Blaze : un laser dans la nuit

Chers lecteurs, bonjour.

Nouvel article de velonomy sur un sujet crucial, la visibilité du cycliste. Oui, Winter was coming, et maintenant, Winter is here.
La lumière baisse, mais que ce soit en été ou en hiver, le cycliste ne devrait pas avoir à se jeter dans l’ornière pour éviter le cimetière. A défaut de certains, les chiffres sont clair-voyants : en 2016, 162 cyclistes ont été tués dans un accident de la route. Encore plus précis : environ 86%, soit 139 personnes, des cyclistes tués ou BH (blessé hospitalisé plus de 24h, non décédé dans les 30 jours) l’ont été lors d’un accident avec un véhicule motorisé (dont un solide 63% pour les voitures, le reste se partageant entre camions, utilitaires et bus).
Ma dernière statistique sera celle là : 44 % des accidents ayant occasionné une personne tuée ou un BH en bicyclette résultent d’une collision par le côté. En ville on imagine aisément cette situation où la voiture tourne à une intersection sans prêter attention à ses angles morts, ou simplement sans voir le cycliste qui arrive. (Source : bilan de l’accidentalité de l’année 2016 p42-44, format PDF accessible via cette page)

Il y a donc un problème. Ces chiffres devraient s’approcher de 0, non ? La visibilité n’est qu’un maillon de la chaîne qui rattache le cycliste à la vie, mais sans elle, point de salut.
J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt les aventures de Blaze, une entreprise anglaise spécialisée dans la création de lumières pour cyclistes. Leur marque de fabrique ? Le laser qu’ils incorporent à la lumière avant et qui projette le dessin d’un vélo au sol, à 5 mètres devant le cycliste. Et surtout, le résultat : prise de conscience d’un cycliste dans une situation où il est encore invisible ! On se croirait dans un Agatha Christie.

De l’idée à l’innovation

L’idée à germé en 2011, dans la tête d’Emily Brooke, alors en étude de design à l’université de Brighton. Ca a été son projet de fin d’étude, élaboré en collaboration avec des experts de la ville, d’une compagnie de bus, de psychologues spécialisés dans la conduite…le gratin quoi.

“L’année dernière, plus de 3,000 personnes ont été tuées ou blessées gravement rien que sur les routes britanniques [...] les statistiques sont terrifiantes. Plus de 100 personnes ont été tuées l’année dernière. Je me suis concentré sur le fait que 79% des cyclistes accidentés allaient tout droit lorsqu’un véhicule leur est rentré dedans [...] Même éclairé comme un sapin de noël, un vélo dans l’angle mort d’un bus est toujours invisible. Avec Blaze, vous voyez le vélo avant le cycliste.” Extrait d’une interview parue dans le guardian en 2011.

2012 verra la désormais classique campagne Kickstarter récolter 55000£, près de 200% de l’objectif initial. 2 ans plus tard, livraison des produits et levée de fonds de 330,000£. Enfin un projet où l’on peut lire les commentaires des supporters sans froncer les sourcils. Ils sont globalement très positifs. Et ce qui suit l’est tout autant. En 2015, levée de fonds de 1 million de £. Et depuis, Blaze a été choisi pour équiper les 12,000 vélos en libre service (VLS) à Londres puis plus récemment les 6,000 VLS de New York. Une belle validation de leur produit et du marché. En plus de leur lasers ils développent un service qui permettra aux prochaines générations de VLS de générer automatiquement des alertes aux équipes de maintenance pour anticiper les besoins d’entretien. Lire l’article du Guardian en anglais ici.

Voila la vidéo de lancement, avec la participation de Jenson Button, pilote de F1, et Jessica Ennis-Hill, médaillée d’or aux jeux olympiques de 2012. Rien que d’utiliser le nom Star Wars a dû coûter l’équivalent de milliers de lampes Blaze. Sans parler des personnalités. Bien entendu, c’est financé par Santander, mais il semble que Blaze sait s’entourer et convaincre les bonnes personnes depuis le début du projet.

Une cible claire

Oui, ce produit n’est pas pour tout le monde. 125£, soit environ 142€ au taux de change actuel, c’est cher pour une lumière de vélo avant. Car il va bien falloir en avoir une à l’arrière aussi…

Ensuite c’est un produit qui s’adresse d’abord aux cyclistes de zones urbaines difficiles. Difficiles quand il n’y a pas de pistes vélo sécurisées qui évitent les confrontations avec la voiture. Londres, Paris, New York, Madrid…vous me suivez. La lumière Blaze offre 100 ou 300 lumens de flux lumineux, ce qui est costaud, peut être trop pour certains endroits. Je pense que les cyclistes de Copenhague ne sont pas le coeur de cible. J’y vais régulièrement et n’allume ma lampe cateye 300 lumens qu’avec le mode le plus faible (50 lumens). Beaucoup de cyclistes n’ont que des Reelights, lampes qui utilisent l’énergie magnétique pour fonctionner. Les voitures sont habituées à céder le passage et à faire attention, l’environnement est mieux adapté. Par contre, à Paris ou à Madrid par exemple, le danger se rencontre à chaque croisement et le signal lumineux de Blaze me semble des plus utiles !

L’Apple, que dis-je, la Tesla des lumières vélo !

ça marche vraiment ?

Une étude a été menée par Transport Research Laboratory (TRL) entreprise spécialisée dans le transport, mandatée par Transport For London (TFL) et Serco, un grand groupe gestionnaire de services publics. L’objectif : prouver l’existence de la pierre philosophale. Et accessoirement, prouver l’efficacité, ou non, du laser comme sécurité supplémentaire pour le cycliste. Les résultats sont mitigés. Si un avis de recherche a bien été émis pour retrouver Nicolas Flamel, le doute plane au-dessus du bien fondé de cette enquête et le ministère de la magie est dans la tourmente. Par contre, la visibilité d’un cycliste avec une lumière Blaze par un conducteur de véhicule motorisé est significativement supérieure à celle d’un cycliste avec une lampe led classique. Dans le cas d’une rencontre bus/cycliste durant la nuit, Blaze fournit +24% de zones de visibilité, de 72% à 96%.

A gauche, visibilité du cycliste sans le laser, à droite, avec

Pour un van c’est +32%, pour la voiture c’est +10%, et pour un camion avec benne type camion poubelle c’est +5%.
De bons résultats quoi ! Vous pouvez retrouver l’étude ici.

qu’en pensent les blogueurs ?

Après avoir lu mon article sur le piège du crowdfunding, on comprend qu’il est utile de se renseigner auprès des blogueurs, fervents adeptes de produits innovants. L’accueil réservé au Blaze est positif, avec quelques réserves.
Il en ressort que la finition du produit est bonne, ainsi que sa batterie et sa puissance lumineuse, largement suffisante en ville. La visibilité du laser par contre n’est pas encore parfaite. Lorsqu’il pleut, il devient presque invisible, le goudron mouillé ne le reflétant pas bien. De plus, lorsque la route est trop abimée et que le vélo saute dans tous les sens, ce qui arrive fréquemment à Paris, sur les pavés et les routes mal goudronnées, difficile de concentrer la puissance du laser à un endroit, donc son efficacité baisse.

"Toutefois, dans les villes éclairées c'est plus difficile à voir, et sur des terrains rugueux avec un guidon qui bouge cela devient très brouillon. Cela attire toujours l'attention, mais je ne suis pas sûr que cela se traduise en prise de conscience du cycliste par les autres usagers de la route, ou si cela fait office de distraction"
 http://www.cyclist.co.uk/reviews/2019/blaze-laserlight-bike-light-review

Des lasers sur les vélos, un marché en gestation ?

Il y a des centaines de lampes arrière laser vendues sur ebay pour 5 ou 10€, voire même 2€. Au vu des prix, je n’ai pas perdu trop de temps à aller comparer tout ce qui se faisait. Je n’ai rien trouvé de très sérieux. Il y a bien un modèle, nommé le Xfire, qui projette 2 lignes laser à l’arrière du vélo pour bien marquer son territoire. Mais un article du Guardian explique en quoi la visibilité du laser n’est pas bonne et que le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Bref, ma courte analyse du marché ne montre pas un secteur de la lumière laser en ébullition ni ne m’a permis de déceler une tendance. Blaze mène la danse, et de loin.

bon à savoir

A défaut d’un vélo vert vous pouvez également opter pour la version animale. Ce laser projette une image de rat. Remarquez, c’est dans le thème à Paris. Reste à espérer que les voitures s’arrêteront, j’ai plus l’impression qu’elles chercheraient à vous écraser. Allez savoir.

Innovez ! N’ayez pas peur !

La SECONDE futuriste

Vous connaissez Mr Mélanchon, un célèbre évangéliste futuriste. Aviez-vous pensé qu’il pourrait avoir trouvé, à son insu, la solution la plus sécurisante pour les cyclistes ? Une sorte de Blaze en version améliorée, augmentée dirais-je même. Oui mes amis, l’hologramme !

Imaginez, vous roulez sereinement, une voiture vous double, puis veut tourner à droite sans se poser de questions, sans jeter un regard sur son angle mort. Ni une, ni deux, Mr Mélanchon sort de sa boite et court au devant de la voiture, qui, surprise de se faire reprendre avec autant de véhémence, s’arrête, et le cycliste passe, en tout sécurité. Voila, c’était pour la demi-seconde futuriste.

Halte-là, mon brave ! Ne voyez-vous pas le cycliste qui arrive ?

Sinon, à ce qu’il parait il y a les voitures autonomes qui s’arrêteront toutes seules ? Toute cette histoire me parait bien compliquée, un simple hologramme ferait l’affaire.

Faut-il acheter Blaise ? La conclusion

Il y a pas mal de situations d’accidents possibles à vélo. Mais une seule question à se poser : “est-ce que je met toutes les chances de mon côté pour me rendre visible et éviter l’accident ?” Cela implique à la fois une réponse en terme d’outils et de comportement.
Lorsque je roule, je me demande toujours “suis-je visible de ce piéton, de cet automobiliste, de ce bus ?” Et comme Emily disait, même allumé comme un sapin de noël, si je suis dans l’angle mort, pas de chance. En cycliste averti, j’anticipe énormément ce genre de situation et évite régulièrement la collision en ralentissant, en changeant d’allure. Cependant, il survient des moments où mon attention n’est pas aussi bonne que je le voudrais et je pourrai le payer cher. Ce produit m’a ouvert un peu plus les yeux sur cette question de visibilité, et propose une solution qui est innovante.

Donc, non, Blaze ne remplacera pas le bon comportement à avoir sur son vélo : prudence, discernement, anticipation. Mais mon opinion est qu’il pourra faire la différence dans certaines situation inattendues. C’est la raison pour laquelle je viens d’en acheter un ! A quand Blaze sur les vélib, velov et tout autre VLS ? Affaire à suivre.

Je dis oui à l’innovation, oui à la sécurité, et je vous ferais un compte rendu plus technique sur cette lumière dès que possible.

A bientôt pour un nouvel article de velonomy !

 

Pour voir une présentation assez complète du Blaze, en anglais as usual :