Le Free-floating est mort, vive le Free-parking !

 

Mon dernier article souhaitait un joyeux anniversaire au Free-floating. Les mois ont passé, les temps ont changé. Le Free-floating n’est plus.

Je travaille chez Indigo Weel depuis décembre 2017, aujourd’hui en tant que chef de projet vélo électrique. J’étais hier responsable des outils informatiques pour les opérations.


Gobee.bike, Ofo, Obike…3 noms à consonance posthume dans le monde du vélo en free-floating. Ce monde où l’on rêvait plutôt de villes résonant de cliquetis de moyeux nexus, d’exclamations de clients si heureux de pouvoir trouver un vélo en bas de chez eux, au lieu de devoir marcher jusqu’à une station bornée où les 3 vélos restant ont une chaine cassée, un pneu crevé et une roue voilée…

Sur un air de Téléphone, sans trop respecter le nombre de pieds :

Ils rêvaient d’un autre monde,

où les roues resteraient rondes,

Où les bicyclettes seraient fécondes,

et les utilisateurs rouleraient en moyenne 500 secondes.

Un rêve court pour certains, plus long pour d’autres

Le free-floating est mort. Tout simplement trop de dégradation. Un modèle inadapté face à un ensemble de personnes peu concernées par le respect du bien d’autrui. Mais la mobilité vélo qui s’est dessinée pendant 1 an, connectée, partagée et bientôt électrique, est bien trop intéressante pour laisser la situation en plan ! Les villes se transforment ! Les pistes vélo s’améliorent, les discours du gouvernement s’affermissent. Le climat est positif.

Et dans ce contexte, il reste d’ailleurs quelques entreprises résistantes.

Mobike d’abord, dont la présence à Paris s’étiole peu à peu, Donkey Republic avec ses vélos plus haut de gamme, concentrés au centre de Paris, Indigo Weel dans 7 villes en France, hors Paris. Enfin, les derniers venus : Oribiky, qui mise sur l’électrique en free-floating à Paris pour se faire une place, et Zoov qui propose un modèle innovant de vélo électrique et stations de chargement légères, basées sur le concept du caddy.

Jump prépare son entrée à Paris au printemps. Déjà présent à Berlin et Lisbonne, leur service impose aussi d’attacher son vélo à un point fixe.

C’est un changement de paradigme

Une nouvelle ère s’ouvre. Plus qualitative, plus électrique. On le ressent dans tous les discours, le but est de rassurer les villes, leur montrer que ce modèle évolue, qu’il a sa place et ses avantages, dans une ville qui cherche des alternatives au tout voiture. Ce n’est plus l’époque des milliers de vélos déposés partout et du remplacement continu des volés ou dégradés. L’électrique s’invite à la table, comme le montre l’utilisation croissante des Velibs bleus, et l’arrivée des nouveaux acteurs 100% électrique Zoov, Oribiky, Jump… Bien sûr, les trottinettes viennent sans complexe bousculer tout ce petit monde. Pour elles, l’histoire du free-floating se répète mais avec des plus petites roues…

Mieux contrôler l’espace public

Les vélos ne peuvent plus être ballotés à droite à gauche, mais doivent se plier à des règles plus strictes. Cela devient une exigences des villes, et il en va de la survie de ces services. C’est dans cette logique qu’Indigo Weel demande aujourd’hui à ses utilisateurs de vélos et de scooters de se garer sur des parkings identifiés, et de prendre une photo pour preuve. Les vélos doivent même être attachés aux arceaux. Ce système est au coeur du fonctionnement de Donkey Republic ou de Jump. Oribiky impose de se garer dans les parkings référencés et permet d’en déclarer de nouveaux (les bases de données d’arceaux vélos ne sont pas toujours très à jour). Zoov cherche à proposer un modèle plus économique aux villes : des stations pour réguler le stationnement et recharger les vélos, mais moins lourdes et donc moins chères que celle déployées pour le vélib par exemple. Toutes ces offres permettent d’offrir des garanties aux villes soucieuses d’une bonne organisation de l’espace public. Et elles permettent également de limiter l’impact des dégradations.

C’est pour cela que je nomme ce fonctionnement “free-parking”. L’accent est maintenant plus mis sur le respect des règles de la ville et le bon stationnement des vélos que sur la possibilité de les laisser où l’on veut. Les vélos ne flottent plus, ils ont appris à nager !

Nouvelle approche pour les utilisateurs

D’après l’étude de l’ADEME sur le free-floating, réalisée en septembre 2018, les principales motivations des utilisateurs de vélos en free-floating étaient la possibilité d’un parcours porte à porte, et le gain de temps que cela engendrait. C’est quelque chose qui évolue donc avec des vélos qui seront attachés ou stationnés dans les parkings les plus proches, donc pas souvent en bas de la porte. Mais la disponibilité des vélos, en baisse constante avec les dégradations, engendraient également des frustrations. Ces restrictions de stationnement et d’attache avec chaine devraient logiquement venir fiabiliser la position des vélos, et améliorer leur disponibilité en limitant les vols. Les utilisateurs ont de nouvelles contraintes, mais cela reste toujours plus souple que de devoir reposer son vélo dans une borne.

Les défis du free-parking

La solution parfaite n’existe pas. Ils y aura toujours des dégradations. Les vélos en libre-service bornés, en subissent également, avec un coût difficilement supportable sur du long terme pour n’importe quelle entreprise sauf pour un service public. C’est un facteur qui est inhérent au métier, et accepté.

De plus, ces nouveaux modèles de fonctionnement ne font pas que des heureux, à commencer par les cyclistes qui voient d’un mauvais oeil ces vélos maintenant attachés aux arceaux par leurs utilisateurs. Quand le besoin de stationnement vélo dépasse l’offre. Ce n’est pas nouveau, le besoin de parking vélo n’est pas toujours géré de manière optimale, même sans vélos partagés dans l’équation. Mais les politiques cyclables évoluent. C’est l’occasion pour ces acteurs du free-parking d’engager les dialogues avec les villes sur les infrastructures, et de participer aux échanges avec les parties prenantes locales. Prendre leur place. S’ancrer pour durer.

garder la dynamique

Gageons que ces questions soulevées sur la place des acteurs de nouvelles mobilités trouveront des réponses satisfaisantes pour tous. En tout cas, tout ce bouillonnement d’innovation médiatise encore et toujours la place du vélo en ville avec ses besoins en parking, en infrastructure…

D’après l’étude de l’ADEME citée plus haut, 40% des utilisateurs de free-floating n’utilisaient jamais ni un vélo personnel, ni le vélib pour se déplacer avant l’apparition des vélos en free-floating (étude réalisée sur les utilisateurs parisiens de Ofo et Mobike, avec 2349 réponses reçues). Ce chiffre m’a profondément marqué. Ces services ont permis un développement du vélo en ville, pas seulement en le médiatisant (comme je l’évoquais dans mon dernier post), mais également en attirant un public de non-initiés.

Et c’est un très bon début. Vélo, en avant !

A bientôt sur velonomy.

Joyeux Anniversaire Free-floating !

Joyeux anniversaire !

Nous célébrons en ce mois d’octobre le premier anniversaire de l’apparition des vélos en free-floating sur le territoire français. Gobee.bike s’était lancé le premier, et s’est d’ailleurs aussi arrêté le premier, 5 mois plus tard en février 2018. Puis Pony Bike, Ofo, Mobike, Obike et IndigoWeel ont suivi. Obike a lentement disparu, suite à sa déclaration d’insolvabilité à Singapour. Les 4 autres restent. Donkey.Bike est également arrivé sur le marché parisien, avec un modèle intéressant en semi free floating. Pas de bornes, mais du géofencing, aussi nommé géorepérage en français. Cela consiste à créer des zones de parking virtuelles, visibles dans l’application mobile.

De mon côté, j’ai commencé à travailler pour IndigoWeel en décembre 2017. Je me souviens encore de l’évènement Autonomy, qui était trusté par tous ces acteurs du free-floating. Les chinois utilisaient déjà en masse ce système de vélos libres, mais en France, c’était entièrement nouveau.

Tous en selle, lorsqu’il y en a une

Ces 12 derniers mois, les roues ont tourné sur le bitume. Des dizaines de milliers d’utilisateurs ont été séduits et ont pu se déplacer pour un coût réduit. A Paris notamment, où la transition entre les opérateurs de Vélib a été longue, cette nouvelle offre a été la bienvenue et a pu soulager une partie des cyclistes qui ne possédaient pas leur propre vélo.

Des utilisateurs déçus parfois, interloqués souvent. Comment ne pas l’être devant la destruction gratuite de milliers de ces vélos, exhibant leurs souffrances sur les trottoirs. Triste et sadique plaisir d’une minorité !

MISE en perspective

La gestion des dégradations reste le point sensible. Lorsqu’ils ne sont pas dégradés, beaucoup de vélos sont volés et il n’est pas rare de croiser des personnes sur des vélos « reconditionnés » pour les plus soigneux, ou simplement le cadenas coupé pour les plus pragmatiques. Incontestablement ces vélos ont apporté une nouvelle forme de mobilité, gratuite, à certains. On aurait pu s’en réjouir si cette nouvelle mobilité cycliste à moindre coût, basée sur le vol de vélo, avait été, et pourquoi pas, organisée et structurée, notamment par des associations et avec l’aide du gouvernement. Donner les moyens de se déplacer à vélo à ceux qui n’ont pas cette culture, et pas les moyens pour s’en procurer…belle idée, mais l’exemple du vélib nous montre que le manque de moyens financiers n’est pas la question première. Le free-floating fait face à ce que tous les vélos des services publics connaissent déjà : la dégradation gratuite.

Rien de bien nouveau sous le soleil donc, avec environ 20000 vols de vélib par an, en moyenne, à Paris. Retrouvés certes à 90%, mais il en reste encore entre 2000 et 6000 irréparables chaque année. Ajoutés au 10% non retrouvés, ca donne entre 4000 et 8000 vélos irrécupérables par an. La différence avec les vélos issus du free-floating, c’est qu’ils sont plus visibles dans les rues, et plus vulnérables sans bornes. Plus free, plus floating. Ce phénomène de casse a donc été mis sous le feux des projecteurs.

Se réinventer

De toute évidence, le modèle va devoir évoluer pour répondre aux enjeux de rentabilité. Les prix d’Ofo et de Mobike ont déjà augmenté. Nécessaire évolution pour des entreprises qui ne sont pas financées par de l’argent public comme leurs concurrents bornés. Et c’est peut être ce qui fait leur force. La liberté qu’elle ont d’innover, de se réinventer, de tester, sans trop de contrainte autre que le retour des clients (et les règles imposées par les villes…). L’innovation est au cœur de ces entreprises. Elles s’exposent, apprennent, progressent, et re-proposent différemment. Que ce soit en terme de prix, mais aussi de partenariats avec différents acteurs, comme entre Ofo et la RATP. Enrichir l’offre de véhicules est également une façon d’innover comme le fait Indigo Weel en lançant ses scooters électriques à Toulouse, avant de proposer ses vélos, trottinettes et micro-voitures électriques, tout ça dans la même application mobile. La flexibilité est un atout majeur.

Au centre de la mobilité urbaine

1 an après l’avènement du free-floating français, j’ai eu ce sentiment que malgré les destructions et les critiques, ces services ont contribué à mettre le vélo au centre des débats comme rarement auparavant. On s’était habitué aux services avec bornes, ils faisaient partie du décor. Mais en permettant à l’utilisateur de prendre et déposer un vélo (presque) n’importe où, et tout cela en moins d’une minute grâce à son smartphone, le free-floating a apporté une innovation d’usage dans un marché ou l’expérience client était trop complexe et trop longue. Subitement, l’image du vélo dans le domaine public avait changé. Plus facile, plus accessible. Une vision plus jeune peut-être ? Le succès a été au rendez-vous. Ces entreprises ont démontré l’intérêt d’un tel système ainsi que l’appétence pour de l’innovation dans ce domaine. Pouvoir prendre un vélo partout, facilement, c’est finalement devenu normal, rien de fou. J’aime ça ! C’est le signe que l’offre sonne juste.

Une année vélo

Le gouvernement a annoncé un plan vélo sans précédent. 350 millions d’euros sur 7 ans. Paris, elle, en alloue 150 millions sur 6 ans. Il y a une dynamique en marche, et le free-floating en fait partie. Il contribue à rendre visible les vélos aux yeux de tous, il polarise l’attention. L’offre se diversifie, les trottinettes entrent en jeu de manière spectaculaire, et les vélos électriques en free-floating devraient pointer leur nez sous peu, notamment avec Oribiky.

En cette fin octobre, je souhaite une heureuse nouvelle année au vélo : personnel, partagé en bornes, en free-floating, en location courte ou longue durée, avec ou sans assistance électrique…et suis plus que jamais convaincu que du vélo naîtra la ville rêvée de demain.

A bientôt sur Velonomy !