Vélo connecté, valeur ajoutée ?

“Mais c’est quoi un vélo connecté en fait ?” me demandait l’autre jour mon pote Barth, toujours à l’affût. Je répondais tranquillement : “Et bien, euh, bah tu prends un vélo, souvent électrique parce que c’est plus facile et que t’as plus de données à récupérer, et bah tu le connectes quoi. Au réseau, à ton backend, ou à ton smartphone, via une app. Et après t’as plein d’échange d’info entre les différentes entités.” “Ok Charles, je suis pas sûr de bien comprendre le bail.” me dit-il avec son franc parler habituel. Je grommelle. Me voilà bon pour faire un article.

Après 1 an de développement du vélo électrique avec Indigo Weel (j’y travaillais jusqu’en décembre dernier), j’ai voulu résumer dans les grandes lignes ce qu’est un vélo connecté.

 On connait les montres connectées, les lunettes, les lampes, les caméras, les enceintes, les volets, les frigos, les voitures, les trottinettes, les caddys, les machines à café, les…j’en passe. Ca devient naturel de lire le mot connecté à côté de 1001 produits qui ne l’étaient pas avant. Et voilà que le vélo s’y met.

Que veut donc dire le terme “connecté” ? Pourquoi connecte-t-on les vélos ?

Je ne parlerai ici que du vélo électrique, car c’est le vélo qui se connecte le plus de nos jours. Mais certaines parties concernent également les vélos dit maintenant “musculaire” (sans assistance électrique). N’hésitez pas à me poser des questions en commentaire !

Quand les vélos se mettent à parler…

Connecter un véhicule, de manière courante aujourd’hui, c’est le faire discuter. Discuter avec une entité autre que lui-même. Discuter avec un smartphone par exemple. Je peux imaginer connecter mon smartphone au vélo, très souvent via bluetooth, puis décider d’allumer ou éteindre les lumières avant, arrière, choisir la puissance de l’assistance électrique via l’application du smartphone. Mais ça va plus loin. En connectant le vélo au réseau mobile on peut activer des fonctionnalités à distance : déclencher une alarme en cas de mouvements intempestifs, bloquer/débloquer un cadenas, recevoir des données sur l’état du vélos (immobile ou en déplacement…), sur sa position géographique. Je listerai les fonctionnalités dans la partie suivante.

Ce n’est pas nouveau, mais ça prend de l’ampleur. Ce n’est plus réservé à un public de “early adopters”, ces personnes qui aiment expérimenter de nouveaux produits avant les autres. Les nouveaux vélos, et surtout les électriques, se connectent massivement aux réseaux, comme des abeilles rejoignant la ruche et se glissant dans leurs alvéoles après une longue errance au milieu de ces fleurs de cerisiers, promesse d’un beau printemps, et d’un été plus beau encore…hop là! Rien à voir mais j’avais envie de quelques métaphores naturelles.

ne pas reproduire à la maison
Ce vélo butinait tranquillement de la data quand soudain

…Ils peuvent dire des choses fort intéressantes

Quand les vélos nous parlent
Quand les vélos nous parlent

Voila une liste non exhaustive des fonctionnalités que peut proposer un vélo connecté à un smartphone par exemple : allumer/éteindre les lumières, choix du niveau d’assistance électrique, activation de la batterie pour lancer l’assistance, géolocalisation, blocage du moteur si le vélo n’est pas activé ou s’il est volé par exemple, état du système (signalisation de problèmes sur les composants électroniques, sur le moteur), mise à jour de l’intelligence du vélo (du contrôleur, ou boitier connecté). Les données ne sont pas si nombreuses car un vélo électrique reste assez simple en comparaison avec une voiture. C’est ce qui fait sa force.

Il est difficile de combiner tout cela sans augmenter le prix du vélo. Si le matériel électronique n’est pas très cher, il faut développer les applications mobiles, le système informatique, le maintenir etc. Donc l’alternative à un vélo connecté c’est un vélo déconnecté (wow!) qui utilise un écran et des boutons d’actions directement sur le guidon. C’est la grande majorité des vélos électriques vendus aujourd’hui. On parlerait presque de low tech mais bon, un vrai vélo low tech, c’est un vélo sans tech justement (hello fixie!).

tranquille
Dites moi mon brave, il se connecte ce vélo ou c’est pas l’idée ?

Mais on connait l’appétence du public pour les innovations et les nouvelles technologies. La vague des objets connectés ne fait que commencer.

Je distinguerai dans mon analyse 2 approches : celle d’un vélo pour les particuliers, et celle d’une flotte de vélo gérée en B2B.

Pour les particuliers, quels avantages à posséder un vélo connecté ?

Je dirai que c’est encore aujourd’hui intéressant plutôt pour les fans de techno. Je privilégierai personnellement un vélo électrique simple, sans électronique superflue, à une exception près que je détaillerai.

Mais certains me diront : “Rabat-joie, pourquoi ce choix d’austérité électronique ?”

Loin de moi l’idée de vouloir rabattre la joie de certains. Je n’en aurai simplement pas l’utilité. Je peux changer mes vitesses manuellement sur mon boitier. Il calcule également les km parcourus, affiche ma vitesse en temps réel (qui est limitée à 25km/h donc pas passionnante) et je peux me rendre tout seul chez mon vélociste pour la maintenance, voire j’appelle Ridy ou Cyclofix directement en cas d’imprévu. Mes lumières s’allument automatiquement lorsque je roule. Je recharge ma batterie à la maison, sa durée de vie est grosso modo de 800 cycles, elle est garantie 2 ans. Pour les antivols, un lourd Kryptonite combiné à une lecture de mon article ici suffirait pour me sentir serein. Je chercherai aussi à être assuré par mon assurance habitation. Mon smartphone, lui, me permet déjà de faire des trajets optimisés avec Géovélo.

Bref, je ne ressens pas le besoin de me connecter pour révolutionner mon expérience car je suis responsable de mon vélo et je me sens en mesure de faire ces démarches moi-même.

Moustache à l'ancienne
Moustache à l’ancienne, puissance au guidon, déconnecté, enfin façon de parler

Mais mais mais…quand même il fallait que je vous dise

Il y a quelques trucs pas mal qui se font. Premièrement la géolocalisation. J’ai écrit un article sur les trackers GPS vélo en 2017 qui attire depuis 2 ans des milliers de lecteurs, preuve que ce sujet titille pas mal les cyclistes dans leurs têtêtes. A l’époque le marché n’était pas prêt. Aujourd’hui il a changé, les technologies deviennent de plus en plus intégrées et de moins en moins chères. Velco a sorti son guidon Winkbar. Van Moof et son équipe retrouvent des vélos volés. Qui sait, la police pourrait se décider elle-aussi à intervenir sur la base d’informations GPS un de ces jours (car pour le moment ce ne semble pas trop être le cas, n’hésitez pas à commenter si ça l’est, ça m’intéresse!). Avoir un système qui me permette de géolocaliser mon vélo et qui m’alerte s’il se met subitement à danser la samba (alors qu’il ne sait pas danser la samba) oui, ça m’intéresse ! Avec une garantie de remplacement, je serais content de payer l’assurance.

Les bons vélos électriques coûtent généralement au moins 1500€, et montent rapidement dans les 2500-3500€. Les compagnies d’assurances ont déjà développé des produits spécifiques pour les vélos électriques et il y a fort à parier qu’ils exigent bientôt l’installation de mécanismes de traçage sur les vélos en s’associant à des acteurs de la géolocalisation.

Mais aussi, ce vélo connecté électrique peut tout simplement refuser de démarrer sans reconnaissance via app, empreinte digitale ou autre. Et ça, je me dis que c’est pas mal. C’est plus compliqué d’obtenir ce résultat pour les vélos classiques (pas de batterie), raison pour laquelle je me focalise sur les VAE (Vélo à Assistance Electrique).

Van Moof, Cowboy, Angell, Véligo : des petits nouveaux bien connectés

Depuis quelques années, des nouvelles marques se lancent sur le marché et conçoivent des vélos électriques et connectés en sortant des sentiers battus. Révolutionner l’expérience du cycliste urbain, c’est leur ambition. Le design est primordial, Tesla est dans toutes les têtes. La connectivité via une application smartphone permet d’allier un design épuré avec très peu de commandes externes, des changements de vitesse automatiques, des antivols intégrés et contrôlés à distance, des clignotants…On pensait avoir un vélo dans la tête, mais c’est lui qui s’est doté d’un cerveau ! Mordiou ! La machine qui pense, j’en ai des frissons.

Les promesses sont belles pour nous autres, citadins. Van Moof a par exemple lancé une assurance contre le vol, 290€ pour 3 ans, ce n’est pas trop cher pour des vélos qui valent 2000+€ ! La promesse de remplacer un vélo volé par un temporaire, en attendant que l’ancien soit retrouvé grâce à ses différentes techno de géolocalisation. Et ça marche en plus.

Who got the fattest tyres ?
Un air de famille

Technologie et design donc pour des vélos aujourd’hui plus confidentiels dans les villes que le classique Motobécane ou le traditionnel Décathlon, mais pour combien de temps ? La crise covid19 aidant, VanMoof a enregistré +48% de vente en février par rapport à l’année dernière, et une fréquentation sur son site de +80% en février-mars…lire ici. Le lancement d’Angell est également un marqueur fort de cette tendance.

J’ai habilement glissé le Veligo dans ce chapitre. Développé par le consortium Fluow (La poste, Transdev, Cyclez) ce n’est pas une marque de vélo à proprement parler (location moyenne durée, financée à moitié par l’utilisateur et à moitié par la région) mais sa renommée est déjà grande en Ile-de-France !

Le veligo
Le veligo : électrique et connecté

Velco, au coeur du connecteur

Velco c’est la boite qui avait fait parler d’elle pour le Winkbar, le guidon connecté. 3 ans ont passé et ils ont développé une expertise dans la connectivité des flottes de vélo et de 2 roues urbains en général en travaillant avec par exemple MFC (Manufacture Francaise du Cycle). Cette expertise les place en très bonne position pour mener la danse de la connectivité, de manière souvent invisible pour les utilisateurs finaux qui ne voient pas la technologie interne.

VELCO connecteur
Le connecteur VELCO – petit boitier qui se connecte au grand réseau

Une connectivité aujourd’hui incontournable pour les flottes de vélo

Le free-floating est né uniquement grâce à la connectivité des vélos. Cela s’est fait au travers des cadenas “fer à cheval” ou “frame lock” et c’est l’exemple le plus frappant de la puissance de cette connectivité. Absolument nécessaire, oui, car comment connaitre la localisation de ses véhicules et comment la montrer à ses utilisateurs dans l’application mobile sans connecter le vélo à ses serveurs, à son application mobile ? Comment ouvrir le cadenas automatiquement ?

Cadenas connecté
Cadenas connecté Trelock sur le même modèle que tous ceux qui équipent les vélos en free-floating

On peut dire que ces technologies n’était pas nouvelles, déjà utilisées par des entreprises de gestion de flotte d’entreprise. Mais elle est devenue visible et incontournable aujourd’hui. Je me souviens encore de Donkey Republic et son cadenas connecté pour que chacun puisse louer son vélo à des utilisateurs de passage. En peer-to-peer quoi. Ca m’avait bluffé à l’époque ! Cette époque c’était 2012. La techno était là, le business model…pas encore (un business model toujours instable aujourd’hui)

Les enjeux De la connectivité pour gérer Des flottes de vélo

Je me base principalement sur mon expérience dans le free-floating pour cette liste de fonctionnalités mais cela va plus loin :

  • Connaitre l’emplacement de ses vélos à chaque instant
  • Connaitre leur état : immobile ou en mouvement
  • Le niveau de batterie : quel vélo recharger en priorité ? Et générer automatiquement des circuits pour les équipes de maintenance
  • Analyser les trajets des utilisateurs, les zones de location/parking pour placer son vélo au bon endroit au bon moment (clef chez les opérateurs de free-floating), ou pour travailler avec les villes et améliorer leur compréhension des flux de déplacement
  • Repérer des vélos volés
  • Bloquer le parking dans certaines zones (en empêchant la fin de location d’un vélo par exemple)
  • Maintenance prédictive : particulièrement pour les grandes flottes de vélos partagés qui connaissent des dégradations identifiées et répétitives.
  • Activer/désactiver le vélo à distance (via smartphone pour l’utilisateur ou par “backend” par l’entreprise)
  • Mettre à jour le logiciel interne des vélos à distance : par exemple le contrôleur, qui décide de la puissance à envoyer de la batterie vers le moteur, peut connaitre quelques bugs et l’on peut corriger ces bugs en envoyant une mise à jour
  • Décider de la puissance à donner au vélo électrique pour différentes situations : il pleut ? l’assistance électrique peut être abaissée à 20km/h. Voire, comme pour les trottinettes, limiter l’assistance en la couplant avec des données de géolocalisation.  Zone piétonne ? assistance baissée à 15km/h

conclusion

Est-ce que on pourrait pas dire que
On dirait une oeuvre d’art plastique d’un élève de 5e. On devrait m’interdire de publier ça ici.

En conclusion, l’année 2020 sera connectée, ou ne le sera pas, ou peut-être qu’elle sera les 2 à la fois. WoW ! Encore un éclair de génie !

Plus sérieusement, on peut dire 2 choses : pour un particulier qui s’achète un vélo électrique, ça commence à être intéressant cette histoire de connectivité, mais c’est pas non plus la panacée. Par contre, pour des gestionnaires de flotte, là on parle! Pour eux, c’est un facteur clef d’optimisation de leurs processus. L’efficacité dans la connectivité. Il ne reste plus qu’à maitriser toutes ces informations, sinon c’est de la data sans âme.

Merci de m’avoir suivi jusqu’à là, ça me touche.

Sachez que je ne compte pas m’arrêter là et qu’un autre article sera écrit ! Au moins aussi instructif et spirituel !

A bientôt, donc.

Le Free-floating est mort, vive le Free-parking !

 

Mon dernier article souhaitait un joyeux anniversaire au Free-floating. Les mois ont passé, les temps ont changé. Le Free-floating n’est plus.

Je travaille chez Indigo Weel depuis décembre 2017, aujourd’hui en tant que chef de projet vélo électrique. J’étais hier responsable des outils informatiques pour les opérations.


Gobee.bike, Ofo, Obike…3 noms à consonance posthume dans le monde du vélo en free-floating. Ce monde où l’on rêvait plutôt de villes résonant de cliquetis de moyeux nexus, d’exclamations de clients si heureux de pouvoir trouver un vélo en bas de chez eux, au lieu de devoir marcher jusqu’à une station bornée où les 3 vélos restant ont une chaine cassée, un pneu crevé et une roue voilée…

Sur un air de Téléphone, sans trop respecter le nombre de pieds :

Ils rêvaient d’un autre monde,

où les roues resteraient rondes,

Où les bicyclettes seraient fécondes,

et les utilisateurs rouleraient en moyenne 500 secondes.

Un rêve court pour certains, plus long pour d’autres

Le free-floating est mort. Tout simplement trop de dégradation. Un modèle inadapté face à un ensemble de personnes peu concernées par le respect du bien d’autrui. Mais la mobilité vélo qui s’est dessinée pendant 1 an, connectée, partagée et bientôt électrique, est bien trop intéressante pour laisser la situation en plan ! Les villes se transforment ! Les pistes vélo s’améliorent, les discours du gouvernement s’affermissent. Le climat est positif.

Et dans ce contexte, il reste d’ailleurs quelques entreprises résistantes.

Mobike d’abord, dont la présence à Paris s’étiole peu à peu, Donkey Republic avec ses vélos plus haut de gamme, concentrés au centre de Paris, Indigo Weel dans 7 villes en France, hors Paris. Enfin, les derniers venus : Oribiky, qui mise sur l’électrique en free-floating à Paris pour se faire une place, et Zoov qui propose un modèle innovant de vélo électrique et stations de chargement légères, basées sur le concept du caddy.

Jump prépare son entrée à Paris au printemps. Déjà présent à Berlin et Lisbonne, leur service impose aussi d’attacher son vélo à un point fixe.

C’est un changement de paradigme

Une nouvelle ère s’ouvre. Plus qualitative, plus électrique. On le ressent dans tous les discours, le but est de rassurer les villes, leur montrer que ce modèle évolue, qu’il a sa place et ses avantages, dans une ville qui cherche des alternatives au tout voiture. Ce n’est plus l’époque des milliers de vélos déposés partout et du remplacement continu des volés ou dégradés. L’électrique s’invite à la table, comme le montre l’utilisation croissante des Velibs bleus, et l’arrivée des nouveaux acteurs 100% électrique Zoov, Oribiky, Jump… Bien sûr, les trottinettes viennent sans complexe bousculer tout ce petit monde. Pour elles, l’histoire du free-floating se répète mais avec des plus petites roues…

Mieux contrôler l’espace public

Les vélos ne peuvent plus être ballotés à droite à gauche, mais doivent se plier à des règles plus strictes. Cela devient une exigences des villes, et il en va de la survie de ces services. C’est dans cette logique qu’Indigo Weel demande aujourd’hui à ses utilisateurs de vélos et de scooters de se garer sur des parkings identifiés, et de prendre une photo pour preuve. Les vélos doivent même être attachés aux arceaux. Ce système est au coeur du fonctionnement de Donkey Republic ou de Jump. Oribiky impose de se garer dans les parkings référencés et permet d’en déclarer de nouveaux (les bases de données d’arceaux vélos ne sont pas toujours très à jour). Zoov cherche à proposer un modèle plus économique aux villes : des stations pour réguler le stationnement et recharger les vélos, mais moins lourdes et donc moins chères que celle déployées pour le vélib par exemple. Toutes ces offres permettent d’offrir des garanties aux villes soucieuses d’une bonne organisation de l’espace public. Et elles permettent également de limiter l’impact des dégradations.

C’est pour cela que je nomme ce fonctionnement “free-parking”. L’accent est maintenant plus mis sur le respect des règles de la ville et le bon stationnement des vélos que sur la possibilité de les laisser où l’on veut. Les vélos ne flottent plus, ils ont appris à nager !

Nouvelle approche pour les utilisateurs

D’après l’étude de l’ADEME sur le free-floating, réalisée en septembre 2018, les principales motivations des utilisateurs de vélos en free-floating étaient la possibilité d’un parcours porte à porte, et le gain de temps que cela engendrait. C’est quelque chose qui évolue donc avec des vélos qui seront attachés ou stationnés dans les parkings les plus proches, donc pas souvent en bas de la porte. Mais la disponibilité des vélos, en baisse constante avec les dégradations, engendraient également des frustrations. Ces restrictions de stationnement et d’attache avec chaine devraient logiquement venir fiabiliser la position des vélos, et améliorer leur disponibilité en limitant les vols. Les utilisateurs ont de nouvelles contraintes, mais cela reste toujours plus souple que de devoir reposer son vélo dans une borne.

Les défis du free-parking

La solution parfaite n’existe pas. Ils y aura toujours des dégradations. Les vélos en libre-service bornés, en subissent également, avec un coût difficilement supportable sur du long terme pour n’importe quelle entreprise sauf pour un service public. C’est un facteur qui est inhérent au métier, et accepté.

De plus, ces nouveaux modèles de fonctionnement ne font pas que des heureux, à commencer par les cyclistes qui voient d’un mauvais oeil ces vélos maintenant attachés aux arceaux par leurs utilisateurs. Quand le besoin de stationnement vélo dépasse l’offre. Ce n’est pas nouveau, le besoin de parking vélo n’est pas toujours géré de manière optimale, même sans vélos partagés dans l’équation. Mais les politiques cyclables évoluent. C’est l’occasion pour ces acteurs du free-parking d’engager les dialogues avec les villes sur les infrastructures, et de participer aux échanges avec les parties prenantes locales. Prendre leur place. S’ancrer pour durer.

garder la dynamique

Gageons que ces questions soulevées sur la place des acteurs de nouvelles mobilités trouveront des réponses satisfaisantes pour tous. En tout cas, tout ce bouillonnement d’innovation médiatise encore et toujours la place du vélo en ville avec ses besoins en parking, en infrastructure…

D’après l’étude de l’ADEME citée plus haut, 40% des utilisateurs de free-floating n’utilisaient jamais ni un vélo personnel, ni le vélib pour se déplacer avant l’apparition des vélos en free-floating (étude réalisée sur les utilisateurs parisiens de Ofo et Mobike, avec 2349 réponses reçues). Ce chiffre m’a profondément marqué. Ces services ont permis un développement du vélo en ville, pas seulement en le médiatisant (comme je l’évoquais dans mon dernier post), mais également en attirant un public de non-initiés.

Et c’est un très bon début. Vélo, en avant !

A bientôt sur velonomy.

Joyeux Anniversaire Free-floating !

Joyeux anniversaire !

Nous célébrons en ce mois d’octobre le premier anniversaire de l’apparition des vélos en free-floating sur le territoire français. Gobee.bike s’était lancé le premier, et s’est d’ailleurs aussi arrêté le premier, 5 mois plus tard en février 2018. Puis Pony Bike, Ofo, Mobike, Obike et IndigoWeel ont suivi. Obike a lentement disparu, suite à sa déclaration d’insolvabilité à Singapour. Les 4 autres restent. Donkey.Bike est également arrivé sur le marché parisien, avec un modèle intéressant en semi free floating. Pas de bornes, mais du géofencing, aussi nommé géorepérage en français. Cela consiste à créer des zones de parking virtuelles, visibles dans l’application mobile.

De mon côté, j’ai commencé à travailler pour IndigoWeel en décembre 2017. Je me souviens encore de l’évènement Autonomy, qui était trusté par tous ces acteurs du free-floating. Les chinois utilisaient déjà en masse ce système de vélos libres, mais en France, c’était entièrement nouveau.

Tous en selle, lorsqu’il y en a une

Ces 12 derniers mois, les roues ont tourné sur le bitume. Des dizaines de milliers d’utilisateurs ont été séduits et ont pu se déplacer pour un coût réduit. A Paris notamment, où la transition entre les opérateurs de Vélib a été longue, cette nouvelle offre a été la bienvenue et a pu soulager une partie des cyclistes qui ne possédaient pas leur propre vélo.

Des utilisateurs déçus parfois, interloqués souvent. Comment ne pas l’être devant la destruction gratuite de milliers de ces vélos, exhibant leurs souffrances sur les trottoirs. Triste et sadique plaisir d’une minorité !

MISE en perspective

La gestion des dégradations reste le point sensible. Lorsqu’ils ne sont pas dégradés, beaucoup de vélos sont volés et il n’est pas rare de croiser des personnes sur des vélos « reconditionnés » pour les plus soigneux, ou simplement le cadenas coupé pour les plus pragmatiques. Incontestablement ces vélos ont apporté une nouvelle forme de mobilité, gratuite, à certains. On aurait pu s’en réjouir si cette nouvelle mobilité cycliste à moindre coût, basée sur le vol de vélo, avait été, et pourquoi pas, organisée et structurée, notamment par des associations et avec l’aide du gouvernement. Donner les moyens de se déplacer à vélo à ceux qui n’ont pas cette culture, et pas les moyens pour s’en procurer…belle idée, mais l’exemple du vélib nous montre que le manque de moyens financiers n’est pas la question première. Le free-floating fait face à ce que tous les vélos des services publics connaissent déjà : la dégradation gratuite.

Rien de bien nouveau sous le soleil donc, avec environ 20000 vols de vélib par an, en moyenne, à Paris. Retrouvés certes à 90%, mais il en reste encore entre 2000 et 6000 irréparables chaque année. Ajoutés au 10% non retrouvés, ca donne entre 4000 et 8000 vélos irrécupérables par an. La différence avec les vélos issus du free-floating, c’est qu’ils sont plus visibles dans les rues, et plus vulnérables sans bornes. Plus free, plus floating. Ce phénomène de casse a donc été mis sous le feux des projecteurs.

Se réinventer

De toute évidence, le modèle va devoir évoluer pour répondre aux enjeux de rentabilité. Les prix d’Ofo et de Mobike ont déjà augmenté. Nécessaire évolution pour des entreprises qui ne sont pas financées par de l’argent public comme leurs concurrents bornés. Et c’est peut être ce qui fait leur force. La liberté qu’elle ont d’innover, de se réinventer, de tester, sans trop de contrainte autre que le retour des clients (et les règles imposées par les villes…). L’innovation est au cœur de ces entreprises. Elles s’exposent, apprennent, progressent, et re-proposent différemment. Que ce soit en terme de prix, mais aussi de partenariats avec différents acteurs, comme entre Ofo et la RATP. Enrichir l’offre de véhicules est également une façon d’innover comme le fait Indigo Weel en lançant ses scooters électriques à Toulouse, avant de proposer ses vélos, trottinettes et micro-voitures électriques, tout ça dans la même application mobile. La flexibilité est un atout majeur.

Au centre de la mobilité urbaine

1 an après l’avènement du free-floating français, j’ai eu ce sentiment que malgré les destructions et les critiques, ces services ont contribué à mettre le vélo au centre des débats comme rarement auparavant. On s’était habitué aux services avec bornes, ils faisaient partie du décor. Mais en permettant à l’utilisateur de prendre et déposer un vélo (presque) n’importe où, et tout cela en moins d’une minute grâce à son smartphone, le free-floating a apporté une innovation d’usage dans un marché ou l’expérience client était trop complexe et trop longue. Subitement, l’image du vélo dans le domaine public avait changé. Plus facile, plus accessible. Une vision plus jeune peut-être ? Le succès a été au rendez-vous. Ces entreprises ont démontré l’intérêt d’un tel système ainsi que l’appétence pour de l’innovation dans ce domaine. Pouvoir prendre un vélo partout, facilement, c’est finalement devenu normal, rien de fou. J’aime ça ! C’est le signe que l’offre sonne juste.

Une année vélo

Le gouvernement a annoncé un plan vélo sans précédent. 350 millions d’euros sur 7 ans. Paris, elle, en alloue 150 millions sur 6 ans. Il y a une dynamique en marche, et le free-floating en fait partie. Il contribue à rendre visible les vélos aux yeux de tous, il polarise l’attention. L’offre se diversifie, les trottinettes entrent en jeu de manière spectaculaire, et les vélos électriques en free-floating devraient pointer leur nez sous peu, notamment avec Oribiky.

En cette fin octobre, je souhaite une heureuse nouvelle année au vélo : personnel, partagé en bornes, en free-floating, en location courte ou longue durée, avec ou sans assistance électrique…et suis plus que jamais convaincu que du vélo naîtra la ville rêvée de demain.

A bientôt sur Velonomy !