Vol de vélo : Aide-toi et le ciel t’aidera

Bonjour à tous !

Bienvenue sur velonomy pour ce 2ème article autour du vol de vélo. Voilà la situation : j’ai un vélo auquel je tiens, je l’ai fait graver et l’ai enregistré dans la base de données Bicycode, augmentant fortement mes chances de le retrouver si le pire arrivait. Maintenant, comment réduire le risque de vol au maximum ? On ne va pas se mentir, la peur de se faire voler son vélo sera toujours présente dans la tête des cyclistes un peu nerveux. Mais il y a moult façons de réduire cette charge psychologique.

Cadenas de qualité et stratégie affinée : les clefs de la réussite

Beaucoup de choses ont déjà été largement partagées sur internet, raison pour laquelle je n’écrirai pas de tartines sur les antivols en U, la façon d’attacher son vélo etc. Mais le sujet mérite tout de même un petit bout de chocolat sur un biscuit Lu.

Les antivols sont comme les coffres-forts : faits pour être braqués

Briser, tordre, scier un antivol est à la portée de tous. Ce peut être une question de secondes, ou, mieux, de minutes. Mon antivol en U Kryptonite, entrée de gamme, se coupe en 20 secondes au coupe-boulon, peut se casser par torsion en 30 secondes, et doit tenir environ 10 petites secondes à la disqueuse.

coupe jamon
Malheureusement plus rapide de se couper une tranche de cadenas qu’une tranche de jambon !

Vous l’aurez compris, l’antivol est avant tout un frein, un obstacle pour le potentiel voleur. Plus longue sera la coupe, plus risqué sera le choix. A ce jeu là, il semble que le Kryptonite Fahgettaboudit fasse l’affaire.

Cadenas Kryptonite en action
Cadenas Kryptonite en action

Un type de cadenas cher, oui, relativement (environ 80€). Mais nécessaire et utilisé par ceux qui savent. Il y en a d’autres (article non sponsorisé d’ailleurs, je parle ici de mon opinion propre). Pour se faire une idée, la FUB propose un guide mis à jour chaque année, avec une liste détaillée de cadenas sur lesquels ils ont effectué différents tests. J’aurai aimé voir leurs tests mais la méthodologie est gardée secrète, probablement pour ne pas diffuser de mauvaises idées dans les mauvaises têtes. Il y a une marge de progression dans la qualité du guide car beaucoup de cadenas U de taille similaire ont le niveau “2 roues” et la mention “Très résistant” avec des prix variant pourtant de 20 à 90€ sans qu’on sache vraiment quelle est la différence. Du marketing, certes, mais surement un peu plus que ça. En tout cas, je salue l’initiative, très importante pour éduquer un public qui n’a pas encore conscience du risque de vol.

Un antivol résistant oui ! mais pas que.

Donc un antivol de qualité est nécessaire, mais il lui faut un, ou plusieurs assistants. Oui, car à moins de porter 2 cadenas, il reste une roue au moins qui n’est pas attachée. Dans le cas du Fahgettaboudit, il est même trop petit pour attacher et le cadre et les roues. Sa petite anse limite les risques de casse par torsion en réduisant l’espace nécessaire pour glisser une barre en fer. Force et faiblesse à la fois quoi.

Premier assistant, le câble en acier. Il se passe dans les roues et s’ancre au cadenas en U. Ca permet de compliquer la tâche du voleur qui aurait envie d’une roue, je sais pas moi, comme ça, pour le dîner. C’est peut-être la solution la plus facile et rapide à mettre en place, mais la résistance aux outils coupants est faible. Coût d’environ 10€.

Vélo Police
La pédagogique police britannique a placé ce vélo de démonstration à la sortie de la gare de Preston

Le meilleur est de changer la visserie de son vélo et de mettre des vis qui ne peuvent se dévisser qu’avec une clef spéciale. Je ne sais pas dans quelle mesure les voleurs peuvent détourner les outils pour leurs méfaits. Sauf preuve du contraire, nous pouvons imaginer que c’est plus difficile à dévisser qu’une roue en attache rapide. Certaines entreprises proposent également des vis qui ne peuvent se dévisser que lorsque le vélo est à l’envers (roues en l’air, guidon à terre). Si celui ci est bien attaché à un point fixe, alors il sera impossible de le retourner pour prendre les roues. Un coût d’environ 20/30€.

Nous obtenons un budget d’environ 115€, + 10€ pour faire graver son vélo. Avec 125€ votre vélo sera protégé au mieux, et ne se laissera pas faire. Avec le U décathlon, noté très résistant par la FUB, ce budget sera de 80€, nettement plus raisonnable. J’ai moi même un cadenas btwin, mais pour un vélo pour plus cher je choisirai directement une marque comme Kryptonite; Je suis surement “marketinguement” influençable, mais je n’ai pas une confiance absolue dans la sécurité chez Decathlon, alors que certaines entreprises en ont fait leur métier.

On peut aller encore plus loin.

Petit précis de stratégie

L’emplacement ne doit pas être négligé. C’est un classique : “Favorisez les lieux fréquentés !” et ensuite on voit toutes les vidéos youtube où des gens coupent des antivols en pleine journée sans se faire inquiéter. Ce qui est inquiétant, pour parler vrai. L’effet témoin est quelque chose de très puissant, et qui, je pense, s’applique aussi au simple vol dans un lieu public :

“En d’autres mots, plus le nombre de personnes qui assistent à une situation exigeant un secours est important, plus les chances que l’un d’entre eux décide d’apporter son aide sont faibles.”

https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_t%C3%A9moin

Qui va prendre la peine de demander à la personne pourquoi elle casse un cadenas ? Et si cette personne répond qu’elle a perdu les clefs ? Si c’est un cadenas à code, je préfère vous dire tout de suite que c’est louche. Sinon…bonne question.

L’enquête de Frédéric Heran, évoquée dans mon précédent article, montre que presque 6 vélos sur 10 ont été volés dans des lieux considérés comme sûrs (lieu bien visible, très fréquenté et bien éclairé). Mais le détail des réponses suggère néanmoins que la fréquentation du lieu joue un rôle supérieur car 53% des vols l’ont été dans des lieux peu fréquentés, alors que la visibilité du vélo ainsi que l’éclairage du lieu n’ont pas du tout joué le rôle dissuasif espéré.

Attacher son vélo à un point fixe permet d’être sûr que le vélo ne s’envolera pas tout seul. Mais il faut faire de plus en plus attention à ce que le poteau ne soit déjà scié avec un coup de scotch pour dissimuler la coupe, ou qu’il se détache du sol.

Il me reste 2 conseils à aborder ici. Le premier : le look du vélo. Un vélo tout neuf attirera plus l’attention. Selon le rapport de l’IFRESI-CNRS détaillé dans mon article précédent, 65% des vélos volés ont moins de 5 ans. Son enquête montre également que plus de 1 vélo volé sur 2 était en très bon état, et que presque 9 sur 10 étaient dans un état de correct à très bon. Pas folle la guêpe, pourquoi voler un vélo pourri quand il y en a des bons à portée de pince coupante ? Quelques autocollants, quelques rayures pourront dégrader l’image de votre vélo, et qui sait, orienter le voleur vers un autre vélo plus attirant.

Et enfin, mon dernier conseil de Jedi urbain est celui-ci : attachez votre vélo aux côtés de vélos qui sont moins sécurisés que le vôtre !

Comme l’exprime si bien l’introduction du wikihow dans son article sur les bonnes pratiques d’attache du vélo :

Après tout, il suffit que votre vélo soit plus difficile à voler que son voisin.

http://fr.wikihow.com/attacher-votre-v%C3%A9lo

Vous ne saurez peut-être jamais si ça fonctionne, mais c’est une chose simple à faire et comme le souligne le rapport de 2003, contrairement à l’opinion commune, les voleurs de vélos sont rarement des professionnels ! Ce qui signifie qu’un antivol rapide à couper par des moyens simples sera probablement plus attractif qu’une suée sur un cadenas résistant.

En résumé, voici les étapes pour avoir l’esprit le plus tranquille possible si vous ne pouvez pas garder votre vélo sous les yeux toute la journée ou la nuit :

  1. Lire velonomy.com
  2. Un vélo gravé et enregistré sur la base de données Bicycode
  3. Un bon cadenas en U, aidé par un câble ou un 2e cadenas
  4. Des vis spéciales antivol
  5. Un vélo attaché à un point fixe
  6. Un lieu fréquenté
  7. Des voisins inconscients et mal attachés

Quelles alternatives aux cadenas traditionnels ?

Dans cette 2ème partie de l’article je vais évoquer quelques solutions qui me paraissent intéressantes, ou pas. Elles ont un potentiel d’innovation si elles font leurs preuves sur le marché.

Les cadenas connectés, en chantier

Il y a depuis quelques années de nombreuses initiatives visant à utiliser la technologie pour réduire les vols de vélo. Les cadenas connectés font partie de ces solutions. 3 avantages sont mis en avant :

  1. Alerte en cas de mouvement indésirable du vélo, par bluetooth
  2. Pas de clefs, ouverture grâce à l’application installée sur son téléphone
  3. Partage de son vélo à distance possible en donnant accès à une tierce personne qui se connectera et débloquera le cadenas avec l’application
Ellipse - Cadenas connecté
Ellipse – Cadenas connecté

Carte d’identité : un cadenas nommé Ellipse, développé par Lattis, marque de Velo labs, fondée par des entrepreneurs qui souhaitent connecter tout ce beau monde à vélo. Domiciliée à San Francisco.

Histoire: C’est le mieux référencé des cadenas connectés. Il fait un buzz régulier depuis son développement en 2013. Le cadenas, originellement appelé Skylock trouve un public via la plateforme de financement participatif (crowdfunding) Indiegogo en juin 2014. 30,000$ plus tard le projet est financé. Outre ses propriétés de cadenas connecté, il a l’avantage de pouvoir se recharger en autonomie avec ses petits panneaux solaires.

Aujourd’hui : un classique dans le crowdfunding car 3 ans après la conclusion de la levée de fond, le produit commence à peine à être délivré aux supporters. Les rares retours sont assez négatifs notamment sur le poids et, pire selon moi, la portée de l’alerte bluetooth, avantage incontestable de ce cadenas par rapport à un antivol classique. Très peu fiable pour le moment. Affaire à suivre donc, car l’idée est bonne, mais si la réalisation ne suit pas, ça restera une perte sèche. Mon conseil est d’attendre que des tests soient faits par des professionnels et beaucoup plus de particuliers avant de se lancer la dedans.

Prix : 200$ + 20$ minimum pour une livraison en Europe.

Je suis tombé sur cet article (en anglais) en effectuant mes recherches, et cela n’a pas renforcé mon appétence pour cette solution connectée. Lors de la convention DEF CON à Las Vegas en 2016, ils ont rendu public leurs recherches consistant à hacker des smart locks, ou en français, des serrures de maison, et autre cadenas connectés. Ils ont réussi à ouvrir 12 des 16 serrures, peu rassurant sur le niveau de sécurité informatique de ces engins. La vidéo de leur présentation est ici, et j’irai la regarder très prochainement.

L’alarme vélo : peut mieux faire

Pas étonnant qu’un grand nombre d’idées viennent de la voiture, ou du scooter. Le vélo est un véhicule de transport. Il y a plusieurs types d’alarmes, qui se déclenchent quand le cable se coupe, ou quand le vélo s’agite sans qu’on lui ait demandé quoi que ce soit. L’idée est bonne, mais le problème majeur ici est la fiabilité du système, qui, s’il se déclenche sans que ce soit justifié peut être pénible. Ce sont les retours que j’ai pu lire, entre autres, sur le forum vélotaf. Les modèles vont de l’alarme à fixer sur la selle à 15€, simplement réactive aux mouvements, aux cadenas en cable ou spirale vendus entre 22 et 50€, jusqu’au U, vendu par la marque Maxi Oxford à 75€. Ce dernier n’est pas testé par la FUB, mais est noté “silver” par Sold Secure, un compromis entre sécurité et coût.

Difficile donc de se faire une idée sur la viabilité de cette idée d’alarme vélo. Cela nécessiterait des tests plus approfondis et un référencement des marques proposant ces produits car la nuisance potentielle est forte, et l’efficacité pas encore prouvée. J’ai notamment vu quelques antivols où il suffisait de boucher les hauts parleurs avec la main ou un chiffon pour diminuer fortement le volume de l’alarme. Dans tous les cas, et à part avoir confiance dans l’antivol type U de Maxi Oxford, ce dispositif doit aujourd’hui venir en complément d’un antivol traditionnel résistant.

Litelok, vers un nouveau paradigme

Litelok - De la souplesse et de la sécurité sans technologie
Litelok – De la souplesse et de la sécurité sans technologie numérique

Histoire : Projet lancé fin 2013 et basé au Pays de Galles, le Litelok promet beaucoup. Le projet a récolté 232,000£ sur Kickstarter en 2015 et se vend aujourd’hui en direct sur leur site internet. J’avais été agréablement surpris par la flexibilité et la légèreté du cadenas, et à l’inverse dubitatif devant l’aspect textile qui ne transmettait pas une impression de résistance.

Aujourd’hui : ils possèdent l’accréditation Sold secure Gold, le plus haut niveau de sécurité émis par l’agence britannique. Comparé par exemple à un Hiplok Gold, de marque britannique également, il est 2 fois plus léger pour une circonférence légèrement inférieure (2,4kg/85cm contre 1,1kg/74cm). C’est donc une réussite, car le poids à vélo se joue au kilo près, et la sécurité des cadenas suit bien souvent la courbe inverse : plus de sécurité rime avec plus de lourdeur. Il serait particulièrement intéressant de le faire tester par la FUB. Je m’en vais leur envoyer un email de ce pas, peut-être aura-t-on la chance de le voir apparaître dans le guide l’année prochaine.

Prix : 97€ + 17€ de frais de livraison

Un cadenas à vomir

Skunklock – Un cadenas qui pue une bonne fois pour toutes

Histoire : Le Skunklock fait le buzz sur internet. Financé à hauteur de 66,000$ via la plateforme Indiegogo, Il surprend et fait rire les gens. En effet, c’est un cadenas en U qui contient un gaz qui fera vomir et potentiellement fuir le voleur qui coupera une des anses. J’ai retrouvé la trace d’un cadenas en câble présenté en 2008 par un anglais, et qui possède un concept similaire mais cette fois arrose le voleur d’une peinture visible et également d’une peinture plus résistante et visible seulement aux rayons ultraviolets. Il a disparu dans les annales de la créativité.

Skunk est traduit en français par “mouffette”, un animal d’une famille pas si éloignée du putois. Le jeu de mot est double car c’est également un adjectif pouvant être attribué aux humains, et signifiant “ordure” ou “pourriture”.

Aujourd’hui : Ce cadenas est certes amusant mais il est possible d’en acheter de bien meilleurs pour moins cher. Ceux qui ont fait leurs preuves, testés par des agences indépendantes, comme Sold Secure, ou la FUB. De plus, la livraison qui était garantie en ce mois de juin 2017, vient de prendre du retard, et selon moi, la probabilité de voir un produit final fonctionnel est faible. Il n’y a aucune vidéo, ni article de personne ayant volontairement testé le produit pour garantir que le voleur soit incommodé par le produit chimique libéré. Ce genre de cadenas n’amène pas de valeur au marché actuel, mais un certain amusement éphémère. Juste un buzz quoi.

Prix : 120$ + frais d’envois en Europe non communiqués + possibles frais de douane

Le fameux porte vélo Conrad qui grimpe aux lampadaires

Je terminerai mon article par ce formidable gadget à la mode DIY (Do It Yourself, fais le toi-même) proposé en 2010 par Conrad, une entreprise allemande vendant tout type de produits et composants electronique, informatique, maison, jardin…J’avais vu cette vidéo il y a quelques années et n’ai jamais retrouvé quelque chose d’aussi inspirant et enthousiasmant. Finalement, au lieu de tenter de se protéger par des cadenas toujours plus durs et souvent plus lourds, pourquoi ne pas trouver un autre moyen de contrer les voleurs ? Placer le vélo en l’air se révèle être une technique parmi d’autre. Sorte de hacking du parking vélo urbain.


Cette solution est plus rigolote que réellement faisable, mais au fond, elle donne de nouvelles perspectives : un meilleur cadenas est-il la meilleure solution pour ne pas se faire voler son vélo ? L’invention de Conrad propose ce que les villes ne nous proposent pas encore : une solution de parking vélo sécurisée et personnelle. Ce sujet nous entraîne sur des questions que nous développerons dans un prochain article. J’ai effectivement très envie de partir en exploration sur les solutions de parking pour vélo urbain. Pourquoi ne voyons-nous que très peu d’innovation cycliste dans la ville ? Restez connectés avec velonomy pour en savoir plus !

A bientôt pour le prochain article de ce dossier vol de vélos, qui fera la lumière sur les solutions disponibles pour retrouver son vélo ! Afin que l’irréparable ne le soit plus, ensemble, unissons nous contre le vol ! Soyons prêts, soyons intelligents ! En avant !

Vélomobile : un véhicule à la croisée des mondes

Prendre mon vélo chaque jour pour me déplacer est un plaisir. Mais la météo perturbe parfois cette harmonie, si fragile. Le vent et la pluie sont des ennemis redoutables ! Dans le cas du vélotaf, la pluie est particulièrement pénible. Les habits trempés nous donnant un côté Robinson urbanoé, certes aventureux, original, mais peut être inadapté à notre intégration sociale.

Je me suis souvent torturé le cerveau pour essayer de trouver des solutions permettant d’aller au boulot à vélo tout en m’habillant normalement quelles que soient les conditions. Porter des habits #techwear intégrant la technologie des vêtements d’extérieur, type randonnée ou bateau, avec un style d’habits de ville, ou alors rajouter un pare-brise au vélo. La première solution se développe de plus en plus mais n’est pas encore assez satisfaisante à mon goût, et la deuxième, et bien je vous laisse regarder et vous me direz si ça vous tente ! Moi je passe mon tour…

© Kaps
© Kaps – Keep riding…slowly

 Mais j’ai récemment eu l’illumination.

Le vélomobile! À moins qu’on ne dise la vélomobile! Disons la vélomobile, c’est joli.

Bref, je suis tombé sur cet article du magazine 200, paru en septembre. L’auteur faisait Le Mans-Paris, sur une vélomobile du fabricant français Cycles JV & Fenioux. Certes, on aurait dit une voiture de course et rien que pour le côté Ferrari ça donnait envie, mais surtout je me disais, ne serait-ce pas le véhicule vélotaf ultime ? Rigoler sous la pluie ! Fendre le vent sans effort ! J’ai donc cherché à en savoir davantage sur ce moyen de transport et les raisons de son invisibilité urbaine.

ABC : qu’est-ce qu’une vélomobile?

Voici la définition Wikipédia :

Un ou une vélomobile est un cycle protégé par une carrosserie aérodynamique. Cette carrosserie, généralement rigide, est soit complète, soit ouverte dans la partie supérieure. Pour des raisons d'équilibre et pour diminuer la surface frontale, les vélomobiles sont généralement bâtis sur le principe du tricycle couché : Le cycliste est assis bas, sur un siège muni d'un dossier incliné en arrière, et le pédalier est en avant.
La carrosserie a pour but de protéger contre les intempéries et, le plus souvent, d'obtenir un substantiel gain aérodynamique. Elle peut protéger aussi en cas de chute ou de collision. Le vélomobile peut être pourvu d'une assistance au pédalage.

Je rajouterai qu’une vélomobile peut avoir 2, 3 ou 4 roues. Le plus courant que j’ai pu observer est 3 et 4 roues, les 2 roues étant souvent destinées à la compétition.

Vue complète d’une vélomobile – www.velomobiles.co.uk

Des performances excellentes

Après lecture du magazine 200 et autres sources internet (Wikipédia, divers blogs de passionnés, mémoire de fin d’étude), il apparaît rapidement qu’une vélomobile est plus efficace sur un terrain plat que n’importe quel autre vélo droit. Pour le même effort, calculé ici en watt, la vitesse moyenne d’un vélo classique oscille entre 15, 20 et 27 km/h selon 3 niveaux de vélo (un vélo en mauvais état, un bon vélo standard, et un vélo de course) et celle d’une vélomobile entre 28 et 34 km/h. La forme aérodynamique d’une vélomobile lui confère en effet un sérieux avantage quand les frottement de l’air se font trop pressant. Le record du monde est établi depuis septembre 2016 à 143 km/h ! Réalisé à la force des jambes. Impressionnant.

Au delà de cette efficience extraordinaire, une vélomobile protège son utilisateur des intempéries et lui permet de transporter facilement les petits colis de la vie quotidienne, comme un enfant (enfin, vous me comprenez), un chien ou des courses.

Il est également possible d’ajouter une assistance électrique qui viendra pallier les difficultés rencontrées en montée (voir paragraphe suivant), ou tout simplement simplifier l’effort comme pour un vélo électrique. Le poids du système pèse autour des 7 kg mais ce blog évoque entre 60 et 130 km d’autonomie pour une batterie de 288 Watt-heure, un joli score. En comparaison, la Renault Zoé propose une batterie de 41 Kilowatt-heure pour 400 km d’autonomie. Je suis convaincu que la vélomobile possède des atouts pour prendre une place de véhicule urbain dans le coeur des citadins, d’où cette comparaison osée. Je suis conscient qu’une voiture atteint des vitesses supérieures et offre plus de place et de confort.

La vélomobile est donc un véhicule à la fois performant et pratique, qui présente néanmoins quelques désavantages face à un vélo classique.

Une comparaison pas toujours gagnante

Pourquoi la vélomobile peine-t-elle à s’installer comme solution de mobilité accessible à tous ?

Nous avons vu que sur le plat, la vélomobile est imbattable. Mais en montée, ce n’est pas la même histoire. La vitesse moyenne des vélos classiques est évaluée à 6, 10 et 12 km/h (pour les mêmes vélos que précédemment) contre environ 9 km/h pour une vélomobile. Ce qui est bien, mais pas top. Rappelons qu’il est possible d’ajouter l’assistance électrique dont nous parlions dans le paragraphe précédent, ou simplement d’accepter de rouler moins vite qu’un vélo normal, mais dasn tous les cas, cette difficulté ne peut pas être ignorée.

Toujours dans la comparaison avec le vélo, le poids d’une vélomobile, aux alentours des 30 kg, combiné à un encombrement supérieur ne rend pas les choses faciles, particulièrement en ville où l’espace est limité. Pas question de porter sa vélomobile sous le bras pour monter quelques étages, ni de la mettre dans l’ascenseur. C’est une critique fondée, mais qui peut être résolue par la location d’une place de parking, proposée à partir de 15€/mois par Saemes par exemple, et j’ai pu voir que Paris travaillait à proposer des lieux sécurisés pour y garer son vélo. Soyons honnêtes, cela reste marginal mais a le mérite d’exister et de se développer. Y aurait-il une opportunité business sur le parking courte durée de véhicules comme la vélomobile ? la question est posée.

Il y a également une difficulté supplémentaire sur la maniabilité de la vélomobile. Son poids, son châssis bas, ainsi que l’absence de marche arrière peuvent rendre difficile un demi-tour, et il est compliqué de monter sur un trottoir sans sortir du véhicule et le monter manuellement. Enfin, les chicanes l’empêchent parfois d’accéder aux pistes cyclables, la forçant à prendre la route.

Néanmoins, je crois que le principal frein au développement de la vélomobile aujourd’hui est d’une autre nature. Le prix ! Pour le modèle d’entrée de gamme, il faut compter 4000€ tout monté, ou 2695€ en kit, tarif raisonnable et accessible. Mais pour des modèles plus attractifs, ce n’est plus une demi décision. Les tarifs commencent autour des 7000€ et tendent plutôt vers les 10000€. Le prix d’une voiture, ou d’un vélo de course particulièrement performant. Sauf que, rappelons-le, le coût d’entretien annuel s’apparente à celui d’un vélo.

marché confidentiel & positionnement flou

Après avoir recoupé Wikipédia et une liste de constructeurs des blogs velomobiles.co.uk et du Vélomobile Club de France, il n’y a finalement qu’une grosse dizaine de constructeurs actifs et reconnus dans le monde.

Velomobiel, entreprise hollandaise et parmi leaders du marché, a produit 1376 vélomobiles en 17 ans! Il s’en vend autour d’une centaine par an.

© Velomobiel – modèle Quest – à partir de 6550€

J’en suis venu à penser que le prix n’était peut être pas le principal facteur qui empêche la vélomobile de trouver sa place en lisant le mémoire de Frederik Van De Walle. Mr Van De Walle est un ingénieur mécanique s’étant spécialisé dans l’ingénierie environnementale et dans les infrastructures durables à Stockholm. Son mémoire de fin d’étude sorti en juin 2004 s’intitule “La vélomobile comme véhicule pour plus de transport durable”. J’en ai retenu quelques idées très pertinentes.

En mettant de côté les transports publics, les 3 types de transports privés suivants ont le quasi monopole des utilisateurs : voitures, 2 roues motorisés et vélos. La vélomobile est perçue par le public comme un mode de transport étrange, coincé entre un vélo haute technologie, ou une voiture basse technologie.

Si celle-ci reste comparée au vélo, et qui plus est comme un vélo marginal, plus marginal encore qu’un vélo couché, alors elle sera confinée dans son marché actuel: un marché de niche, une exception. Il semble également fou de tenter la compétition avec la voiture, trop confortable, trop installée sur le marché et dans les esprits. Cette réflexion prend tout son sens lorsqu’il s’agit d’attribuer une place à la vélomobile dans la circulation. Piste cyclable ou route ? Sa vitesse moyenne suggèrerait une pratique routière, pour ne pas perturber les cyclistes souvent plus lents, mais sa fragilité face à la voiture, tout comme le vélo sur la route, pousse à considérer la piste cyclable comme la meilleure option. La loi considère en tout cas la vélomobile sur le même plan que le vélo, lui donnant accès aux 2.

La vélomobile, un véhicule à part entière

Si malgré ses nombreux avantages, la vélomobile ne peut concurrencer aucun de ses concurrents, et reste bloquée dans l’esprit du consommateur potentiel dans une case “c’est sympa, mais pas pour moi” voire, “c’est quoi ce truc de geek!”, qu’est-il possible de faire pour que les potentiels clients passent à l’action, et pour que la vélomobile s’installe durablement dans le paysage de la mobilité urbaine ?

Frederik Van De Walle propose de créer un nouveau cadre, un nouvel ordre dans le monde de la mobilité, dans lequel vélo, vélomobile, moto et automobile sont 4 entités distinctes. La vélomobile n’est pas un vélo, n’est pas une voiture, n’est pas une moto/scooter. Donner une identité unique à la vélomobile, et faire évoluer cette perception dans l’esprit des consommateurs, c’est le challenge des évangélistes !

Très bien mais essayer de convaincre le grand public de passer à la vélomobile comme moyen de déplacement principal peut être assimilé à la tentation de convertir les gens au vélo en avançant tous les excellents arguments qu’on connaît déjà. L’impact est limité et réjouis surtout les adeptes. Les avantages sont compris facilement, mais la perception de la chose n’est, de base, pas la même. Toutes ces bonnes raisons ne provoqueront pas un passage à l’acte, il faut s’identifier d’abord, imaginer que la transition est possible, et pas seulement être spectateur. La vélomobile est un cas symptomatique. Il faut donc trouver un autre angle et cibler une population définie pour faire rencontrer le marché avec ses potentiels clients.

viser la cible parfaite

Premièrement, il semble opportun de regarder dans la direction des cyclistes, car ils partage la même base, à savoir la propulsion humaine de leur véhicule.

Mais il y a différents types de cyclistes. Ceux qui nous intéressent sont ceux qui roulent régulièrement, et plus particulièrement ceux qui choisissent consciemment de prendre leur vélo pour se déplacer. Ce dernier segment devrait être visé en priorité. Il y a une chance beaucoup plus forte que des personnes se déplaçant à vélo par choix, par engagement, comprennent la logique d’un véhicule tel que la vélomobile. D’autant plus qu’ils sont régulièrement confrontés aux intempéries qu’impliquent une telle pratique. Les vélotafeurs sont donc une cible de choix.

Selon l’étude de l’INSEE sortie en janvier 2017 sur les déplacement à vélo pour aller au travail, 2% de la population active pratique le vélotaf. Ce chiffre passe à 4% dans les communes entre 100 000 et 200 000 habitants et monte à 6% dans les communes au delà de 200 000 habitants, à l’exception de Paris, restant à 4%. La culture du vélotaf est ainsi plus forte dans les grandes villes qu’ailleurs, mais les distances parcourues sont relativement faibles. 4km est la distance où le taux de vélotaf est le plus élevé, alors que l’un des avantages de la vélomobile est de réaliser des plus grandes distances pour un effort moindre. Il faut donc cibler une population qui se déplace régulièrement à vélo sur des plus grandes distances, par exemple à partir de 9 ou 10km. Le taux de personnes prenant leur vélo pour aller au boulot lorsque celui-ci est distant de 9 ou 10km est de 0,9%, et ce chiffre décroit progressivement pour atteindre 0,3% entre 19 et 20km. C’est faible, mais c’est, selon moi, le point d’entrée d’un tel marché. Si la vélomobile trouve preneur dans cette population, alors il peut y avoir un effet positif pour des distances inférieures et une utilisation urbaine.

Le fait de communiquer sur la vélomobile comme véhicule à part entière, et solution de mobilité efficiente et douce, peut amener, pourquoi ne rêverions-nous pas, une action politique. Je pense ici à l’indemnité kilométrique vélo, dont les résultats sont, certes, assez peu probants, dû probablement à son côté facultatif et son plafonds d’imposition sur le revenu placé à 200€…qui équivaut à 800km/an, soit une distance avec le lieu de travail de 2km, et 200 jours de vélotaf par an. Bon d’accord, la tâche ne sera pas aisée, mais il y a une tendance ! Tout comme ces réductions d’impôts sur les flottes de vélo, ou ces places de stationnement obligatoires pour toute nouvelle construction.

Il y a quelques années, très inspiré par la culture startup, je lisais un article de Paul Graham, célèbre investisseur de la Silicon Valley, mais aussi essayiste et programmeur. Cette article s’appelle “How to Get Startup Ideas”, ou “Comment Avoir des Idées de Startup”. Une partie de son article m’a marqué :

Lorsqu'une startup se lance, il doit y avoir au moins quelques utilisateurs qui ont réellement besoin de ce qu'elle fait-pas juste des gens qui peuvent se voir l'utiliser un jour, mais des gens qui le veulent instamment. D'habitude ce groupe d'utilisateurs est petit, pour la simple raison que s'il y avait quelque chose dont un large groupe d'utilisateurs avait vraiment besoin, et que ça pouvait être construit avec le volume d'effort qu'une startup met normalement dans sa première version (du produit/service, ndlr) cela existerait probablement déjà. Ce qui veut dire que tu dois trouver le compromis : tu peux soit construire quelque chose que beaucoup de gens veulent un peu, ou quelque chose que peu de gens veulent beaucoup. Choisis la dernière option. Pas toutes les idées de startups de ce type sont de bonnes startups, mais presque toutes les bonnes idées de startups sont de ce type.
Paul Graham - http://www.paulgraham.com/startupideas.html

Je reconnais qu’il manque à mon analyse la connaissance du secteur industriel et la vision quand à la complexité de la production des coques de la vélomobile, mais il est tentant d’appliquer ce principe de Paul Graham à ce secteur. Je suis convaincu qu’une partie des vélotafeurs veut réellement ce produit, et est prête à payer pour l’obtenir. La différence avec les startups mentionnées par Paul Graham (Facebook, Google, Microsoft) est qu’elles proposent un service qui, à l’origine, n’inclut pas de gros investissements dans des machines de production. Selon l’analyse de Van De Walle, il n’est pas encore possible de baisser le coût de ces véhicules car il faudrait investir une dizaine de millions d’euros pour industrialiser la production. Sans ces investissements, et tant que l’image de la vélomobile ne sera pas clarifiée, le coût du véhicule sera un puissant répulsif. Besoin d’un marché pour industrialiser et baisser les prix, mais besoin de baisser les prix pour avoir un marché. Allo Houston, on a un problème.

Repenser l’approche pour faciliter l’accès aux pionniers urbains

Faut-il à tout prix un investisseur fortuné, ou n’est-il pas possible de repenser le modèle d’utilisation d’une vélomobile, en permettant par exemple la location longue durée pour que le consommateur ne soit pas étranglé par le prix ? Est-il possible d’utiliser l’impression 3D pour baisser les coûts de production ? Cela pourrait avoir comme résultat d’accélérer la mise à disposition de ces véhicules sur le marché, et pourrait être organisé en nouant des partenariats avec des FablabPourquoi ne pas créer une communauté d’ambassadeurs urbains qui, se déplaçant uniquement en vélomobile pourraient promouvoir sa pratique? Serait-il possible de développer une stratégie basée sur des influenceurs web, voire des micro-influenceurs dans le monde du vélo ? Les micro-influenceurs sont des personnes qui ont une audience/communauté web assez faible mais très engagée. Leur prêter une vélomobile pendant un certain temps, et voir s’ils arrivent à évangéliser leur communauté.

C’est décidé je monte ma boite de vélomobiles ! Euh, sans aller jusque là, je pense qu’il y a tout un écosystème qui attend d’être déclenché avec les bons leviers.

Conclusion : ça ne vous fait pas penser au segway cette histoire ?

J’ai vu l’autre jour une personne se déplacer en Segway dans la rue, (ou en gyropode, nom générique) et POUF! tout à coup cela m’a sauté aux yeux. Le Segway est l’exemple type de la promesse d’une nouvelle mobilité qui n’a justement pas beaucoup bougé la foule. La faute à un marché inexistant, et à son prix, dans les 7000$…comme notre bien aimée vélomobile ! Qui veut payer 7000$ pour se déplacer sur un gyropode ? C’est quoi d’ailleurs un gyropode ? Un jouet ? Une solution de mobilité urbaine ? 15 ans après la sortie du Segway, et malgré un regain d’intérêt du public, ces engins n’ont toujours pas de législation adaptée, et peinent à trouver leur place. Les débats continuent à l’assemblée nationale.

Le positionnement flou de la vélomobile, sa lutte de place, en ville, sur la route ou sur les pistes cyclables, ainsi que son prix élevé semblent la condamner à un destin similaire au Segway. Cependant, au vu de son efficience, je suis convaincu qu’elle a une carte à jouer dans le paysage urbain qui se dessine. Les villes se ferment aux voitures, se ré-approprient l’espace pour l’offrir aux piétons ou aux cyclistes, et la pollution est une super excuse pour développer des solutions de mobilité écologique.

Mais elle aura besoin de soutien et de créativité pour s’imposer comme une solution de transport viable face aux alternatives qui émergent. Je pense notamment aux initiatives des constructeurs automobiles qui ne lâcheront pas l’affaire si facilement. La Twizy de Renault vient typiquement chasser sur des terres prometteuses.

Je serais ravi de lire vos commentaires et vos idées innovantes sur ce sujet.

En attendant, à bientôt !

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