélo ! Afin que l’irréparable ne le soit plus, ensemble, unissons nous contre le vol ! Soyons prêts, soyons intelligents ! En avant !

Vol de vélo, fléau des villes

Me faire voler mon vélo est une peur qui revient chaque jour, au moment d’attacher mon précieux à un poteau. Surtout dans les lieux où je ne peux pas le garder à l’oeil. Je me suis fait voler un vélo, il y a 9 ans. Funeste jour que ce lundi de rentrée des classes, en septembre 2008. Débutant complet dans la pratique du vélo urbain, j’avais attaché le cadre à un arceau, sur un parking à vélo, à côté de la gare Lille Flandres. Un lieu fréquenté. “Attaché” dis-je, mais le terme “noué” serait plus exact, étant donné la faiblesse de ces cadenas spirale. Adieu, donc, B’twin neuf. Adieu 300€. Et j’ai dû rentrer chez moi, courses à la main. J’ai ensuite acheté un vélo à 50€, vieux et rouillé, moins susceptible d’attirer l’attention, accompagné d’un antivol en U, plus lourd, plus efficace. Et je ne suis pas le seul !

Il y a un sérieux problème avec le vol de vélo. L’autre jour, j’en vois un mal attaché dans la rue, et je dis à ma copine “En voilà un qui ne pourra pas se plaindre!”. Remarque classique. Il y a de la vérité dans ce que je dis, mais elle m’a répondu “Ta remarque devrait plutôt être : est-ce normal qu’il y ait tellement de vols?”. A qui la faute ? Pas à mon père, pas à sa mère. Ce pauvre bougre est-il vraiment responsable d’avoir mal attaché son vélo ? Lui propose-t-on des solutions adaptées ? Mais que fait la police ?!

Je ne m’attaquerai pas à une hypothétique étude psychologique ou philosophique du vol, ni même du voleur. Dans ce dossier de 4 articles, nous allons partir en exploration. Quels sont les chiffres du vol de vélo ? Quel impact sur les utilisateurs ? Quelles solutions existantes ? futures ? Que penser de tout ça ? Emmanuel Macron s’est-il fait voler un vélo ? Si oui, comment a-t-il trouvé la force de devenir président ? Voilà pour le suspense, nous allons maintenant passer à l’analyse.

De beaux chiffres, dans la moyenne européenne

Oui, tout à fait Thierry, de bien beaux chiffres pour le marché français du vol de vélo. Autour des 300.000 vols par an depuis 2006. En baisse par rapport à 2002-2003, où l’on recensait dans les 400.000 vols par an. Une partie des vols n’étant pas déclarés à la police, difficile de trouver un chiffre exact.

J’ai d’abord pensé que c’était élevé, puis je suis allé voir les chiffres les plus récents de nos pays voisins : Angleterre, Allemagne, Danemark, Hollande. Laissez moi vous dire que nous pouvons relativiser et souffler, la France, pour une fois, n’est pas une exception. Voici les données que j’ai pu récolter sur internet (les sources sont en langue d’origine du pays) :

Hollande - Champion toute catégorie
La Hollande – Championne toute catégorie

On peut remarquer le nombre exceptionnellement élevé de vols de vélo en Hollande. Il a baissé ces dernières années mais continue d’être parmi, ou peut-être le taux le plus élevé d’Europe ! Quand au Danemark, c’est l’inverse, le vol de vélo est bas. C’est surtout l’occasion de comprendre que le phénomène est également très répandu chez nos voisins.

 

Ces chiffres impressionnant m’intriguent, et m’ont fait repenser à l’histoire de Richard.

Richard est un coréen que j’ai hébergé via l’extraordinaire réseau Warmshowers, et qui a eu le malheur de laisser son vélo dehors pendant la nuit précédant sa venue chez moi à Madrid, attaché par un simple cadenas en accordéon. Adieu! Beau vélo de voyage Surly à 2000€. Bonjour! Vélo d’occaz à 300€ pour son premier trip en solo de quelques milliers de kilomètres. La peur de se faire voler son vélo est banale…chez nous. Elle ne semble pas l’être chez lui.  Il m’a expliqué qu’en Corée, les vélos se font peu voler car il y a beaucoup de caméras de sécurité. Je suis allé faire quelques recherches et j’ai trouvé un article qui ne cite pas ses sources mais avance le chiffre de 200 vélos volés par mois dans Seoul, ce qui donnerait environ 2400 vols par an pour une ville de 10 millions d’habitants, avec un taux d’élucidation des vols par la police de 50% ! (2e trimestre de 2009). Difficile d’aller plus loin dans ma recherche de chiffres sur internet, les articles en anglais sont rares mais deux amis cyclistes qui ont traversé la Corée m’ont confirmé ce que Richard me disait : le vol de vélo n’est pas un sujet. Les cadenas ne servent parfois qu’à tenir le vélo au poteau. Cet article avance le chiffre de 7300 caméras dans Seoul contre 1300 à Paris. Dans la capitale, en 2012, on est entre 4000 et 6000 vols pour une population similaire. Je n’ai pas trouvé le taux d’élucidation, mais par exemple, la moitié des arrestations du premier trimestre 2012, l’ont été pour des vols de vélib

Une enquête

J’ai voulu en savoir plus, et plonger dans les études, les recherches, les articles autour de ce phénomène. Premier constat : c’est une denrée rare. La majorité des articles de presse, ou posts de blog ânonnent les mêmes données, sans prendre la peine de donner ni une contextualisation, ni des dates précises, ni citer les sources. Les blogs se citent entre eux, c’est décevant, pas grand chose à se mettre sous la dent.

Néanmoins un rapport sorti en 2003 revient souvent, car c’est le seul a être accessible sur internet, autant dire pour la génération google, le seul qui n’ait jamais été produit.

#pasdinternet #?
#euh #pasdinternet? #oùsontlesdonnees? #generationgoogle

Dirigé par Frédéric HERAN de l’institut de recherche IFRESI-CNRS de Lille, il s’attaque avec méthode à l’analyse du phénomène et aux méthodes de prévention à l’aide de 1103 retours utilisateurs, et 630 cas de vols détaillés.

Dur apprentissage

La première chose frappante qui ressort de cette étude est le manque de précautions des cyclistes, et tout particulièrement des cyclistes débutants. Un cycliste urbain qui a 3 ans de pratique a 14 fois plus de risques de se faire voler son vélo qu’un cycliste qui a 15 ans de pratique. Les cyclistes inexpérimentés sous estiment très fortement le risque de se faire voler. C’est exactement ce qui s’est passé pour moi à Lille. Je n’avais même pas envisagé le risque de vol, l’ayant toujours laissé dans mon garage familial. Il ressort de l’étude qu’environ 1 cycliste urbain sur 2 s’est fait dérober un vélo. Tout de même. Plus simple à voler qu’une voiture ? “Seulement” 110.000 vols de voitures en France en 2016. Moins risqué et plus simple.

Une impression trompeuse

Plus surprenant, les vols concernent presque autant les lieux publics que les lieux privés, et dans ceux-ci, les locaux fermés sont de loin les plus concernés. Quelques calculs plus loin, l’auteur de l’étude nous montre que 45% des vélos volés dans les locaux fermés ainsi que 24% de ceux volés dans des cours n’étaient pas cadenassés. Les cyclistes ont donc une confiance très excessives dans les locaux fermés, ou qui donnent simplement l’impression d’être fermés et donc sécurisés. C’est un point important car 14 ans après cette étude, je vois régulièrement passer des messages sur facebook de vélos volés dans les cours, les hall d’immeubles, les garages collectifs…

Vive le vol, vive le vol, vive le vol d’été

On l’aurait deviné, les beaux jours annoncent la belle moisson car plus de la moitié des vols ont lieu d’avril à juillet, et, qu’on se le dise, ce sont surtout les vélos en bon état qui attirent les larrons. #surprenant

Après la pluie, le mauvais temps

Près de la moitié des victimes n’ont aucun moyen d’identifier leur vélo volé, et d’ailleurs la moitié d’entre eux n’ont pas porté plainte. Pas de preuve d’achat, pas d’immatriculation. Le chercheur oublie de parler des photos. Il semble que ce soit admissible comme preuve, au vu des conseils donnés par les gendarmeries, par exemple celle de Bordeaux, préconisant d’amener, entre autre pièce justificative, des photos pour réclamer son vélo.

Seulement un quart des vélos étaient assurés, et un petit 15% avait une assurance spécifique vélo, en plus des assurances habitation par exemple. La plupart des cyclistes ont donc simplement perdu leur argent.

Vélo envolé, cycliste désabusé

Un cycliste sur 5 renonce au vélo après un vol. C’est un chiffre très fort. Il n’y en a pas d’autres à disposition, c’est celui que je garderai en tête.

Le vol a donc un aspect dissuasif important. Il est à prendre en compte dans la politique de développement vélo

Il faut aussi savoir que le prix moyen d’un cycle augmente chaque année. En 2011, il s’élevait à 265€ pour atteindre 337€ en 2016. Effet VAE, montée en gamme générale, il y a plusieurs raisons à cette hausse. Elle a pour effet de poser la question du vol avec plus d’acuité, et c’est pour cela que j’ai eu envie d’écrire ce dossier spécial vol.

Les cycles prennent de la valeur – http://www.departements-regions-cyclables.org/wp-content/uploads/2017/04/Prsentation-Observatoire-du-Cycle.pdf

Mais que fait la police ?

Avec un taux moyen d’élucidation de 1% (selon le rapport sorti en 2003), on est pas sur du Sherlock Holmes. Sur l’ensemble des vélo retrouvés, 1 sur 5 l’est suite à l’action de la police. Les 4 autres se sont retrouvés tout seuls. Hasard, chance, recherches personnelles…

Perdu de recherche et jamais retrouvé
Perdu de recherche et jamais retrouvé

Contrairement à l’Allemagne par exemple, qui dispose d’une rubrique spécifique vol de vélo lorsqu’il y a déclaration de vol, ce n’était pas le cas de la France à l’époque de la sortie du rapport. Ainsi, en 2003, il n’était pas possible de distinguer un vélo d’un autre bien, et toutes les plaintes partaient dans la catégorie “autres vols simples au préjudice de particuliers”. Vols simples, vols simples…le vol était peut être simple dans les fait, mais ce n’est pas un simple vol ! Aujourd’hui il semble que les choses ont évolué. Chacun peut voir par lui même sur le site du gouvernement le nombre de plaintes pour vol de vélo en 2016 (il s’agit d’une enquête Insee-SSMSI-ONDRP, donc pas sûr que ce soit le nombre exact de demandes faites dans un commissariat).

Lors de l’étude en tout cas, sur le nombre de plaintes déposées, 5% n’ont pas été enregistrées, et 14% l’ont été avec réticence. Le numéro du cadre n’est pas demandé systématiquement, même si c’est la manière la plus simple d’identifier un vélo. On devine en filigrane le manque de moyens, d’envie ou d’ambition des institutions publiques alors que le vélo représente 8% de l’ensemble des vols déclarés en France. J’imagine bien le discours : “Félicitations Hubert, En retrouvant 10 vélos l’année dernière, vous avez fait progresser le taux d’élucidation de 30%. Les cyclistes vous doivent une fière chandelle.”

Bicycode : Belle initiative de la FUB

En 2015 a été signé un accord entre la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) et la police/gendarmerie rendant accessible la base de données Bicycode aux commissariats et autres lieux de dépôt de plainte. C’est aujourd’hui la seule base de donnée dédiée au vélo reconnue et utilisée par l’Etat. Depuis 2004, année de son lancement, plus de 237.000 vélos ont été marqués physiquement puis enregistrés sur le site bicycode.org. C’est une avancée importante, car déjà en 2011, 6,5% des vélos volés et marqués ont été restitués à leur propriétaire, alors que ce chiffre est de seulement 2 à 3% si le vélo n’est pas marqué.

Un point positif pour nos forces de l’ordre néanmoins, des sites internet ont été créés au niveau des villes, comme à Strasbourg ou à Nantes, pour publier les photos de vélos retrouvés. C’est une super initiative. J’attends maintenant l’application qui enverra des alertes automatiques aux cyclistes dépossédés illégalement de leurs bien. Bon, ne poussons pas mémé dans les orties.

Place à l’action conjointe

Le premier pas me semble clair : il faut compliquer la tâche des voleurs et des receleurs. Rendre le vol de vélo moins attractif, moins facile ! Quoi de mieux que de rendre son vélo unique ? Un mouvement collectif de marquage des vélos est en cours, nous sommes dans la bonne direction. Marquer son vélo permet également de montrer à l’Etat l’importance du phénomène, et de le pousser à réagir aux côté des usagers. Et bien sûr, ce mouvement de marquage va dans le sens du développement du vélo comme véhicule de transport quotidien car la démarche parle d’elle même : ce n’est pas un jouet pour adulte, c’est un véhicule enregistré, qui mérite l’attention de la société.

 

Merci d’avoir suivi ce premier article sur le vol de vélo ! J’espère vous avoir apporté quelques connaissances utile dans la compréhension de ce phénomène si courant, et pourtant si ennuyant.

Ma conclusion est que le cycliste urbain est responsable de l’attache correcte de son vélo car les chances de se faire dérober son précieux sont élevées et j’ai le sentiment que la société n’est pas encore prête à passer à Big Brother en mettant des caméras partout comme à Seoul. Les voleurs ont de beaux jours devant eux. A part pour des filières organisées, j’imagine mal la traque de voleurs de vélo par caméras de surveillance. Par contre, si l’usager à une responsabilité, l’Etat ainsi que les vendeurs de vélos, neufs ou d’occasion, ont le devoir d’éducation et de conseil qui va avec la vente d’un vélo. Quel cadenas est le plus sécurisé, comment attacher le vélo, à quel endroit etc. La FUB est un acteur clef dans ces questions.

En outre, il nous faut plus de données ! Les lieux de vol les plus fréquents, les vélos les plus volés. Pour cela, il faudra unir les forces et se battre pour la survie de l’empire. #vélovolé : l’usager contre-attaque. Ou sinon simplement populariser les sites existants, et travailler encore plus avec la Police sur la structuration des détails des vols. Nous verrons cela dans un prochain article.

Dans les prochaines semaines, nous allons explorer les solutions technologiques visant à limiter le vol. Il fleurit toute sorte de cadenas connectés, de GPS ou de solutions plus radicales à la Van Moof, marque hollandaise de vélos électriques. L’innovation au service du cycliste ?

 

Quand à moi, je vous dis donc au revoir, et à la semaine …

 

 

 

 

 

…euh, prochaine !

 


Pour aller plus loin :

  • Le rapport de Frédéric HERAN : https://www.bicycode.org/pages-1/Documents_PDF/rapportvol2003.pdf
  • Le site de la FUB : http://www.fub.fr/