Vol de vélos : la technologie au pilori

Bonjour à tous, et bienvenue dans ce nouvel article de velonomy. Je continue mon focus sur le sujet du vol de vélos, et me suis intéressé de près aux traceurs GPS.

Mes questions étaient les suivantes : l’antivol GPS est-il un outil utile pour réduire le risque de se faire voler son vélo ? L’est-il également pour le retrouver ? Quels sont ses points forts et ses limites ? Enfin, comment a-t-on compris que la terre n’était pas plate ? Il y a des choses à dire. Mais ça, vous vous en doutiez. Une enquête exclusive signée velonomy.

L’ANTIVOL GPS pour VELO C’EST QUOI ? COMMENT CA MARCHE?

Les faibles prix du matériel électronique, couplés à la miniaturisation des composants rendent les balises/traceurs GPS accessibles à tous, et en particulier aux cyclistes. Le concept est séduisant : placer un simple émetteur sur le vélo, puis recevoir des notifications sur son téléphone lorsque le vélo bouge de manière intempestive alors qu’il devait se tenir à carreau. Ensuite, si le vol a lieu, tracer en temps presque réel le vélo jusqu’à son point d’arrivée. Ce qui permet potentiellement d’aller le rechercher, ou de demander à la police de le récupérer à votre place. Je me concentre donc sur ces possibilités et laisse de côté les fonctionnalités offertes par cette technologie pour mesurer ses performances ou pour gérer ses itinéraires comme les GPS Garmin par exemple.

Il est intéressant de comprendre les grandes lignes du fonctionnement d’un traceur GPS. Attention,  je ne rentre pas dans les détails, mon but est d’aborder les grands principes.

Les principaux composants sont : un module GPS, un module GSM/GPRS, éventuellement combiné avec un module 3G (UMTS), un accéléromètre, une batterie et une carte de type Arduino qui sert de connexion entre tout ce beau monde. Le module GPS calcule sa position géographique, transmet l’information au module GSM/GPRS, qui envoie l’information au cycliste par sms via le réseau téléphonique. Ce module GPRS/GSM peut également être utilisé pour la géolocalisation. En effet, les ondes GPS émises par satellites peuvent parfois ne pas être bien captées, et le réseau de téléphonie mobile peut les remplacer, avec une précision qui dépend du nombre d’antenne relais à proximité. Plus il y a d’antennes accessibles, plus la localisation sera précise. Pour communiquer sur ce réseau téléphonique, il faut une carte SIM ainsi qu’un abonnement adéquat. L’accéléromètre, de son côté, permet d’envoyer une alerte s’il ressent des chocs, autrement dit : une situation potentielle de vol.

Pour information, le système GPS est un système militaire américain. Nous pouvons tous accéder gratuitement à ce service, avec une précision moins bonne que pour le service payant, ainsi qu’avec des restrictions qui peuvent être décidées par le département de la défense américaine de manière arbitraire. Mais l’Europe s’est dotée de son propre système, Galileo. Technologie plus précise, et de plus, civile, il devrait être déployé entièrement en 2020. Regardez cette petite vidéo c’est bien fait et intéressant pour mieux comprendre un outil aujourd’hui tellement généralisé qu’on en oublierait presque que c’est une innovation technologique majeure !

A noter qu’il est possible d’acheter une puce GPS pour 6€ sur des plateformes telles Aliexpress, grand marché internet du made in china, idem pour la puce GSM et en suivant des tutoriels sur internet en type DIY (Do It Yourself) on s’en sort pour moins de 30€, sans compter l’investissement en temps (soudures, programmation, tests…), qui est lourd pour un novice. N’est-ce tout de même pas incroyable de pouvoir accéder à une technologie comme celle-là pour un prix aussi dérisoire ? Mais tout le monde n’est pas encore prêt à monter son GPS soi-même, moi le premier. J’ai donc cherché à savoir ce que nous proposait le marché.

QUE NOUS PROPOSE DONC LE MARCHE ?

Le Sherlock : simple et complet

Ma première impression est que ce genre d’objet ne court pas les serveurs ! Pour une utilisation purement cycliste, le marché semble tâtonnant.

Le produit le plus excitant que j’ai pu trouver est le “Sherlock”. Fabriqué par une équipe basée en Italie, à Turin, c’est un traceur antivol qui se glisse dans le guidon, et qui est en principe invisible. J’ai regardé plusieurs autres produits et c’est celui qui m’a paru le plus sensé et le plus simple, surtout en matière ergonomique. En mai 2016, une tentative de financement par la foule via Indiegogo s’est soldée par un échec, car seulement 34,000€ ont été levé sur un objectif de 80,000€. Cependant Sherlock a tout de même fait son entrée sur le marché en mars 2017 via des pré-commandes, et les livraisons sont en cours. En plus d’avoir pu bénéficier de fonds européens via un programme d’incubation destinés aux entreprises positionnées sur les problématiques urbaines numériques, Sherlock a également le soutien d’Orange Business, et depuis peu, de Viasat, spécialiste de la géolocalisation de flotte de véhicule d’entreprise par satellite, qui a acheté des parts de leur entreprise. Il semble donc que leur modèle plait, reste à voir si ça fonctionne…et combien de vélo seront retrouvés grâce à eux !

Le traceur Sherlock – glissé dans le guidon

Spybike – Velocate…

Plusieurs autres entreprises proposent ce genre de produit. C’est le cas de Spybike, entreprise anglaise qui propose un traceur intégré dans une lumière de vélo arrière, le tube de selle ou la potence. L’équipe de Matin Dimanche, journal suisse, a fait l’expérience de laisser des vélos dans la rue pour les suivre une fois volés (le lien ici). Pour cela, ils ont utilisé les traceurs proposés par Velocate, une marque allemande, qui sont également placés dans une lampe arrière et se sont révélés fiables.

Traque au vélo volé - l'expérience de Dimanche Matin en Suisse
Traque au vélo volé – l’expérience de Dimanche Matin en Suisse

Velco : un produit prometteur

Je vais en profiter pour rajouter ici la Wink Bar de Velco : entreprise nantaise qui a développé un guidon connecté. En plus des 450,000€ de levée de fonds en janvier, Ils viennent de récolter 33,200$ sur Indiegogo et prévoient de livrer en septembre 2017. Le guidon est connecté au téléphone via bluetooth et guide l’utilisateur vers sa destination grâce à des indicateurs lumineux. Il inclut un module GPS, GSM, Bluetooth, RFID…tout ce qu’il faut pour obtenir un bon traceur. Et il peut être relié à la dynamo, ce qui facilite la charge de la batterie. Le forfait données est inclus mais il ne semble pas y avoir d’activation/alerte via sms. Prix aujourd’hui : 174$ (en $ car vendu sur indiegogo en $) tout compris. Il est annoncé demain à 264$. Un projet vraiment intéressant, à suivre, même si la contrainte du changement de guidon peut être bloquante pour certains.

Wink Bar de Velco
Wink Bar de Velco – La technologie à portée de guidon

Un budget certain

Tout cela n’est pas donné. Au delà des composants qui ne coûtent pas cher, il y a tout le travail de recherche et développement, entre autre pour permettre de placer le traceur dans les endroits les plus invisibles possibles. Le but est clair : le voleur doit ignorer que ce vélo est équipé d’un traceur. Le problème est que en plaçant le traceur dans trop profondément dans les tubes, il peut y avoir des problèmes de connexion, notamment l’effet cage faraday pourrait bloquer le signal. Il faut ruser. J’ai un faible pour le Sherlock en terme d’ergonomie car il pourrait s’adapter sur presque tous les vélos, alors que les potences ne sont pas toutes les mêmes, que je n’ai pas envie de changer mon tube de selle et que je ne veux pas racheter une lampe arrière.

Les tarifs vont de 180 à 250€ pour velocate, avec un an d’abonnement (carte SIM), puis 39€/an les années suivantes (3.25€/mois). 150€ avec 2 ans d’abonnement inclus pour le Sherlock, puis 3€/mois ensuite, et enfin les produits spybike coûtent entre 82.50£ et 97.50£ auxquels il faut rajouter 3.5£/mois pour l’abonnement et la carte SIM.

Il est toujours possible de gérer soi même sa carte SIM, cependant il faut trouver une offre qui soit compétitive avec ce que propose le constructeur de votre produit. Ce post de forum met à jour une liste de carte SIM qui correspond aux besoins : envois de sms et data sont les 2 mamelles d’une offre attractive ! Mais il ne faut pas oublier que le réseau que vous choisissez a son importance. Free, SFR, Bouygues, Orange…? Lequel choisir ? L’idéal serait donc une carte multi-opérateur. C’est ce que propose Matooma, une entreprise lancée en 2012 à Montpellier, et dont le développement a été fantastique. Je vous laisse aller voir par vous même car on s’éloigne un peu du sujet. Malheureusement ce sont des offres à destination des entreprises, et je ne sais pas si c’est accessible aux particuliers.

C’est donc le Sherlock qui s’en tire le mieux niveau budget, pour un coût de 150€ pour 2 ans, sans oublier la Wink Bar, qui, si elle tient ses promesses, permettra d’avoir un forfait data illimité et compris dans le prix pour transmettre la géolocalisation GPS sur l’application (attendons un peu avant de célébrer, parce que ça semble presque trop beau pour être vrai).

MAIS EST-CE UNE BONNE IDÉE ?

Un traceur n’est pas un antivol…

Les promesses sont toujours belles et attirantes mais elles “n’engagent que ceux qui les écoutent” aurait dit Henri Queuille. Vous savez, Henri Queuille, cet homme d’Etat Français, né à Neuvic en Corrèze, le 31 mars 1884 et mort à Paris le 15 juin 1970.

Appeler le traceur GPS un antivol n’est pas exact, pas du tout même. Il n’empêchera pas le voleur de s’emparer du vélo. Par contre, un accéléromètre va permettre de sentir les mouvements, les chocs, et sera en mesure de déclencher une alerte, et potentiellement vous donner le temps de réagir (à condition que vous ayez attaché votre vélo comme il se doit…). Mais tous les traceurs ne dispose pas de cette fonctionnalité. Pour s’appeler antivol, il faut au minimum ça, et puis, si vous n’êtes pas dans les parages, ça n’antivolera rien du tout et vous verrez tristement votre vélo s’envoler.

…Il faut donc que quelqu’un aille chercher le vélo lorsqu’il est volé !

Il est absolument déconseillé d’aller chercher son vélo tout seul. En tout cas, moi, je vous le déconseille. Comment peut-on imaginer se faire justice soi-même ? Si par chance le vélo est simplement abandonné, très bien mais les rencontres peuvent être fatales, comme témoigne cet article (en anglais) sur un adolescent canadien qui s’est fait tuer après avoir géolocalisé son smartphone et confronté les voleurs.

Cet américain ne doute de rien, et part tranquillement chercher son vélo chez quelqu’un. Il rentre chez cette personne sans autorisation, sur un fond musical très détendu, les petits oiseaux volent, et tout le monde est heureux. Ce n’est pas forcément une bonne idée.

Analysons rapidement le marché du traceur GPS. Qui va acheter un traceur ? Et pourquoi ?

Selon moi, la personne qui a est prête à payer un traceur GPS et un abonnement chaque mois, pour un budget d’au moins 150€ pour 2 ans, et plus dans la durée, possède probablement un vélo de qualité. Un vélo d’une assez bonne qualité, et d’un prix assez élevé pour se donner les moyens de le retrouver s’il est volé. Admettons maintenant que ce vélo se fasse voler, quelles sont les chances qu’un vélo attirant soit volé pour un usage unique, c’est à dire pour rentrer chez soi, ou juste frimer dans la rue avant de l’abandonner dans un coin ? Peu de chances je dirais ? Sauf si ce vélo était mal cadenassé (encore quelqu’un qui ne lit pas velonomy.), je vous l’accorde. Il ne faut tout de même pas oublier qu’il faut déjà un budget pour attacher correctement son vélo, et que ce traceur vient simplement aider en cas de vol. Mal attacher son vélo parce qu’on a un traceur GPS…mauvaise décision !

Mon impression est que si ce beau vélo est volé, ca sera pour être revendu derrière ! Dans le coin, ou peut-être pas dans le coin, dans le pays, ou le continent voisin…

La situation ne sera peut-être pas aussi simple que celle décrite dans la vidéo (d’ailleurs le vélo est un vieux VTT, qui ne mérite pas forcément un traceur GPS à 98£ + un abonnement mensuel à 3,5£/mois, étant donné qu’il doit coûter à peine 100£). L’homme pose son vélo avec un cadenas des plus médiocres (on ne le voit même pas), puis reprend tranquillement le vélo au voleur qui faisait ses courses :

Serait-ce une définition de l’anti-marketing : un contenu qui ne donne pas envie d’être regardé, accompagné d’une musique fait maison qui aurait mérité de rester enfermée dans son ordinateur.

Donc, la police doit être impliquée

La première question que je me pose est la suivante : La police peut-elle légalement intervenir sur la base d’une géolocalisation fournie par une entreprise privée ? Par exemple, si mon vélo est volé, que je l’ai équipé d’un sherlock et que l’application fournie par Sherlock me montre le lieu où est stationné le vélo, puis-je demander aux forces de l’ordre d’intervenir sans avoir vérifié au préalable qu’il s’agit bien de mon vélo ? Les exemples que j’ai pu retrouver sur internet mentionnent les téléphones portables ou les voitures, mais aucune trace de vélos retrouvés par géolocalisation. Vous me direz, et vous aurez raison, que c’est certainement parce que très peu de vélos sont équipés de traceur aujourd’hui ! Mais j’ai quelques doutes sur la volonté de la Police de s’impliquer sur ce genre de vols. D’ailleurs une amie, anciennement avocate m’a confirmé que les policiers n’intervenaient que rarement, même pour les smartphones. Je continue mes recherches sur ce sujet, si vous avez des témoignages, n’hésitez pas à les partager.

Cet article du New York Times, en anglais, décrit les méthodes de la police de San Francisco pour faire chuter les vols de vélo. Une tactique consistant à utiliser des vélos-appâts (bait bikes) équipés de GPS, à capturer les voleurs, à publier leur photos publiquement pour les humilier (il est en effet possible aux Etats-Unis d’aller sur le site de la police et de voir les gens qui se font arrêter, c’est assez surprenant), puis à distribuer des autocollants invitant les voleurs à s’interroger sur le vélo qu’ils sont en train de voler.

Traduction :Serait-ce un vélo-appât ? Semer le doute dans l’esprit du voleur…efficace, ou non ? That is the question.

Pour que la police puisse utiliser la trace GPS comme donnée officielle permettant de déclencher une action, Il faut qu’elle soit avertie en amont. Qu’elle sache que ce genre de situation arrive, qu’elle ait un mode opératoire éprouvé. Que l’appareil qui émette la localisation GPS soit comme “validé” par l’Etat. Il me semble que c’est une des conditions les plus importantes pour que ça fonctionne. Que la personne qui utilise un traceur GPS n’ait pas à aller retrouver son vélo seule.

Technologie contre technologie

Côté technologique, tout ce système repose sur la gestion des ondes radio…s’il n’y en a plus, le système est inutile. Il faut donc espérer que les malfrats ne s’équipent pas tous de brouilleurs (ce qui est puni de 6 mois d’emprisonnement et 30000€ d’amende). Avec les marchés en ligne, tout est possible, et il est très simple de s’en procurer. A voir comment la situation évolue. Avec la multiplication de l’utilisation des ondes au quotidien, entre smartphone et objets connectés, et notamment avec les drones, je parie que ce genre de produit va se vendre de plus en plus…

Ces ondes seront également coupées, ou beaucoup moins utiles dans une cave ou tout autre lieu clos et éloigné de l’extérieur.

L’approche VanMoof

Entreprise hollandaise, VanMoof produit des vélos urbains au design unique, qui se vendent cher. A partir de 600€ jusqu’à plus de 3000€. Dans les options disponibles se trouve celle dite “Peace of mind” pour 240€. C’est la garantie que l’équipe de chasseurs de VanMoof retrouvera votre vélo dans les 2 semaines après le vol, et si elle ne la retrouve pas, un vélo neuf vous sera redonné. C’est disponible pour les modèles haut de gamme SmartBike/Electrified S. Le récit de The Verge, magazine en ligne américain traitant des nouvelles technologies, est particulièrement intéressant (lien en anglais). L’équipe de chasseurs trouve la trace d’un vélo volé à Paris, puis se rend compte qu’il est en route pour Bruxelles. (récit complet par VanMoof disponible en anglais ici) Avec l’aide de la Police, ils arrêtent le camion dissimulant le vélo. Il était en partance pour le Maroc. Justement, le Maroc. Ils s’y rendent ensuite parce qu’il y a un autre vélo volé qui est géolocalisé à Casablanca, dans un quartier où les chauffeurs de taxi ne veulent pas les emmener car il est mal famé. Ils finissent tout de même par y arriver, mais en l’absence de signal GSM, ils doivent chercher le signal bluetooth, et estimer grossièrement la location en fonction de la puissance du signal capté. Chou blanc. On ne leur fait pas un accueil des plus chaleureux, et la Police refuse de les aider. Ils tombent au passage sur un entrepôt avec environ 2000 vélos, ou vélos cargos, en super état et le gars leur explique tranquillement qu’il reçoit des livraisons de Paris, Bruxelles et de partout en Europe…récit ici.

Il est impossible de retrouver tous les vélos volés, mais le message est clair : voler un VanMoof, c’est se compliquer la vie et il y a un risque bien plus élevé de se faire pincer. L’entreprise a retrouvé environ 10 vélos depuis 2016. J’ai voulu parler de cette stratégie “Peace of Mind” parce que, basée sur la géolocalisation GPS, je la trouve très intéressante. Attendons un peu et voyons les résultats de cet engagement d’ici 1 à 2 ans.

Alors, ça serait quoi le dispositif parfait ?

En admettant que je veuille m’équiper d’un dispositif de traçage de mon vélo, voici ce que je chercherai :

  1. Alerte de mouvement via SMS/3G/Bluetooth pour pouvoir me prévenir et que je puisse aller morigéner le malandrin si je ne suis pas loin
  2. Une entreprise qui a rencontré la Police pour développer un partenariat
  3. Une carte SIM multi-réseau pour avoir une géolocalisation GSM efficace, et une communication via SMS même dans des coins reculésUne batterie optimisée pour plusieurs mois
  4. Une “cachette” efficace comme le propose le Sherlock

conclusion

Ma conclusion personnelle est que, concernant les cyclistes, ce marché n’est pas encore assez mature pour avoir une expérience à la hauteur des attentes. La clef est toujours de bien attacher son vélo. Mais les promesses sont là, et je pense que les années qui viennent vont nous offrir de belles choses. Je vais suivre l’histoire du Sherlock et de la Wink Bar, qui s’annoncent comme de sérieux concurrents aux rares marques existantes. Le développement faramineux des vélos électriques m’incite à imaginer le développement d’un éco-système sur le même modèle que celui de la voiture (en mieux, bien entendu ;), c’est-à-dire, avec beaucoup plus de technologie embarquée.

Merci de m’avoir suivi une fois de plus sur velonomy. A bientôt pour de nouvelles enquêtes !

Vol de vélo : Aide-toi et le ciel t’aidera

Bonjour à tous !

Bienvenue sur velonomy pour ce 2ème article autour du vol de vélo. Voilà la situation : j’ai un vélo auquel je tiens, je l’ai fait graver et l’ai enregistré dans la base de données Bicycode, augmentant fortement mes chances de le retrouver si le pire arrivait. Maintenant, comment réduire le risque de vol au maximum ? On ne va pas se mentir, la peur de se faire voler son vélo sera toujours présente dans la tête des cyclistes un peu nerveux. Mais il y a moult façons de réduire cette charge psychologique.

Cadenas de qualité et stratégie affinée : les clefs de la réussite

Beaucoup de choses ont déjà été largement partagées sur internet, raison pour laquelle je n’écrirai pas de tartines sur les antivols en U, la façon d’attacher son vélo etc. Mais le sujet mérite tout de même un petit bout de chocolat sur un biscuit Lu.

Les antivols sont comme les coffres-forts : faits pour être braqués

Briser, tordre, scier un antivol est à la portée de tous. Ce peut être une question de secondes, ou, mieux, de minutes. Mon antivol en U Kryptonite, entrée de gamme, se coupe en 20 secondes au coupe-boulon, peut se casser par torsion en 30 secondes, et doit tenir environ 10 petites secondes à la disqueuse.

coupe jamon
Malheureusement plus rapide de se couper une tranche de cadenas qu’une tranche de jambon !

Vous l’aurez compris, l’antivol est avant tout un frein, un obstacle pour le potentiel voleur. Plus longue sera la coupe, plus risqué sera le choix. A ce jeu là, il semble que le Kryptonite Fahgettaboudit fasse l’affaire.

Cadenas Kryptonite en action
Cadenas Kryptonite en action

Un type de cadenas cher, oui, relativement (environ 80€). Mais nécessaire et utilisé par ceux qui savent. Il y en a d’autres (article non sponsorisé d’ailleurs, je parle ici de mon opinion propre). Pour se faire une idée, la FUB propose un guide mis à jour chaque année, avec une liste détaillée de cadenas sur lesquels ils ont effectué différents tests. J’aurai aimé voir leurs tests mais la méthodologie est gardée secrète, probablement pour ne pas diffuser de mauvaises idées dans les mauvaises têtes. Il y a une marge de progression dans la qualité du guide car beaucoup de cadenas U de taille similaire ont le niveau “2 roues” et la mention “Très résistant” avec des prix variant pourtant de 20 à 90€ sans qu’on sache vraiment quelle est la différence. Du marketing, certes, mais surement un peu plus que ça. En tout cas, je salue l’initiative, très importante pour éduquer un public qui n’a pas encore conscience du risque de vol.

Un antivol résistant oui ! mais pas que.

Donc un antivol de qualité est nécessaire, mais il lui faut un, ou plusieurs assistants. Oui, car à moins de porter 2 cadenas, il reste une roue au moins qui n’est pas attachée. Dans le cas du Fahgettaboudit, il est même trop petit pour attacher et le cadre et les roues. Sa petite anse limite les risques de casse par torsion en réduisant l’espace nécessaire pour glisser une barre en fer. Force et faiblesse à la fois quoi.

Premier assistant, le câble en acier. Il se passe dans les roues et s’ancre au cadenas en U. Ca permet de compliquer la tâche du voleur qui aurait envie d’une roue, je sais pas moi, comme ça, pour le dîner. C’est peut-être la solution la plus facile et rapide à mettre en place, mais la résistance aux outils coupants est faible. Coût d’environ 10€.

Vélo Police
La pédagogique police britannique a placé ce vélo de démonstration à la sortie de la gare de Preston

Le meilleur est de changer la visserie de son vélo et de mettre des vis qui ne peuvent se dévisser qu’avec une clef spéciale. Je ne sais pas dans quelle mesure les voleurs peuvent détourner les outils pour leurs méfaits. Sauf preuve du contraire, nous pouvons imaginer que c’est plus difficile à dévisser qu’une roue en attache rapide. Certaines entreprises proposent également des vis qui ne peuvent se dévisser que lorsque le vélo est à l’envers (roues en l’air, guidon à terre). Si celui ci est bien attaché à un point fixe, alors il sera impossible de le retourner pour prendre les roues. Un coût d’environ 20/30€.

Nous obtenons un budget d’environ 115€, + 10€ pour faire graver son vélo. Avec 125€ votre vélo sera protégé au mieux, et ne se laissera pas faire. Avec le U décathlon, noté très résistant par la FUB, ce budget sera de 80€, nettement plus raisonnable. J’ai moi même un cadenas btwin, mais pour un vélo pour plus cher je choisirai directement une marque comme Kryptonite; Je suis surement “marketinguement” influençable, mais je n’ai pas une confiance absolue dans la sécurité chez Decathlon, alors que certaines entreprises en ont fait leur métier.

On peut aller encore plus loin.

Petit précis de stratégie

L’emplacement ne doit pas être négligé. C’est un classique : “Favorisez les lieux fréquentés !” et ensuite on voit toutes les vidéos youtube où des gens coupent des antivols en pleine journée sans se faire inquiéter. Ce qui est inquiétant, pour parler vrai. L’effet témoin est quelque chose de très puissant, et qui, je pense, s’applique aussi au simple vol dans un lieu public :

“En d’autres mots, plus le nombre de personnes qui assistent à une situation exigeant un secours est important, plus les chances que l’un d’entre eux décide d’apporter son aide sont faibles.”

https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_t%C3%A9moin

Qui va prendre la peine de demander à la personne pourquoi elle casse un cadenas ? Et si cette personne répond qu’elle a perdu les clefs ? Si c’est un cadenas à code, je préfère vous dire tout de suite que c’est louche. Sinon…bonne question.

L’enquête de Frédéric Heran, évoquée dans mon précédent article, montre que presque 6 vélos sur 10 ont été volés dans des lieux considérés comme sûrs (lieu bien visible, très fréquenté et bien éclairé). Mais le détail des réponses suggère néanmoins que la fréquentation du lieu joue un rôle supérieur car 53% des vols l’ont été dans des lieux peu fréquentés, alors que la visibilité du vélo ainsi que l’éclairage du lieu n’ont pas du tout joué le rôle dissuasif espéré.

Attacher son vélo à un point fixe permet d’être sûr que le vélo ne s’envolera pas tout seul. Mais il faut faire de plus en plus attention à ce que le poteau ne soit déjà scié avec un coup de scotch pour dissimuler la coupe, ou qu’il se détache du sol.

Il me reste 2 conseils à aborder ici. Le premier : le look du vélo. Un vélo tout neuf attirera plus l’attention. Selon le rapport de l’IFRESI-CNRS détaillé dans mon article précédent, 65% des vélos volés ont moins de 5 ans. Son enquête montre également que plus de 1 vélo volé sur 2 était en très bon état, et que presque 9 sur 10 étaient dans un état de correct à très bon. Pas folle la guêpe, pourquoi voler un vélo pourri quand il y en a des bons à portée de pince coupante ? Quelques autocollants, quelques rayures pourront dégrader l’image de votre vélo, et qui sait, orienter le voleur vers un autre vélo plus attirant.

Et enfin, mon dernier conseil de Jedi urbain est celui-ci : attachez votre vélo aux côtés de vélos qui sont moins sécurisés que le vôtre !

Comme l’exprime si bien l’introduction du wikihow dans son article sur les bonnes pratiques d’attache du vélo :

Après tout, il suffit que votre vélo soit plus difficile à voler que son voisin.

http://fr.wikihow.com/attacher-votre-v%C3%A9lo

Vous ne saurez peut-être jamais si ça fonctionne, mais c’est une chose simple à faire et comme le souligne le rapport de 2003, contrairement à l’opinion commune, les voleurs de vélos sont rarement des professionnels ! Ce qui signifie qu’un antivol rapide à couper par des moyens simples sera probablement plus attractif qu’une suée sur un cadenas résistant.

En résumé, voici les étapes pour avoir l’esprit le plus tranquille possible si vous ne pouvez pas garder votre vélo sous les yeux toute la journée ou la nuit :

  1. Lire velonomy.com
  2. Un vélo gravé et enregistré sur la base de données Bicycode
  3. Un bon cadenas en U, aidé par un câble ou un 2e cadenas
  4. Des vis spéciales antivol
  5. Un vélo attaché à un point fixe
  6. Un lieu fréquenté
  7. Des voisins inconscients et mal attachés

Quelles alternatives aux cadenas traditionnels ?

Dans cette 2ème partie de l’article je vais évoquer quelques solutions qui me paraissent intéressantes, ou pas. Elles ont un potentiel d’innovation si elles font leurs preuves sur le marché.

Les cadenas connectés, en chantier

Il y a depuis quelques années de nombreuses initiatives visant à utiliser la technologie pour réduire les vols de vélo. Les cadenas connectés font partie de ces solutions. 3 avantages sont mis en avant :

  1. Alerte en cas de mouvement indésirable du vélo, par bluetooth
  2. Pas de clefs, ouverture grâce à l’application installée sur son téléphone
  3. Partage de son vélo à distance possible en donnant accès à une tierce personne qui se connectera et débloquera le cadenas avec l’application
Ellipse - Cadenas connecté
Ellipse – Cadenas connecté

Carte d’identité : un cadenas nommé Ellipse, développé par Lattis, marque de Velo labs, fondée par des entrepreneurs qui souhaitent connecter tout ce beau monde à vélo. Domiciliée à San Francisco.

Histoire: C’est le mieux référencé des cadenas connectés. Il fait un buzz régulier depuis son développement en 2013. Le cadenas, originellement appelé Skylock trouve un public via la plateforme de financement participatif (crowdfunding) Indiegogo en juin 2014. 30,000$ plus tard le projet est financé. Outre ses propriétés de cadenas connecté, il a l’avantage de pouvoir se recharger en autonomie avec ses petits panneaux solaires.

Aujourd’hui : un classique dans le crowdfunding car 3 ans après la conclusion de la levée de fond, le produit commence à peine à être délivré aux supporters. Les rares retours sont assez négatifs notamment sur le poids et, pire selon moi, la portée de l’alerte bluetooth, avantage incontestable de ce cadenas par rapport à un antivol classique. Très peu fiable pour le moment. Affaire à suivre donc, car l’idée est bonne, mais si la réalisation ne suit pas, ça restera une perte sèche. Mon conseil est d’attendre que des tests soient faits par des professionnels et beaucoup plus de particuliers avant de se lancer la dedans.

Prix : 200$ + 20$ minimum pour une livraison en Europe.

Je suis tombé sur cet article (en anglais) en effectuant mes recherches, et cela n’a pas renforcé mon appétence pour cette solution connectée. Lors de la convention DEF CON à Las Vegas en 2016, ils ont rendu public leurs recherches consistant à hacker des smart locks, ou en français, des serrures de maison, et autre cadenas connectés. Ils ont réussi à ouvrir 12 des 16 serrures, peu rassurant sur le niveau de sécurité informatique de ces engins. La vidéo de leur présentation est ici, et j’irai la regarder très prochainement.

L’alarme vélo : peut mieux faire

Pas étonnant qu’un grand nombre d’idées viennent de la voiture, ou du scooter. Le vélo est un véhicule de transport. Il y a plusieurs types d’alarmes, qui se déclenchent quand le cable se coupe, ou quand le vélo s’agite sans qu’on lui ait demandé quoi que ce soit. L’idée est bonne, mais le problème majeur ici est la fiabilité du système, qui, s’il se déclenche sans que ce soit justifié peut être pénible. Ce sont les retours que j’ai pu lire, entre autres, sur le forum vélotaf. Les modèles vont de l’alarme à fixer sur la selle à 15€, simplement réactive aux mouvements, aux cadenas en cable ou spirale vendus entre 22 et 50€, jusqu’au U, vendu par la marque Maxi Oxford à 75€. Ce dernier n’est pas testé par la FUB, mais est noté “silver” par Sold Secure, un compromis entre sécurité et coût.

Difficile donc de se faire une idée sur la viabilité de cette idée d’alarme vélo. Cela nécessiterait des tests plus approfondis et un référencement des marques proposant ces produits car la nuisance potentielle est forte, et l’efficacité pas encore prouvée. J’ai notamment vu quelques antivols où il suffisait de boucher les hauts parleurs avec la main ou un chiffon pour diminuer fortement le volume de l’alarme. Dans tous les cas, et à part avoir confiance dans l’antivol type U de Maxi Oxford, ce dispositif doit aujourd’hui venir en complément d’un antivol traditionnel résistant.

Litelok, vers un nouveau paradigme

Litelok - De la souplesse et de la sécurité sans technologie
Litelok – De la souplesse et de la sécurité sans technologie numérique

Histoire : Projet lancé fin 2013 et basé au Pays de Galles, le Litelok promet beaucoup. Le projet a récolté 232,000£ sur Kickstarter en 2015 et se vend aujourd’hui en direct sur leur site internet. J’avais été agréablement surpris par la flexibilité et la légèreté du cadenas, et à l’inverse dubitatif devant l’aspect textile qui ne transmettait pas une impression de résistance.

Aujourd’hui : ils possèdent l’accréditation Sold secure Gold, le plus haut niveau de sécurité émis par l’agence britannique. Comparé par exemple à un Hiplok Gold, de marque britannique également, il est 2 fois plus léger pour une circonférence légèrement inférieure (2,4kg/85cm contre 1,1kg/74cm). C’est donc une réussite, car le poids à vélo se joue au kilo près, et la sécurité des cadenas suit bien souvent la courbe inverse : plus de sécurité rime avec plus de lourdeur. Il serait particulièrement intéressant de le faire tester par la FUB. Je m’en vais leur envoyer un email de ce pas, peut-être aura-t-on la chance de le voir apparaître dans le guide l’année prochaine.

Prix : 97€ + 17€ de frais de livraison

Un cadenas à vomir

Skunklock – Un cadenas qui pue une bonne fois pour toutes

Histoire : Le Skunklock fait le buzz sur internet. Financé à hauteur de 66,000$ via la plateforme Indiegogo, Il surprend et fait rire les gens. En effet, c’est un cadenas en U qui contient un gaz qui fera vomir et potentiellement fuir le voleur qui coupera une des anses. J’ai retrouvé la trace d’un cadenas en câble présenté en 2008 par un anglais, et qui possède un concept similaire mais cette fois arrose le voleur d’une peinture visible et également d’une peinture plus résistante et visible seulement aux rayons ultraviolets. Il a disparu dans les annales de la créativité.

Skunk est traduit en français par “mouffette”, un animal d’une famille pas si éloignée du putois. Le jeu de mot est double car c’est également un adjectif pouvant être attribué aux humains, et signifiant “ordure” ou “pourriture”.

Aujourd’hui : Ce cadenas est certes amusant mais il est possible d’en acheter de bien meilleurs pour moins cher. Ceux qui ont fait leurs preuves, testés par des agences indépendantes, comme Sold Secure, ou la FUB. De plus, la livraison qui était garantie en ce mois de juin 2017, vient de prendre du retard, et selon moi, la probabilité de voir un produit final fonctionnel est faible. Il n’y a aucune vidéo, ni article de personne ayant volontairement testé le produit pour garantir que le voleur soit incommodé par le produit chimique libéré. Ce genre de cadenas n’amène pas de valeur au marché actuel, mais un certain amusement éphémère. Juste un buzz quoi.

Prix : 120$ + frais d’envois en Europe non communiqués + possibles frais de douane

Le fameux porte vélo Conrad qui grimpe aux lampadaires

Je terminerai mon article par ce formidable gadget à la mode DIY (Do It Yourself, fais le toi-même) proposé en 2010 par Conrad, une entreprise allemande vendant tout type de produits et composants electronique, informatique, maison, jardin…J’avais vu cette vidéo il y a quelques années et n’ai jamais retrouvé quelque chose d’aussi inspirant et enthousiasmant. Finalement, au lieu de tenter de se protéger par des cadenas toujours plus durs et souvent plus lourds, pourquoi ne pas trouver un autre moyen de contrer les voleurs ? Placer le vélo en l’air se révèle être une technique parmi d’autre. Sorte de hacking du parking vélo urbain.


Cette solution est plus rigolote que réellement faisable, mais au fond, elle donne de nouvelles perspectives : un meilleur cadenas est-il la meilleure solution pour ne pas se faire voler son vélo ? L’invention de Conrad propose ce que les villes ne nous proposent pas encore : une solution de parking vélo sécurisée et personnelle. Ce sujet nous entraîne sur des questions que nous développerons dans un prochain article. J’ai effectivement très envie de partir en exploration sur les solutions de parking pour vélo urbain. Pourquoi ne voyons-nous que très peu d’innovation cycliste dans la ville ? Restez connectés avec velonomy pour en savoir plus !

A bientôt pour le prochain article de ce dossier vol de vélos, qui fera la lumière sur les solutions disponibles pour retrouver son vélo ! Afin que l’irréparable ne le soit plus, ensemble, unissons nous contre le vol ! Soyons prêts, soyons intelligents ! En avant !

Vol de vélo, fléau des villes

Me faire voler mon vélo est une peur qui revient chaque jour, au moment d’attacher mon précieux à un poteau. Surtout dans les lieux où je ne peux pas le garder à l’oeil. Je me suis fait voler un vélo, il y a 9 ans. Funeste jour que ce lundi de rentrée des classes, en septembre 2008. Débutant complet dans la pratique du vélo urbain, j’avais attaché le cadre à un arceau, sur un parking à vélo, à côté de la gare Lille Flandres. Un lieu fréquenté. “Attaché” dis-je, mais le terme “noué” serait plus exact, étant donné la faiblesse de ces cadenas spirale. Adieu, donc, B’twin neuf. Adieu 300€. Et j’ai dû rentrer chez moi, courses à la main. J’ai ensuite acheté un vélo à 50€, vieux et rouillé, moins susceptible d’attirer l’attention, accompagné d’un antivol en U, plus lourd, plus efficace. Et je ne suis pas le seul !

Il y a un sérieux problème avec le vol de vélo. L’autre jour, j’en vois un mal attaché dans la rue, et je dis à ma copine “En voilà un qui ne pourra pas se plaindre!”. Remarque classique. Il y a de la vérité dans ce que je dis, mais elle m’a répondu “Ta remarque devrait plutôt être : est-ce normal qu’il y ait tellement de vols?”. A qui la faute ? Pas à mon père, pas à sa mère. Ce pauvre bougre est-il vraiment responsable d’avoir mal attaché son vélo ? Lui propose-t-on des solutions adaptées ? Mais que fait la police ?!

Je ne m’attaquerai pas à une hypothétique étude psychologique ou philosophique du vol, ni même du voleur. Dans ce dossier de 4 articles, nous allons partir en exploration. Quels sont les chiffres du vol de vélo ? Quel impact sur les utilisateurs ? Quelles solutions existantes ? futures ? Que penser de tout ça ? Emmanuel Macron s’est-il fait voler un vélo ? Si oui, comment a-t-il trouvé la force de devenir président ? Voilà pour le suspense, nous allons maintenant passer à l’analyse.

De beaux chiffres, dans la moyenne européenne

Oui, tout à fait Thierry, de bien beaux chiffres pour le marché français du vol de vélo. Autour des 300.000 vols par an depuis 2006. En baisse par rapport à 2002-2003, où l’on recensait dans les 400.000 vols par an. Une partie des vols n’étant pas déclarés à la police, difficile de trouver un chiffre exact.

J’ai d’abord pensé que c’était élevé, puis je suis allé voir les chiffres les plus récents de nos pays voisins : Angleterre, Allemagne, Danemark, Hollande. Laissez moi vous dire que nous pouvons relativiser et souffler, la France, pour une fois, n’est pas une exception. Voici les données que j’ai pu récolter sur internet (les sources sont en langue d’origine du pays) :

Hollande - Champion toute catégorie
La Hollande – Championne toute catégorie

On peut remarquer le nombre exceptionnellement élevé de vols de vélo en Hollande. Il a baissé ces dernières années mais continue d’être parmi, ou peut-être le taux le plus élevé d’Europe ! Quand au Danemark, c’est l’inverse, le vol de vélo est bas. C’est surtout l’occasion de comprendre que le phénomène est également très répandu chez nos voisins.

 

Ces chiffres impressionnant m’intriguent, et m’ont fait repenser à l’histoire de Richard.

Richard est un coréen que j’ai hébergé via l’extraordinaire réseau Warmshowers, et qui a eu le malheur de laisser son vélo dehors pendant la nuit précédant sa venue chez moi à Madrid, attaché par un simple cadenas en accordéon. Adieu! Beau vélo de voyage Surly à 2000€. Bonjour! Vélo d’occaz à 300€ pour son premier trip en solo de quelques milliers de kilomètres. La peur de se faire voler son vélo est banale…chez nous. Elle ne semble pas l’être chez lui.  Il m’a expliqué qu’en Corée, les vélos se font peu voler car il y a beaucoup de caméras de sécurité. Je suis allé faire quelques recherches et j’ai trouvé un article qui ne cite pas ses sources mais avance le chiffre de 200 vélos volés par mois dans Seoul, ce qui donnerait environ 2400 vols par an pour une ville de 10 millions d’habitants, avec un taux d’élucidation des vols par la police de 50% ! (2e trimestre de 2009). Difficile d’aller plus loin dans ma recherche de chiffres sur internet, les articles en anglais sont rares mais deux amis cyclistes qui ont traversé la Corée m’ont confirmé ce que Richard me disait : le vol de vélo n’est pas un sujet. Les cadenas ne servent parfois qu’à tenir le vélo au poteau. Cet article avance le chiffre de 7300 caméras dans Seoul contre 1300 à Paris. Dans la capitale, en 2012, on est entre 4000 et 6000 vols pour une population similaire. Je n’ai pas trouvé le taux d’élucidation, mais par exemple, la moitié des arrestations du premier trimestre 2012, l’ont été pour des vols de vélib

Une enquête

J’ai voulu en savoir plus, et plonger dans les études, les recherches, les articles autour de ce phénomène. Premier constat : c’est une denrée rare. La majorité des articles de presse, ou posts de blog ânonnent les mêmes données, sans prendre la peine de donner ni une contextualisation, ni des dates précises, ni citer les sources. Les blogs se citent entre eux, c’est décevant, pas grand chose à se mettre sous la dent.

Néanmoins un rapport sorti en 2003 revient souvent, car c’est le seul a être accessible sur internet, autant dire pour la génération google, le seul qui n’ait jamais été produit.

#pasdinternet #?
#euh #pasdinternet? #oùsontlesdonnees? #generationgoogle

Dirigé par Frédéric HERAN de l’institut de recherche IFRESI-CNRS de Lille, il s’attaque avec méthode à l’analyse du phénomène et aux méthodes de prévention à l’aide de 1103 retours utilisateurs, et 630 cas de vols détaillés.

Dur apprentissage

La première chose frappante qui ressort de cette étude est le manque de précautions des cyclistes, et tout particulièrement des cyclistes débutants. Un cycliste urbain qui a 3 ans de pratique a 14 fois plus de risques de se faire voler son vélo qu’un cycliste qui a 15 ans de pratique. Les cyclistes inexpérimentés sous estiment très fortement le risque de se faire voler. C’est exactement ce qui s’est passé pour moi à Lille. Je n’avais même pas envisagé le risque de vol, l’ayant toujours laissé dans mon garage familial. Il ressort de l’étude qu’environ 1 cycliste urbain sur 2 s’est fait dérober un vélo. Tout de même. Plus simple à voler qu’une voiture ? “Seulement” 110.000 vols de voitures en France en 2016. Moins risqué et plus simple.

Une impression trompeuse

Plus surprenant, les vols concernent presque autant les lieux publics que les lieux privés, et dans ceux-ci, les locaux fermés sont de loin les plus concernés. Quelques calculs plus loin, l’auteur de l’étude nous montre que 45% des vélos volés dans les locaux fermés ainsi que 24% de ceux volés dans des cours n’étaient pas cadenassés. Les cyclistes ont donc une confiance très excessives dans les locaux fermés, ou qui donnent simplement l’impression d’être fermés et donc sécurisés. C’est un point important car 14 ans après cette étude, je vois régulièrement passer des messages sur facebook de vélos volés dans les cours, les hall d’immeubles, les garages collectifs…

Vive le vol, vive le vol, vive le vol d’été

On l’aurait deviné, les beaux jours annoncent la belle moisson car plus de la moitié des vols ont lieu d’avril à juillet, et, qu’on se le dise, ce sont surtout les vélos en bon état qui attirent les larrons. #surprenant

Après la pluie, le mauvais temps

Près de la moitié des victimes n’ont aucun moyen d’identifier leur vélo volé, et d’ailleurs la moitié d’entre eux n’ont pas porté plainte. Pas de preuve d’achat, pas d’immatriculation. Le chercheur oublie de parler des photos. Il semble que ce soit admissible comme preuve, au vu des conseils donnés par les gendarmeries, par exemple celle de Bordeaux, préconisant d’amener, entre autre pièce justificative, des photos pour réclamer son vélo.

Seulement un quart des vélos étaient assurés, et un petit 15% avait une assurance spécifique vélo, en plus des assurances habitation par exemple. La plupart des cyclistes ont donc simplement perdu leur argent.

Vélo envolé, cycliste désabusé

Un cycliste sur 5 renonce au vélo après un vol. C’est un chiffre très fort. Il n’y en a pas d’autres à disposition, c’est celui que je garderai en tête.

Le vol a donc un aspect dissuasif important. Il est à prendre en compte dans la politique de développement vélo

Il faut aussi savoir que le prix moyen d’un cycle augmente chaque année. En 2011, il s’élevait à 265€ pour atteindre 337€ en 2016. Effet VAE, montée en gamme générale, il y a plusieurs raisons à cette hausse. Elle a pour effet de poser la question du vol avec plus d’acuité, et c’est pour cela que j’ai eu envie d’écrire ce dossier spécial vol.

Les cycles prennent de la valeur – http://www.departements-regions-cyclables.org/wp-content/uploads/2017/04/Prsentation-Observatoire-du-Cycle.pdf

Mais que fait la police ?

Avec un taux moyen d’élucidation de 1% (selon le rapport sorti en 2003), on est pas sur du Sherlock Holmes. Sur l’ensemble des vélo retrouvés, 1 sur 5 l’est suite à l’action de la police. Les 4 autres se sont retrouvés tout seuls. Hasard, chance, recherches personnelles…

Perdu de recherche et jamais retrouvé
Perdu de recherche et jamais retrouvé

Contrairement à l’Allemagne par exemple, qui dispose d’une rubrique spécifique vol de vélo lorsqu’il y a déclaration de vol, ce n’était pas le cas de la France à l’époque de la sortie du rapport. Ainsi, en 2003, il n’était pas possible de distinguer un vélo d’un autre bien, et toutes les plaintes partaient dans la catégorie “autres vols simples au préjudice de particuliers”. Vols simples, vols simples…le vol était peut être simple dans les fait, mais ce n’est pas un simple vol ! Aujourd’hui il semble que les choses ont évolué. Chacun peut voir par lui même sur le site du gouvernement le nombre de plaintes pour vol de vélo en 2016 (il s’agit d’une enquête Insee-SSMSI-ONDRP, donc pas sûr que ce soit le nombre exact de demandes faites dans un commissariat).

Lors de l’étude en tout cas, sur le nombre de plaintes déposées, 5% n’ont pas été enregistrées, et 14% l’ont été avec réticence. Le numéro du cadre n’est pas demandé systématiquement, même si c’est la manière la plus simple d’identifier un vélo. On devine en filigrane le manque de moyens, d’envie ou d’ambition des institutions publiques alors que le vélo représente 8% de l’ensemble des vols déclarés en France. J’imagine bien le discours : “Félicitations Hubert, En retrouvant 10 vélos l’année dernière, vous avez fait progresser le taux d’élucidation de 30%. Les cyclistes vous doivent une fière chandelle.”

Bicycode : Belle initiative de la FUB

En 2015 a été signé un accord entre la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) et la police/gendarmerie rendant accessible la base de données Bicycode aux commissariats et autres lieux de dépôt de plainte. C’est aujourd’hui la seule base de donnée dédiée au vélo reconnue et utilisée par l’Etat. Depuis 2004, année de son lancement, plus de 237.000 vélos ont été marqués physiquement puis enregistrés sur le site bicycode.org. C’est une avancée importante, car déjà en 2011, 6,5% des vélos volés et marqués ont été restitués à leur propriétaire, alors que ce chiffre est de seulement 2 à 3% si le vélo n’est pas marqué.

Un point positif pour nos forces de l’ordre néanmoins, des sites internet ont été créés au niveau des villes, comme à Strasbourg ou à Nantes, pour publier les photos de vélos retrouvés. C’est une super initiative. J’attends maintenant l’application qui enverra des alertes automatiques aux cyclistes dépossédés illégalement de leurs bien. Bon, ne poussons pas mémé dans les orties.

Place à l’action conjointe

Le premier pas me semble clair : il faut compliquer la tâche des voleurs et des receleurs. Rendre le vol de vélo moins attractif, moins facile ! Quoi de mieux que de rendre son vélo unique ? Un mouvement collectif de marquage des vélos est en cours, nous sommes dans la bonne direction. Marquer son vélo permet également de montrer à l’Etat l’importance du phénomène, et de le pousser à réagir aux côté des usagers. Et bien sûr, ce mouvement de marquage va dans le sens du développement du vélo comme véhicule de transport quotidien car la démarche parle d’elle même : ce n’est pas un jouet pour adulte, c’est un véhicule enregistré, qui mérite l’attention de la société.

 

Merci d’avoir suivi ce premier article sur le vol de vélo ! J’espère vous avoir apporté quelques connaissances utile dans la compréhension de ce phénomène si courant, et pourtant si ennuyant.

Ma conclusion est que le cycliste urbain est responsable de l’attache correcte de son vélo car les chances de se faire dérober son précieux sont élevées et j’ai le sentiment que la société n’est pas encore prête à passer à Big Brother en mettant des caméras partout comme à Seoul. Les voleurs ont de beaux jours devant eux. A part pour des filières organisées, j’imagine mal la traque de voleurs de vélo par caméras de surveillance. Par contre, si l’usager à une responsabilité, l’Etat ainsi que les vendeurs de vélos, neufs ou d’occasion, ont le devoir d’éducation et de conseil qui va avec la vente d’un vélo. Quel cadenas est le plus sécurisé, comment attacher le vélo, à quel endroit etc. La FUB est un acteur clef dans ces questions.

En outre, il nous faut plus de données ! Les lieux de vol les plus fréquents, les vélos les plus volés. Pour cela, il faudra unir les forces et se battre pour la survie de l’empire. #vélovolé : l’usager contre-attaque. Ou sinon simplement populariser les sites existants, et travailler encore plus avec la Police sur la structuration des détails des vols. Nous verrons cela dans un prochain article.

Dans les prochaines semaines, nous allons explorer les solutions technologiques visant à limiter le vol. Il fleurit toute sorte de cadenas connectés, de GPS ou de solutions plus radicales à la Van Moof, marque hollandaise de vélos électriques. L’innovation au service du cycliste ?

 

Quand à moi, je vous dis donc au revoir, et à la semaine …

 

 

 

 

 

…euh, prochaine !

 


Pour aller plus loin :

  • Le rapport de Frédéric HERAN : https://www.bicycode.org/pages-1/Documents_PDF/rapportvol2003.pdf
  • Le site de la FUB : http://www.fub.fr/

 

Vélomobile : un véhicule à la croisée des mondes

Prendre mon vélo chaque jour pour me déplacer est un plaisir. Mais la météo perturbe parfois cette harmonie, si fragile. Le vent et la pluie sont des ennemis redoutables ! Dans le cas du vélotaf, la pluie est particulièrement pénible. Les habits trempés nous donnant un côté Robinson urbanoé, certes aventureux, original, mais peut être inadapté à notre intégration sociale.

Je me suis souvent torturé le cerveau pour essayer de trouver des solutions permettant d’aller au boulot à vélo tout en m’habillant normalement quelles que soient les conditions. Porter des habits #techwear intégrant la technologie des vêtements d’extérieur, type randonnée ou bateau, avec un style d’habits de ville, ou alors rajouter un pare-brise au vélo. La première solution se développe de plus en plus mais n’est pas encore assez satisfaisante à mon goût, et la deuxième, et bien je vous laisse regarder et vous me direz si ça vous tente ! Moi je passe mon tour…

© Kaps
© Kaps – Keep riding…slowly

 Mais j’ai récemment eu l’illumination.

Le vélomobile! À moins qu’on ne dise la vélomobile! Disons la vélomobile, c’est joli.

Bref, je suis tombé sur cet article du magazine 200, paru en septembre. L’auteur faisait Le Mans-Paris, sur une vélomobile du fabricant français Cycles JV & Fenioux. Certes, on aurait dit une voiture de course et rien que pour le côté Ferrari ça donnait envie, mais surtout je me disais, ne serait-ce pas le véhicule vélotaf ultime ? Rigoler sous la pluie ! Fendre le vent sans effort ! J’ai donc cherché à en savoir davantage sur ce moyen de transport et les raisons de son invisibilité urbaine.

ABC : qu’est-ce qu’une vélomobile?

Voici la définition Wikipédia :

Un ou une vélomobile est un cycle protégé par une carrosserie aérodynamique. Cette carrosserie, généralement rigide, est soit complète, soit ouverte dans la partie supérieure. Pour des raisons d'équilibre et pour diminuer la surface frontale, les vélomobiles sont généralement bâtis sur le principe du tricycle couché : Le cycliste est assis bas, sur un siège muni d'un dossier incliné en arrière, et le pédalier est en avant.
La carrosserie a pour but de protéger contre les intempéries et, le plus souvent, d'obtenir un substantiel gain aérodynamique. Elle peut protéger aussi en cas de chute ou de collision. Le vélomobile peut être pourvu d'une assistance au pédalage.

Je rajouterai qu’une vélomobile peut avoir 2, 3 ou 4 roues. Le plus courant que j’ai pu observer est 3 et 4 roues, les 2 roues étant souvent destinées à la compétition.

Vue complète d’une vélomobile – www.velomobiles.co.uk

Des performances excellentes

Après lecture du magazine 200 et autres sources internet (Wikipédia, divers blogs de passionnés, mémoire de fin d’étude), il apparaît rapidement qu’une vélomobile est plus efficace sur un terrain plat que n’importe quel autre vélo droit. Pour le même effort, calculé ici en watt, la vitesse moyenne d’un vélo classique oscille entre 15, 20 et 27 km/h selon 3 niveaux de vélo (un vélo en mauvais état, un bon vélo standard, et un vélo de course) et celle d’une vélomobile entre 28 et 34 km/h. La forme aérodynamique d’une vélomobile lui confère en effet un sérieux avantage quand les frottement de l’air se font trop pressant. Le record du monde est établi depuis septembre 2016 à 143 km/h ! Réalisé à la force des jambes. Impressionnant.

Au delà de cette efficience extraordinaire, une vélomobile protège son utilisateur des intempéries et lui permet de transporter facilement les petits colis de la vie quotidienne, comme un enfant (enfin, vous me comprenez), un chien ou des courses.

Il est également possible d’ajouter une assistance électrique qui viendra pallier les difficultés rencontrées en montée (voir paragraphe suivant), ou tout simplement simplifier l’effort comme pour un vélo électrique. Le poids du système pèse autour des 7 kg mais ce blog évoque entre 60 et 130 km d’autonomie pour une batterie de 288 Watt-heure, un joli score. En comparaison, la Renault Zoé propose une batterie de 41 Kilowatt-heure pour 400 km d’autonomie. Je suis convaincu que la vélomobile possède des atouts pour prendre une place de véhicule urbain dans le coeur des citadins, d’où cette comparaison osée. Je suis conscient qu’une voiture atteint des vitesses supérieures et offre plus de place et de confort.

La vélomobile est donc un véhicule à la fois performant et pratique, qui présente néanmoins quelques désavantages face à un vélo classique.

Une comparaison pas toujours gagnante

Pourquoi la vélomobile peine-t-elle à s’installer comme solution de mobilité accessible à tous ?

Nous avons vu que sur le plat, la vélomobile est imbattable. Mais en montée, ce n’est pas la même histoire. La vitesse moyenne des vélos classiques est évaluée à 6, 10 et 12 km/h (pour les mêmes vélos que précédemment) contre environ 9 km/h pour une vélomobile. Ce qui est bien, mais pas top. Rappelons qu’il est possible d’ajouter l’assistance électrique dont nous parlions dans le paragraphe précédent, ou simplement d’accepter de rouler moins vite qu’un vélo normal, mais dasn tous les cas, cette difficulté ne peut pas être ignorée.

Toujours dans la comparaison avec le vélo, le poids d’une vélomobile, aux alentours des 30 kg, combiné à un encombrement supérieur ne rend pas les choses faciles, particulièrement en ville où l’espace est limité. Pas question de porter sa vélomobile sous le bras pour monter quelques étages, ni de la mettre dans l’ascenseur. C’est une critique fondée, mais qui peut être résolue par la location d’une place de parking, proposée à partir de 15€/mois par Saemes par exemple, et j’ai pu voir que Paris travaillait à proposer des lieux sécurisés pour y garer son vélo. Soyons honnêtes, cela reste marginal mais a le mérite d’exister et de se développer. Y aurait-il une opportunité business sur le parking courte durée de véhicules comme la vélomobile ? la question est posée.

Il y a également une difficulté supplémentaire sur la maniabilité de la vélomobile. Son poids, son châssis bas, ainsi que l’absence de marche arrière peuvent rendre difficile un demi-tour, et il est compliqué de monter sur un trottoir sans sortir du véhicule et le monter manuellement. Enfin, les chicanes l’empêchent parfois d’accéder aux pistes cyclables, la forçant à prendre la route.

Néanmoins, je crois que le principal frein au développement de la vélomobile aujourd’hui est d’une autre nature. Le prix ! Pour le modèle d’entrée de gamme, il faut compter 4000€ tout monté, ou 2695€ en kit, tarif raisonnable et accessible. Mais pour des modèles plus attractifs, ce n’est plus une demi décision. Les tarifs commencent autour des 7000€ et tendent plutôt vers les 10000€. Le prix d’une voiture, ou d’un vélo de course particulièrement performant. Sauf que, rappelons-le, le coût d’entretien annuel s’apparente à celui d’un vélo.

marché confidentiel & positionnement flou

Après avoir recoupé Wikipédia et une liste de constructeurs des blogs velomobiles.co.uk et du Vélomobile Club de France, il n’y a finalement qu’une grosse dizaine de constructeurs actifs et reconnus dans le monde.

Velomobiel, entreprise hollandaise et parmi leaders du marché, a produit 1376 vélomobiles en 17 ans! Il s’en vend autour d’une centaine par an.

© Velomobiel – modèle Quest – à partir de 6550€

J’en suis venu à penser que le prix n’était peut être pas le principal facteur qui empêche la vélomobile de trouver sa place en lisant le mémoire de Frederik Van De Walle. Mr Van De Walle est un ingénieur mécanique s’étant spécialisé dans l’ingénierie environnementale et dans les infrastructures durables à Stockholm. Son mémoire de fin d’étude sorti en juin 2004 s’intitule “La vélomobile comme véhicule pour plus de transport durable”. J’en ai retenu quelques idées très pertinentes.

En mettant de côté les transports publics, les 3 types de transports privés suivants ont le quasi monopole des utilisateurs : voitures, 2 roues motorisés et vélos. La vélomobile est perçue par le public comme un mode de transport étrange, coincé entre un vélo haute technologie, ou une voiture basse technologie.

Si celle-ci reste comparée au vélo, et qui plus est comme un vélo marginal, plus marginal encore qu’un vélo couché, alors elle sera confinée dans son marché actuel: un marché de niche, une exception. Il semble également fou de tenter la compétition avec la voiture, trop confortable, trop installée sur le marché et dans les esprits. Cette réflexion prend tout son sens lorsqu’il s’agit d’attribuer une place à la vélomobile dans la circulation. Piste cyclable ou route ? Sa vitesse moyenne suggèrerait une pratique routière, pour ne pas perturber les cyclistes souvent plus lents, mais sa fragilité face à la voiture, tout comme le vélo sur la route, pousse à considérer la piste cyclable comme la meilleure option. La loi considère en tout cas la vélomobile sur le même plan que le vélo, lui donnant accès aux 2.

La vélomobile, un véhicule à part entière

Si malgré ses nombreux avantages, la vélomobile ne peut concurrencer aucun de ses concurrents, et reste bloquée dans l’esprit du consommateur potentiel dans une case “c’est sympa, mais pas pour moi” voire, “c’est quoi ce truc de geek!”, qu’est-il possible de faire pour que les potentiels clients passent à l’action, et pour que la vélomobile s’installe durablement dans le paysage de la mobilité urbaine ?

Frederik Van De Walle propose de créer un nouveau cadre, un nouvel ordre dans le monde de la mobilité, dans lequel vélo, vélomobile, moto et automobile sont 4 entités distinctes. La vélomobile n’est pas un vélo, n’est pas une voiture, n’est pas une moto/scooter. Donner une identité unique à la vélomobile, et faire évoluer cette perception dans l’esprit des consommateurs, c’est le challenge des évangélistes !

Très bien mais essayer de convaincre le grand public de passer à la vélomobile comme moyen de déplacement principal peut être assimilé à la tentation de convertir les gens au vélo en avançant tous les excellents arguments qu’on connaît déjà. L’impact est limité et réjouis surtout les adeptes. Les avantages sont compris facilement, mais la perception de la chose n’est, de base, pas la même. Toutes ces bonnes raisons ne provoqueront pas un passage à l’acte, il faut s’identifier d’abord, imaginer que la transition est possible, et pas seulement être spectateur. La vélomobile est un cas symptomatique. Il faut donc trouver un autre angle et cibler une population définie pour faire rencontrer le marché avec ses potentiels clients.

viser la cible parfaite

Premièrement, il semble opportun de regarder dans la direction des cyclistes, car ils partage la même base, à savoir la propulsion humaine de leur véhicule.

Mais il y a différents types de cyclistes. Ceux qui nous intéressent sont ceux qui roulent régulièrement, et plus particulièrement ceux qui choisissent consciemment de prendre leur vélo pour se déplacer. Ce dernier segment devrait être visé en priorité. Il y a une chance beaucoup plus forte que des personnes se déplaçant à vélo par choix, par engagement, comprennent la logique d’un véhicule tel que la vélomobile. D’autant plus qu’ils sont régulièrement confrontés aux intempéries qu’impliquent une telle pratique. Les vélotafeurs sont donc une cible de choix.

Selon l’étude de l’INSEE sortie en janvier 2017 sur les déplacement à vélo pour aller au travail, 2% de la population active pratique le vélotaf. Ce chiffre passe à 4% dans les communes entre 100 000 et 200 000 habitants et monte à 6% dans les communes au delà de 200 000 habitants, à l’exception de Paris, restant à 4%. La culture du vélotaf est ainsi plus forte dans les grandes villes qu’ailleurs, mais les distances parcourues sont relativement faibles. 4km est la distance où le taux de vélotaf est le plus élevé, alors que l’un des avantages de la vélomobile est de réaliser des plus grandes distances pour un effort moindre. Il faut donc cibler une population qui se déplace régulièrement à vélo sur des plus grandes distances, par exemple à partir de 9 ou 10km. Le taux de personnes prenant leur vélo pour aller au boulot lorsque celui-ci est distant de 9 ou 10km est de 0,9%, et ce chiffre décroit progressivement pour atteindre 0,3% entre 19 et 20km. C’est faible, mais c’est, selon moi, le point d’entrée d’un tel marché. Si la vélomobile trouve preneur dans cette population, alors il peut y avoir un effet positif pour des distances inférieures et une utilisation urbaine.

Le fait de communiquer sur la vélomobile comme véhicule à part entière, et solution de mobilité efficiente et douce, peut amener, pourquoi ne rêverions-nous pas, une action politique. Je pense ici à l’indemnité kilométrique vélo, dont les résultats sont, certes, assez peu probants, dû probablement à son côté facultatif et son plafonds d’imposition sur le revenu placé à 200€…qui équivaut à 800km/an, soit une distance avec le lieu de travail de 2km, et 200 jours de vélotaf par an. Bon d’accord, la tâche ne sera pas aisée, mais il y a une tendance ! Tout comme ces réductions d’impôts sur les flottes de vélo, ou ces places de stationnement obligatoires pour toute nouvelle construction.

Il y a quelques années, très inspiré par la culture startup, je lisais un article de Paul Graham, célèbre investisseur de la Silicon Valley, mais aussi essayiste et programmeur. Cette article s’appelle “How to Get Startup Ideas”, ou “Comment Avoir des Idées de Startup”. Une partie de son article m’a marqué :

Lorsqu'une startup se lance, il doit y avoir au moins quelques utilisateurs qui ont réellement besoin de ce qu'elle fait-pas juste des gens qui peuvent se voir l'utiliser un jour, mais des gens qui le veulent instamment. D'habitude ce groupe d'utilisateurs est petit, pour la simple raison que s'il y avait quelque chose dont un large groupe d'utilisateurs avait vraiment besoin, et que ça pouvait être construit avec le volume d'effort qu'une startup met normalement dans sa première version (du produit/service, ndlr) cela existerait probablement déjà. Ce qui veut dire que tu dois trouver le compromis : tu peux soit construire quelque chose que beaucoup de gens veulent un peu, ou quelque chose que peu de gens veulent beaucoup. Choisis la dernière option. Pas toutes les idées de startups de ce type sont de bonnes startups, mais presque toutes les bonnes idées de startups sont de ce type.
Paul Graham - http://www.paulgraham.com/startupideas.html

Je reconnais qu’il manque à mon analyse la connaissance du secteur industriel et la vision quand à la complexité de la production des coques de la vélomobile, mais il est tentant d’appliquer ce principe de Paul Graham à ce secteur. Je suis convaincu qu’une partie des vélotafeurs veut réellement ce produit, et est prête à payer pour l’obtenir. La différence avec les startups mentionnées par Paul Graham (Facebook, Google, Microsoft) est qu’elles proposent un service qui, à l’origine, n’inclut pas de gros investissements dans des machines de production. Selon l’analyse de Van De Walle, il n’est pas encore possible de baisser le coût de ces véhicules car il faudrait investir une dizaine de millions d’euros pour industrialiser la production. Sans ces investissements, et tant que l’image de la vélomobile ne sera pas clarifiée, le coût du véhicule sera un puissant répulsif. Besoin d’un marché pour industrialiser et baisser les prix, mais besoin de baisser les prix pour avoir un marché. Allo Houston, on a un problème.

Repenser l’approche pour faciliter l’accès aux pionniers urbains

Faut-il à tout prix un investisseur fortuné, ou n’est-il pas possible de repenser le modèle d’utilisation d’une vélomobile, en permettant par exemple la location longue durée pour que le consommateur ne soit pas étranglé par le prix ? Est-il possible d’utiliser l’impression 3D pour baisser les coûts de production ? Cela pourrait avoir comme résultat d’accélérer la mise à disposition de ces véhicules sur le marché, et pourrait être organisé en nouant des partenariats avec des FablabPourquoi ne pas créer une communauté d’ambassadeurs urbains qui, se déplaçant uniquement en vélomobile pourraient promouvoir sa pratique? Serait-il possible de développer une stratégie basée sur des influenceurs web, voire des micro-influenceurs dans le monde du vélo ? Les micro-influenceurs sont des personnes qui ont une audience/communauté web assez faible mais très engagée. Leur prêter une vélomobile pendant un certain temps, et voir s’ils arrivent à évangéliser leur communauté.

C’est décidé je monte ma boite de vélomobiles ! Euh, sans aller jusque là, je pense qu’il y a tout un écosystème qui attend d’être déclenché avec les bons leviers.

Conclusion : ça ne vous fait pas penser au segway cette histoire ?

J’ai vu l’autre jour une personne se déplacer en Segway dans la rue, (ou en gyropode, nom générique) et POUF! tout à coup cela m’a sauté aux yeux. Le Segway est l’exemple type de la promesse d’une nouvelle mobilité qui n’a justement pas beaucoup bougé la foule. La faute à un marché inexistant, et à son prix, dans les 7000$…comme notre bien aimée vélomobile ! Qui veut payer 7000$ pour se déplacer sur un gyropode ? C’est quoi d’ailleurs un gyropode ? Un jouet ? Une solution de mobilité urbaine ? 15 ans après la sortie du Segway, et malgré un regain d’intérêt du public, ces engins n’ont toujours pas de législation adaptée, et peinent à trouver leur place. Les débats continuent à l’assemblée nationale.

Le positionnement flou de la vélomobile, sa lutte de place, en ville, sur la route ou sur les pistes cyclables, ainsi que son prix élevé semblent la condamner à un destin similaire au Segway. Cependant, au vu de son efficience, je suis convaincu qu’elle a une carte à jouer dans le paysage urbain qui se dessine. Les villes se ferment aux voitures, se ré-approprient l’espace pour l’offrir aux piétons ou aux cyclistes, et la pollution est une super excuse pour développer des solutions de mobilité écologique.

Mais elle aura besoin de soutien et de créativité pour s’imposer comme une solution de transport viable face aux alternatives qui émergent. Je pense notamment aux initiatives des constructeurs automobiles qui ne lâcheront pas l’affaire si facilement. La Twizy de Renault vient typiquement chasser sur des terres prometteuses.

Je serais ravi de lire vos commentaires et vos idées innovantes sur ce sujet.

En attendant, à bientôt !

Pour aller plus loin :