Vol de vélo : Aide-toi et le ciel t’aidera

Bonjour à tous !

Bienvenue sur velonomy pour ce 2ème article autour du vol de vélo. Voilà la situation : j’ai un vélo auquel je tiens, je l’ai fait graver et l’ai enregistré dans la base de données Bicycode, augmentant fortement mes chances de le retrouver si le pire arrivait. Maintenant, comment réduire le risque de vol au maximum ? On ne va pas se mentir, la peur de se faire voler son vélo sera toujours présente dans la tête des cyclistes un peu nerveux. Mais il y a moult façons de réduire cette charge psychologique.

Cadenas de qualité et stratégie affinée : les clefs de la réussite

Beaucoup de choses ont déjà été largement partagées sur internet, raison pour laquelle je n’écrirai pas de tartines sur les antivols en U, la façon d’attacher son vélo etc. Mais le sujet mérite tout de même un petit bout de chocolat sur un biscuit Lu.

Les antivols sont comme les coffres-forts : faits pour être braqués

Briser, tordre, scier un antivol est à la portée de tous. Ce peut être une question de secondes, ou, mieux, de minutes. Mon antivol en U Kryptonite, entrée de gamme, se coupe en 20 secondes au coupe-boulon, peut se casser par torsion en 30 secondes, et doit tenir environ 10 petites secondes à la disqueuse.

coupe jamon
Malheureusement plus rapide de se couper une tranche de cadenas qu’une tranche de jambon !

Vous l’aurez compris, l’antivol est avant tout un frein, un obstacle pour le potentiel voleur. Plus longue sera la coupe, plus risqué sera le choix. A ce jeu là, il semble que le Kryptonite Fahgettaboudit fasse l’affaire.

Cadenas Kryptonite en action
Cadenas Kryptonite en action

Un type de cadenas cher, oui, relativement (environ 80€). Mais nécessaire et utilisé par ceux qui savent. Il y en a d’autres (article non sponsorisé d’ailleurs, je parle ici de mon opinion propre). Pour se faire une idée, la FUB propose un guide mis à jour chaque année, avec une liste détaillée de cadenas sur lesquels ils ont effectué différents tests. J’aurai aimé voir leurs tests mais la méthodologie est gardée secrète, probablement pour ne pas diffuser de mauvaises idées dans les mauvaises têtes. Il y a une marge de progression dans la qualité du guide car beaucoup de cadenas U de taille similaire ont le niveau “2 roues” et la mention “Très résistant” avec des prix variant pourtant de 20 à 90€ sans qu’on sache vraiment quelle est la différence. Du marketing, certes, mais surement un peu plus que ça. En tout cas, je salue l’initiative, très importante pour éduquer un public qui n’a pas encore conscience du risque de vol.

Un antivol résistant oui ! mais pas que.

Donc un antivol de qualité est nécessaire, mais il lui faut un, ou plusieurs assistants. Oui, car à moins de porter 2 cadenas, il reste une roue au moins qui n’est pas attachée. Dans le cas du Fahgettaboudit, il est même trop petit pour attacher et le cadre et les roues. Sa petite anse limite les risques de casse par torsion en réduisant l’espace nécessaire pour glisser une barre en fer. Force et faiblesse à la fois quoi.

Premier assistant, le câble en acier. Il se passe dans les roues et s’ancre au cadenas en U. Ca permet de compliquer la tâche du voleur qui aurait envie d’une roue, je sais pas moi, comme ça, pour le dîner. C’est peut-être la solution la plus facile et rapide à mettre en place, mais la résistance aux outils coupants est faible. Coût d’environ 10€.

Vélo Police
La pédagogique police britannique a placé ce vélo de démonstration à la sortie de la gare de Preston

Le meilleur est de changer la visserie de son vélo et de mettre des vis qui ne peuvent se dévisser qu’avec une clef spéciale. Je ne sais pas dans quelle mesure les voleurs peuvent détourner les outils pour leurs méfaits. Sauf preuve du contraire, nous pouvons imaginer que c’est plus difficile à dévisser qu’une roue en attache rapide. Certaines entreprises proposent également des vis qui ne peuvent se dévisser que lorsque le vélo est à l’envers (roues en l’air, guidon à terre). Si celui ci est bien attaché à un point fixe, alors il sera impossible de le retourner pour prendre les roues. Un coût d’environ 20/30€.

Nous obtenons un budget d’environ 115€, + 10€ pour faire graver son vélo. Avec 125€ votre vélo sera protégé au mieux, et ne se laissera pas faire. Avec le U décathlon, noté très résistant par la FUB, ce budget sera de 80€, nettement plus raisonnable. J’ai moi même un cadenas btwin, mais pour un vélo pour plus cher je choisirai directement une marque comme Kryptonite; Je suis surement “marketinguement” influençable, mais je n’ai pas une confiance absolue dans la sécurité chez Decathlon, alors que certaines entreprises en ont fait leur métier.

On peut aller encore plus loin.

Petit précis de stratégie

L’emplacement ne doit pas être négligé. C’est un classique : “Favorisez les lieux fréquentés !” et ensuite on voit toutes les vidéos youtube où des gens coupent des antivols en pleine journée sans se faire inquiéter. Ce qui est inquiétant, pour parler vrai. L’effet témoin est quelque chose de très puissant, et qui, je pense, s’applique aussi au simple vol dans un lieu public :

“En d’autres mots, plus le nombre de personnes qui assistent à une situation exigeant un secours est important, plus les chances que l’un d’entre eux décide d’apporter son aide sont faibles.”

https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_t%C3%A9moin

Qui va prendre la peine de demander à la personne pourquoi elle casse un cadenas ? Et si cette personne répond qu’elle a perdu les clefs ? Si c’est un cadenas à code, je préfère vous dire tout de suite que c’est louche. Sinon…bonne question.

L’enquête de Frédéric Heran, évoquée dans mon précédent article, montre que presque 6 vélos sur 10 ont été volés dans des lieux considérés comme sûrs (lieu bien visible, très fréquenté et bien éclairé). Mais le détail des réponses suggère néanmoins que la fréquentation du lieu joue un rôle supérieur car 53% des vols l’ont été dans des lieux peu fréquentés, alors que la visibilité du vélo ainsi que l’éclairage du lieu n’ont pas du tout joué le rôle dissuasif espéré.

Attacher son vélo à un point fixe permet d’être sûr que le vélo ne s’envolera pas tout seul. Mais il faut faire de plus en plus attention à ce que le poteau ne soit déjà scié avec un coup de scotch pour dissimuler la coupe, ou qu’il se détache du sol.

Il me reste 2 conseils à aborder ici. Le premier : le look du vélo. Un vélo tout neuf attirera plus l’attention. Selon le rapport de l’IFRESI-CNRS détaillé dans mon article précédent, 65% des vélos volés ont moins de 5 ans. Son enquête montre également que plus de 1 vélo volé sur 2 était en très bon état, et que presque 9 sur 10 étaient dans un état de correct à très bon. Pas folle la guêpe, pourquoi voler un vélo pourri quand il y en a des bons à portée de pince coupante ? Quelques autocollants, quelques rayures pourront dégrader l’image de votre vélo, et qui sait, orienter le voleur vers un autre vélo plus attirant.

Et enfin, mon dernier conseil de Jedi urbain est celui-ci : attachez votre vélo aux côtés de vélos qui sont moins sécurisés que le vôtre !

Comme l’exprime si bien l’introduction du wikihow dans son article sur les bonnes pratiques d’attache du vélo :

Après tout, il suffit que votre vélo soit plus difficile à voler que son voisin.

http://fr.wikihow.com/attacher-votre-v%C3%A9lo

Vous ne saurez peut-être jamais si ça fonctionne, mais c’est une chose simple à faire et comme le souligne le rapport de 2003, contrairement à l’opinion commune, les voleurs de vélos sont rarement des professionnels ! Ce qui signifie qu’un antivol rapide à couper par des moyens simples sera probablement plus attractif qu’une suée sur un cadenas résistant.

En résumé, voici les étapes pour avoir l’esprit le plus tranquille possible si vous ne pouvez pas garder votre vélo sous les yeux toute la journée ou la nuit :

  1. Lire velonomy.com
  2. Un vélo gravé et enregistré sur la base de données Bicycode
  3. Un bon cadenas en U, aidé par un câble ou un 2e cadenas
  4. Des vis spéciales antivol
  5. Un vélo attaché à un point fixe
  6. Un lieu fréquenté
  7. Des voisins inconscients et mal attachés

Quelles alternatives aux cadenas traditionnels ?

Dans cette 2ème partie de l’article je vais évoquer quelques solutions qui me paraissent intéressantes, ou pas. Elles ont un potentiel d’innovation si elles font leurs preuves sur le marché.

Les cadenas connectés, en chantier

Il y a depuis quelques années de nombreuses initiatives visant à utiliser la technologie pour réduire les vols de vélo. Les cadenas connectés font partie de ces solutions. 3 avantages sont mis en avant :

  1. Alerte en cas de mouvement indésirable du vélo, par bluetooth
  2. Pas de clefs, ouverture grâce à l’application installée sur son téléphone
  3. Partage de son vélo à distance possible en donnant accès à une tierce personne qui se connectera et débloquera le cadenas avec l’application
Ellipse - Cadenas connecté
Ellipse – Cadenas connecté

Carte d’identité : un cadenas nommé Ellipse, développé par Lattis, marque de Velo labs, fondée par des entrepreneurs qui souhaitent connecter tout ce beau monde à vélo. Domiciliée à San Francisco.

Histoire: C’est le mieux référencé des cadenas connectés. Il fait un buzz régulier depuis son développement en 2013. Le cadenas, originellement appelé Skylock trouve un public via la plateforme de financement participatif (crowdfunding) Indiegogo en juin 2014. 30,000$ plus tard le projet est financé. Outre ses propriétés de cadenas connecté, il a l’avantage de pouvoir se recharger en autonomie avec ses petits panneaux solaires.

Aujourd’hui : un classique dans le crowdfunding car 3 ans après la conclusion de la levée de fond, le produit commence à peine à être délivré aux supporters. Les rares retours sont assez négatifs notamment sur le poids et, pire selon moi, la portée de l’alerte bluetooth, avantage incontestable de ce cadenas par rapport à un antivol classique. Très peu fiable pour le moment. Affaire à suivre donc, car l’idée est bonne, mais si la réalisation ne suit pas, ça restera une perte sèche. Mon conseil est d’attendre que des tests soient faits par des professionnels et beaucoup plus de particuliers avant de se lancer la dedans.

Prix : 200$ + 20$ minimum pour une livraison en Europe.

Je suis tombé sur cet article (en anglais) en effectuant mes recherches, et cela n’a pas renforcé mon appétence pour cette solution connectée. Lors de la convention DEF CON à Las Vegas en 2016, ils ont rendu public leurs recherches consistant à hacker des smart locks, ou en français, des serrures de maison, et autre cadenas connectés. Ils ont réussi à ouvrir 12 des 16 serrures, peu rassurant sur le niveau de sécurité informatique de ces engins. La vidéo de leur présentation est ici, et j’irai la regarder très prochainement.

L’alarme vélo : peut mieux faire

Pas étonnant qu’un grand nombre d’idées viennent de la voiture, ou du scooter. Le vélo est un véhicule de transport. Il y a plusieurs types d’alarmes, qui se déclenchent quand le cable se coupe, ou quand le vélo s’agite sans qu’on lui ait demandé quoi que ce soit. L’idée est bonne, mais le problème majeur ici est la fiabilité du système, qui, s’il se déclenche sans que ce soit justifié peut être pénible. Ce sont les retours que j’ai pu lire, entre autres, sur le forum vélotaf. Les modèles vont de l’alarme à fixer sur la selle à 15€, simplement réactive aux mouvements, aux cadenas en cable ou spirale vendus entre 22 et 50€, jusqu’au U, vendu par la marque Maxi Oxford à 75€. Ce dernier n’est pas testé par la FUB, mais est noté “silver” par Sold Secure, un compromis entre sécurité et coût.

Difficile donc de se faire une idée sur la viabilité de cette idée d’alarme vélo. Cela nécessiterait des tests plus approfondis et un référencement des marques proposant ces produits car la nuisance potentielle est forte, et l’efficacité pas encore prouvée. J’ai notamment vu quelques antivols où il suffisait de boucher les hauts parleurs avec la main ou un chiffon pour diminuer fortement le volume de l’alarme. Dans tous les cas, et à part avoir confiance dans l’antivol type U de Maxi Oxford, ce dispositif doit aujourd’hui venir en complément d’un antivol traditionnel résistant.

Litelok, vers un nouveau paradigme

Litelok - De la souplesse et de la sécurité sans technologie
Litelok – De la souplesse et de la sécurité sans technologie numérique

Histoire : Projet lancé fin 2013 et basé au Pays de Galles, le Litelok promet beaucoup. Le projet a récolté 232,000£ sur Kickstarter en 2015 et se vend aujourd’hui en direct sur leur site internet. J’avais été agréablement surpris par la flexibilité et la légèreté du cadenas, et à l’inverse dubitatif devant l’aspect textile qui ne transmettait pas une impression de résistance.

Aujourd’hui : ils possèdent l’accréditation Sold secure Gold, le plus haut niveau de sécurité émis par l’agence britannique. Comparé par exemple à un Hiplok Gold, de marque britannique également, il est 2 fois plus léger pour une circonférence légèrement inférieure (2,4kg/85cm contre 1,1kg/74cm). C’est donc une réussite, car le poids à vélo se joue au kilo près, et la sécurité des cadenas suit bien souvent la courbe inverse : plus de sécurité rime avec plus de lourdeur. Il serait particulièrement intéressant de le faire tester par la FUB. Je m’en vais leur envoyer un email de ce pas, peut-être aura-t-on la chance de le voir apparaître dans le guide l’année prochaine.

Prix : 97€ + 17€ de frais de livraison

Un cadenas à vomir

Skunklock – Un cadenas qui pue une bonne fois pour toutes

Histoire : Le Skunklock fait le buzz sur internet. Financé à hauteur de 66,000$ via la plateforme Indiegogo, Il surprend et fait rire les gens. En effet, c’est un cadenas en U qui contient un gaz qui fera vomir et potentiellement fuir le voleur qui coupera une des anses. J’ai retrouvé la trace d’un cadenas en câble présenté en 2008 par un anglais, et qui possède un concept similaire mais cette fois arrose le voleur d’une peinture visible et également d’une peinture plus résistante et visible seulement aux rayons ultraviolets. Il a disparu dans les annales de la créativité.

Skunk est traduit en français par “mouffette”, un animal d’une famille pas si éloignée du putois. Le jeu de mot est double car c’est également un adjectif pouvant être attribué aux humains, et signifiant “ordure” ou “pourriture”.

Aujourd’hui : Ce cadenas est certes amusant mais il est possible d’en acheter de bien meilleurs pour moins cher. Ceux qui ont fait leurs preuves, testés par des agences indépendantes, comme Sold Secure, ou la FUB. De plus, la livraison qui était garantie en ce mois de juin 2017, vient de prendre du retard, et selon moi, la probabilité de voir un produit final fonctionnel est faible. Il n’y a aucune vidéo, ni article de personne ayant volontairement testé le produit pour garantir que le voleur soit incommodé par le produit chimique libéré. Ce genre de cadenas n’amène pas de valeur au marché actuel, mais un certain amusement éphémère. Juste un buzz quoi.

Prix : 120$ + frais d’envois en Europe non communiqués + possibles frais de douane

Le fameux porte vélo Conrad qui grimpe aux lampadaires

Je terminerai mon article par ce formidable gadget à la mode DIY (Do It Yourself, fais le toi-même) proposé en 2010 par Conrad, une entreprise allemande vendant tout type de produits et composants electronique, informatique, maison, jardin…J’avais vu cette vidéo il y a quelques années et n’ai jamais retrouvé quelque chose d’aussi inspirant et enthousiasmant. Finalement, au lieu de tenter de se protéger par des cadenas toujours plus durs et souvent plus lourds, pourquoi ne pas trouver un autre moyen de contrer les voleurs ? Placer le vélo en l’air se révèle être une technique parmi d’autre. Sorte de hacking du parking vélo urbain.


Cette solution est plus rigolote que réellement faisable, mais au fond, elle donne de nouvelles perspectives : un meilleur cadenas est-il la meilleure solution pour ne pas se faire voler son vélo ? L’invention de Conrad propose ce que les villes ne nous proposent pas encore : une solution de parking vélo sécurisée et personnelle. Ce sujet nous entraîne sur des questions que nous développerons dans un prochain article. J’ai effectivement très envie de partir en exploration sur les solutions de parking pour vélo urbain. Pourquoi ne voyons-nous que très peu d’innovation cycliste dans la ville ? Restez connectés avec velonomy pour en savoir plus !

A bientôt pour le prochain article de ce dossier vol de vélos, qui fera la lumière sur les solutions disponibles pour retrouver son vélo ! Afin que l’irréparable ne le soit plus, ensemble, unissons nous contre le vol ! Soyons prêts, soyons intelligents ! En avant !

Vol de vélo, fléau des villes

Me faire voler mon vélo est une peur qui revient chaque jour, au moment d’attacher mon précieux à un poteau. Surtout dans les lieux où je ne peux pas le garder à l’oeil. Je me suis fait voler un vélo, il y a 9 ans. Funeste jour que ce lundi de rentrée des classes, en septembre 2008. Débutant complet dans la pratique du vélo urbain, j’avais attaché le cadre à un arceau, sur un parking à vélo, à côté de la gare Lille Flandres. Un lieu fréquenté. “Attaché” dis-je, mais le terme “noué” serait plus exact, étant donné la faiblesse de ces cadenas spirale. Adieu, donc, B’twin neuf. Adieu 300€. Et j’ai dû rentrer chez moi, courses à la main. J’ai ensuite acheté un vélo à 50€, vieux et rouillé, moins susceptible d’attirer l’attention, accompagné d’un antivol en U, plus lourd, plus efficace. Et je ne suis pas le seul !

Il y a un sérieux problème avec le vol de vélo. L’autre jour, j’en vois un mal attaché dans la rue, et je dis à ma copine “En voilà un qui ne pourra pas se plaindre!”. Remarque classique. Il y a de la vérité dans ce que je dis, mais elle m’a répondu “Ta remarque devrait plutôt être : est-ce normal qu’il y ait tellement de vols?”. A qui la faute ? Pas à mon père, pas à sa mère. Ce pauvre bougre est-il vraiment responsable d’avoir mal attaché son vélo ? Lui propose-t-on des solutions adaptées ? Mais que fait la police ?!

Je ne m’attaquerai pas à une hypothétique étude psychologique ou philosophique du vol, ni même du voleur. Dans ce dossier de 4 articles, nous allons partir en exploration. Quels sont les chiffres du vol de vélo ? Quel impact sur les utilisateurs ? Quelles solutions existantes ? futures ? Que penser de tout ça ? Emmanuel Macron s’est-il fait voler un vélo ? Si oui, comment a-t-il trouvé la force de devenir président ? Voilà pour le suspense, nous allons maintenant passer à l’analyse.

De beaux chiffres, dans la moyenne européenne

Oui, tout à fait Thierry, de bien beaux chiffres pour le marché français du vol de vélo. Autour des 300.000 vols par an depuis 2006. En baisse par rapport à 2002-2003, où l’on recensait dans les 400.000 vols par an. Une partie des vols n’étant pas déclarés à la police, difficile de trouver un chiffre exact.

J’ai d’abord pensé que c’était élevé, puis je suis allé voir les chiffres les plus récents de nos pays voisins : Angleterre, Allemagne, Danemark, Hollande. Laissez moi vous dire que nous pouvons relativiser et souffler, la France, pour une fois, n’est pas une exception. Voici les données que j’ai pu récolter sur internet (les sources sont en langue d’origine du pays) :

Hollande - Champion toute catégorie
La Hollande – Championne toute catégorie

On peut remarquer le nombre exceptionnellement élevé de vols de vélo en Hollande. Il a baissé ces dernières années mais continue d’être parmi, ou peut-être le taux le plus élevé d’Europe ! Quand au Danemark, c’est l’inverse, le vol de vélo est bas. C’est surtout l’occasion de comprendre que le phénomène est également très répandu chez nos voisins.

 

Ces chiffres impressionnant m’intriguent, et m’ont fait repenser à l’histoire de Richard.

Richard est un coréen que j’ai hébergé via l’extraordinaire réseau Warmshowers, et qui a eu le malheur de laisser son vélo dehors pendant la nuit précédant sa venue chez moi à Madrid, attaché par un simple cadenas en accordéon. Adieu! Beau vélo de voyage Surly à 2000€. Bonjour! Vélo d’occaz à 300€ pour son premier trip en solo de quelques milliers de kilomètres. La peur de se faire voler son vélo est banale…chez nous. Elle ne semble pas l’être chez lui.  Il m’a expliqué qu’en Corée, les vélos se font peu voler car il y a beaucoup de caméras de sécurité. Je suis allé faire quelques recherches et j’ai trouvé un article qui ne cite pas ses sources mais avance le chiffre de 200 vélos volés par mois dans Seoul, ce qui donnerait environ 2400 vols par an pour une ville de 10 millions d’habitants, avec un taux d’élucidation des vols par la police de 50% ! (2e trimestre de 2009). Difficile d’aller plus loin dans ma recherche de chiffres sur internet, les articles en anglais sont rares mais deux amis cyclistes qui ont traversé la Corée m’ont confirmé ce que Richard me disait : le vol de vélo n’est pas un sujet. Les cadenas ne servent parfois qu’à tenir le vélo au poteau. Cet article avance le chiffre de 7300 caméras dans Seoul contre 1300 à Paris. Dans la capitale, en 2012, on est entre 4000 et 6000 vols pour une population similaire. Je n’ai pas trouvé le taux d’élucidation, mais par exemple, la moitié des arrestations du premier trimestre 2012, l’ont été pour des vols de vélib

Une enquête

J’ai voulu en savoir plus, et plonger dans les études, les recherches, les articles autour de ce phénomène. Premier constat : c’est une denrée rare. La majorité des articles de presse, ou posts de blog ânonnent les mêmes données, sans prendre la peine de donner ni une contextualisation, ni des dates précises, ni citer les sources. Les blogs se citent entre eux, c’est décevant, pas grand chose à se mettre sous la dent.

Néanmoins un rapport sorti en 2003 revient souvent, car c’est le seul a être accessible sur internet, autant dire pour la génération google, le seul qui n’ait jamais été produit.

#pasdinternet #?
#euh #pasdinternet? #oùsontlesdonnees? #generationgoogle

Dirigé par Frédéric HERAN de l’institut de recherche IFRESI-CNRS de Lille, il s’attaque avec méthode à l’analyse du phénomène et aux méthodes de prévention à l’aide de 1103 retours utilisateurs, et 630 cas de vols détaillés.

Dur apprentissage

La première chose frappante qui ressort de cette étude est le manque de précautions des cyclistes, et tout particulièrement des cyclistes débutants. Un cycliste urbain qui a 3 ans de pratique a 14 fois plus de risques de se faire voler son vélo qu’un cycliste qui a 15 ans de pratique. Les cyclistes inexpérimentés sous estiment très fortement le risque de se faire voler. C’est exactement ce qui s’est passé pour moi à Lille. Je n’avais même pas envisagé le risque de vol, l’ayant toujours laissé dans mon garage familial. Il ressort de l’étude qu’environ 1 cycliste urbain sur 2 s’est fait dérober un vélo. Tout de même. Plus simple à voler qu’une voiture ? “Seulement” 110.000 vols de voitures en France en 2016. Moins risqué et plus simple.

Une impression trompeuse

Plus surprenant, les vols concernent presque autant les lieux publics que les lieux privés, et dans ceux-ci, les locaux fermés sont de loin les plus concernés. Quelques calculs plus loin, l’auteur de l’étude nous montre que 45% des vélos volés dans les locaux fermés ainsi que 24% de ceux volés dans des cours n’étaient pas cadenassés. Les cyclistes ont donc une confiance très excessives dans les locaux fermés, ou qui donnent simplement l’impression d’être fermés et donc sécurisés. C’est un point important car 14 ans après cette étude, je vois régulièrement passer des messages sur facebook de vélos volés dans les cours, les hall d’immeubles, les garages collectifs…

Vive le vol, vive le vol, vive le vol d’été

On l’aurait deviné, les beaux jours annoncent la belle moisson car plus de la moitié des vols ont lieu d’avril à juillet, et, qu’on se le dise, ce sont surtout les vélos en bon état qui attirent les larrons. #surprenant

Après la pluie, le mauvais temps

Près de la moitié des victimes n’ont aucun moyen d’identifier leur vélo volé, et d’ailleurs la moitié d’entre eux n’ont pas porté plainte. Pas de preuve d’achat, pas d’immatriculation. Le chercheur oublie de parler des photos. Il semble que ce soit admissible comme preuve, au vu des conseils donnés par les gendarmeries, par exemple celle de Bordeaux, préconisant d’amener, entre autre pièce justificative, des photos pour réclamer son vélo.

Seulement un quart des vélos étaient assurés, et un petit 15% avait une assurance spécifique vélo, en plus des assurances habitation par exemple. La plupart des cyclistes ont donc simplement perdu leur argent.

Vélo envolé, cycliste désabusé

Un cycliste sur 5 renonce au vélo après un vol. C’est un chiffre très fort. Il n’y en a pas d’autres à disposition, c’est celui que je garderai en tête.

Le vol a donc un aspect dissuasif important. Il est à prendre en compte dans la politique de développement vélo

Il faut aussi savoir que le prix moyen d’un cycle augmente chaque année. En 2011, il s’élevait à 265€ pour atteindre 337€ en 2016. Effet VAE, montée en gamme générale, il y a plusieurs raisons à cette hausse. Elle a pour effet de poser la question du vol avec plus d’acuité, et c’est pour cela que j’ai eu envie d’écrire ce dossier spécial vol.

Les cycles prennent de la valeur – http://www.departements-regions-cyclables.org/wp-content/uploads/2017/04/Prsentation-Observatoire-du-Cycle.pdf

Mais que fait la police ?

Avec un taux moyen d’élucidation de 1% (selon le rapport sorti en 2003), on est pas sur du Sherlock Holmes. Sur l’ensemble des vélo retrouvés, 1 sur 5 l’est suite à l’action de la police. Les 4 autres se sont retrouvés tout seuls. Hasard, chance, recherches personnelles…

Perdu de recherche et jamais retrouvé
Perdu de recherche et jamais retrouvé

Contrairement à l’Allemagne par exemple, qui dispose d’une rubrique spécifique vol de vélo lorsqu’il y a déclaration de vol, ce n’était pas le cas de la France à l’époque de la sortie du rapport. Ainsi, en 2003, il n’était pas possible de distinguer un vélo d’un autre bien, et toutes les plaintes partaient dans la catégorie “autres vols simples au préjudice de particuliers”. Vols simples, vols simples…le vol était peut être simple dans les fait, mais ce n’est pas un simple vol ! Aujourd’hui il semble que les choses ont évolué. Chacun peut voir par lui même sur le site du gouvernement le nombre de plaintes pour vol de vélo en 2016 (il s’agit d’une enquête Insee-SSMSI-ONDRP, donc pas sûr que ce soit le nombre exact de demandes faites dans un commissariat).

Lors de l’étude en tout cas, sur le nombre de plaintes déposées, 5% n’ont pas été enregistrées, et 14% l’ont été avec réticence. Le numéro du cadre n’est pas demandé systématiquement, même si c’est la manière la plus simple d’identifier un vélo. On devine en filigrane le manque de moyens, d’envie ou d’ambition des institutions publiques alors que le vélo représente 8% de l’ensemble des vols déclarés en France. J’imagine bien le discours : “Félicitations Hubert, En retrouvant 10 vélos l’année dernière, vous avez fait progresser le taux d’élucidation de 30%. Les cyclistes vous doivent une fière chandelle.”

Bicycode : Belle initiative de la FUB

En 2015 a été signé un accord entre la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) et la police/gendarmerie rendant accessible la base de données Bicycode aux commissariats et autres lieux de dépôt de plainte. C’est aujourd’hui la seule base de donnée dédiée au vélo reconnue et utilisée par l’Etat. Depuis 2004, année de son lancement, plus de 237.000 vélos ont été marqués physiquement puis enregistrés sur le site bicycode.org. C’est une avancée importante, car déjà en 2011, 6,5% des vélos volés et marqués ont été restitués à leur propriétaire, alors que ce chiffre est de seulement 2 à 3% si le vélo n’est pas marqué.

Un point positif pour nos forces de l’ordre néanmoins, des sites internet ont été créés au niveau des villes, comme à Strasbourg ou à Nantes, pour publier les photos de vélos retrouvés. C’est une super initiative. J’attends maintenant l’application qui enverra des alertes automatiques aux cyclistes dépossédés illégalement de leurs bien. Bon, ne poussons pas mémé dans les orties.

Place à l’action conjointe

Le premier pas me semble clair : il faut compliquer la tâche des voleurs et des receleurs. Rendre le vol de vélo moins attractif, moins facile ! Quoi de mieux que de rendre son vélo unique ? Un mouvement collectif de marquage des vélos est en cours, nous sommes dans la bonne direction. Marquer son vélo permet également de montrer à l’Etat l’importance du phénomène, et de le pousser à réagir aux côté des usagers. Et bien sûr, ce mouvement de marquage va dans le sens du développement du vélo comme véhicule de transport quotidien car la démarche parle d’elle même : ce n’est pas un jouet pour adulte, c’est un véhicule enregistré, qui mérite l’attention de la société.

 

Merci d’avoir suivi ce premier article sur le vol de vélo ! J’espère vous avoir apporté quelques connaissances utile dans la compréhension de ce phénomène si courant, et pourtant si ennuyant.

Ma conclusion est que le cycliste urbain est responsable de l’attache correcte de son vélo car les chances de se faire dérober son précieux sont élevées et j’ai le sentiment que la société n’est pas encore prête à passer à Big Brother en mettant des caméras partout comme à Seoul. Les voleurs ont de beaux jours devant eux. A part pour des filières organisées, j’imagine mal la traque de voleurs de vélo par caméras de surveillance. Par contre, si l’usager à une responsabilité, l’Etat ainsi que les vendeurs de vélos, neufs ou d’occasion, ont le devoir d’éducation et de conseil qui va avec la vente d’un vélo. Quel cadenas est le plus sécurisé, comment attacher le vélo, à quel endroit etc. La FUB est un acteur clef dans ces questions.

En outre, il nous faut plus de données ! Les lieux de vol les plus fréquents, les vélos les plus volés. Pour cela, il faudra unir les forces et se battre pour la survie de l’empire. #vélovolé : l’usager contre-attaque. Ou sinon simplement populariser les sites existants, et travailler encore plus avec la Police sur la structuration des détails des vols. Nous verrons cela dans un prochain article.

Dans les prochaines semaines, nous allons explorer les solutions technologiques visant à limiter le vol. Il fleurit toute sorte de cadenas connectés, de GPS ou de solutions plus radicales à la Van Moof, marque hollandaise de vélos électriques. L’innovation au service du cycliste ?

 

Quand à moi, je vous dis donc au revoir, et à la semaine …

 

 

 

 

 

…euh, prochaine !

 


Pour aller plus loin :

  • Le rapport de Frédéric HERAN : https://www.bicycode.org/pages-1/Documents_PDF/rapportvol2003.pdf
  • Le site de la FUB : http://www.fub.fr/

 

Kickstarter, Indiegogo et Vélo : Goodbye inno, Hello pipeau

Chers lecteurs, bienvenue à Velonomy pour mon premier article, qui, j’en suis sûr, marquera l’histoire.
Inspiré par l’innovation, je m’étais promis de sortir le top 5 des plus gros financements de projets autour du vélo sur Kickstarter, plateforme de financement participatif américaine réputée. Après quelques recherches, et de nombreuses surprises, j’ai décidé de m’arrêter aux 2 premières, et d’analyser ces succès miraculeux. Vous comprendrez rapidement l’intérêt d’approfondir les informations lues sur internet…

#1 6 millions de dollar pour Taga bike 2.0, le triporteur des familles

© Taga Bikes 2.0
© Taga Bikes 2.0 – Extrait de la campagne Indiegogo

 

Montant : 2,6 millions de $ sur Kickstarter, 3,5 millions de $ sur Indiegogo

Contributeurs : 2323 sur Kickstarter et 1345 sur Indiegogo

Origine : Israël, Hollande

Date de financement : Juillet 2016

Concept : Triporteur permettant de transporter ses enfants facilement. Modèle de base à 650$ sans accessoires. Existe également en version électrique à 1200$.

Statut : au vu des commentaires, livraison toujours en cours et globalement en retard, quelques problèmes techniques, mais semble en bonne voie. Rien de surprenant pour un projet comme celui-ci.

Commentaires sur le projet

Nous parlons ici d’un projet qui a levé 1 million de dollars en 24 heures et 6 millions en cumulant les plateformes Kickstarter/Indiegogo. Ce produit est-il si innovant qu’il a pu convaincre 3668 personnes d’investir plus de 1000$ (avec les accessoires) dans un simple vélo pour balader ses enfants sans passer par les marques traditionnelles ?

Question bien légitime à laquelle je tenterai de répondre. Sans éclaircir le côté fulgurant de cette réussite, quelques facteurs expliquent au moins le gros succès de la campagne.

Produit & design : la simplicité même

Un vélo familial, au fonctionnement si simple, si parfait, qui rend les enfants heureux, sans oublier les parents, heureux eux aussi. Il fallait y penser ! Blague à part, les images montrent un fonctionnement des plus simples. Le fait d’avoir des enfants devant soi, qui peuvent regarder la route, être assis l’un en face de l’autre, ou regarder la personne qui pédale est plaisant. On peut également passer en version électrique pour environ le double du prix.

Par contre, si on fait une recherche légèrement plus poussée, on s’aperçoit que ce vélo n’a que 3 vitesses. Et on s’aperçoit que ce vélo pèse 22 kg à vide, auquel il faut rajouter 5 kg pour mettre le “compartiment cargo”, sans oublier les 3 kg restant pour le siège enfant. Euh… je crois que ca fait 30 kg? Avec 3 vitesses ? On pourrait avoir tendance à oublier qu’on doit ensuite ajouter un conducteur adulte, ainsi que 1 ou 2 enfants! En comparaison, un Bullit 7 vitesses pèse 22 kg. Bullit est une marque danoise de vélo cargo, souvent utilisée par des coursiers.

En fait, c’est un vélo électrique qu’on essaye de vendre ici, mais sans trop le dire.

Le prix : c’est pas cher

En effet, 650$ pour la version de base, auquel on ajoute 100$ ou 190$ pour 1 ou 2 sièges enfant, ca fait moins de 1000$ pour un vélo de transport familial, et c’est pas cher. Un vélo cargo de la marque hollandaise Babboe, une référence abordable dans le milieu, coûte dans les 2300$.

Pour la version électrique, ca nous fait un vélo qui coûte dans les 1400$. Après il y a une flopée d’accessoires qui peuvent faire monter la facture rapidement à coup de 25 ou 59$.

Un détail intéressant : les 2 campagnes Kickstarter/Indiegogo se sont lancées en même temps, parce contre, les prix Indiegogo sont d’environ 200$ plus chers, version basique ou électrique. Fallait pas se tromper de campagne !

La communication : clef de voûte

Clairement c’est très professionnel. Etant vraiment étonné par ce projet, je suis allé chercher un peu plus loin. Et en effet, Taga bikes est un spin-off de Taga, une agence israélienne de design et développement produits qui existe depuis 2001. Son dirigeant y travaille d’ailleurs toujours selon son Linkedin. Ils conçoivent des produits pour les particuliers, les professionnels et semblent spécialisés dans le domaine médical.

Taga bikes a déjà sorti un modèle de vélo-poussettes aux alentours de 2008, qui bénéficie d’un très bon référencement internet, et de multitude de commentaires plus élogieux les uns que les autres. J’en ai parcouru un paquet, mais quasiment aucune personne ayant écrit les articles n’a essayé le produit. Même chose pour le Taga bikes 2.0, pour lequel les revues internet parlent plus de la levée de 1 million de dollar en 1 heure que du produit lui même, et personne ne semble pressé de parler des raisons d’un tel exploit…

Pour ce projet Taga bikes s’est offert les services de Tross, une agence spécialisée dans la gestion de campagnes crowdfunding et qui revendique une moyenne de 832k$ par projet soutenu. Cette agence a même lancé un fonds d’investissement pour investir dans des entreprises qui se préparent à lancer une campagne de crowdfunding. Rien n’est laissé au hasard !

A en voir les chiffres de la levée de fonds, le résultat est très bon. Le référencement du Taga 2.0 est excellent : une simple recherche google fournit une multitude de résultats, le “bruit” internet est fort. De plus, la qualité de la vidéo de présentation est bonne, le travail sur les descriptions et les atouts du produits est précis …Marketing impeccable, rien à redire !

Conclusion

Comment un triporteur familial permet-il de lever plus de 6 millions de dollars ? Comment est-il possible de générer pour 1 million de dollars de commandes 24 heures seulement après le lancement du projet sur Kickstarter ? Et pourquoi les produits sont-ils plus chers sur Indiegogo ?

Bien des questions ne trouveront pas de réponses ici, et je dirais également que quelques réponses n’ont malheureusement pas trouvé de questions avant aujourd’hui !

Le produit semble être “sympa” à commander, mais à mon avis beaucoup moins à utiliser au vu de son poids. Il faudrait donc viser la version électrique pour ne pas faire rapatrier son vélo en semi remorque après une sortie. Impossible de connaître le nombre exact de version électriques vendues, mais au moins 500 personnes ont pris le modèle non électrique. J’ai compté 3668 donateurs, pour un total d’environ 6 millions de $. En moyenne ça nous donne une grossière moyenne de 1635$/donateur, ce qui semble valider la thèse d’un achat massif de version électrique. Malheureusement, l’accès aux montant engagé est impossible sur Kickstarter, et extrêmement fastidieux sur Indiegogo, voire impossible si les dons sont privés.

Ce qu’on peut anticiper, c’est l’utilisation limitée de cette version non électrique. A moins que tous ces contributeurs vivent dans des lieux plats, avec piste vélo sécurisées pour pouvoir rouler sereinement avec ses enfant à l’avant…

Une recherche de moins de 2 minutes sur internet m’a montré qu’il y avait sur le marché américain au moins 1 site qui vendait des vélos cargo de la marque hollandaise citée précédemment, Babboe, présente sur le marché depuis 2006. Certes, les enfants regardent devant, et le bloc avant ne me semble pas aussi flexible que pour le Taga, mais mettre plus de 1000$ dans un projet Kickstarter qui n’est pas garantie satisfait ou remboursé alors qu’il existe déjà des solutions me semble étrange.

Bref, vous me suivez, il y a quelque chose sous ce projet d’assez étrange. Je serais en fait plus convaincu si le projet n’avait pas levé autant d’argent. Ce produit séduit, mais ne convainc pas une personne plus éclairée, prenant le temps d’analyser un minimum le marché, de lire des tests réels pour se faire une idées concrète du produit. Parce qu’elle se serait rendu compte qu’aucun professionnel n’avait vraiment testé ce produit, alors qu’il ne me semble pas si compliqué d’envoyer 3 ou 4 prototypes à des blog/magazines spécialisés qui testeront le produit et donneront un avis de professionnels.

Il faut donc qu’il y ait autre chose pour expliquer tout cela. Un gros coup marketing destiné à se faire un nom, puis un place sur le marché peut-être? Je vous laisse imaginer toutes les possibilités…il serait intéressant d’accéder aux données des 2 sites Kickstarter/Indiegogo et jouer avec, recouper les infos des contributeurs, origine, montant, date de création du compte utilisateur, autres projets soutenus…mais ce n’est pas possible pour le moment.

 

#2 Speedx Leopard : la puissante promesse d’un vélo de course connecté

© Speedx Leopard – Extrait de la campagne Indiegogo

Montant : 2,3 millions de $ sur Kickstarter, 3,2 millions de $ sur Indiegogo, pour un total de presque 5,5 millions de $

Contributeurs : 1251 sur Kickstarter (moyenne de 2650$/contributeur), 607 annoncés sur Indiegogo (en réalité, 464 donateurs uniques, donc 6811$/contributeur)

Date de financement : Avril 2016

Origine : Chine

Concept : Vélo de course connecté permettant le suivi des performances en temps réel (ordinateur de bord intégré au vélo)

Commentaire

Nous parlons ici d’un projet qui a levé presque 5,5 millions de $ en cumulé Kickstarter/Indiegogo. Ce produit est-il si innovant qu’il a pu convaincre 1717 personnes d’investir en moyenne 3200$ dans un vélo de course ? Ci dessous, le fruit de quelques recherches innocentes sur le web…

 

Le produit : attractif

Vélo de course attractif, avec un beau design. Mais son design ne fait pas son unicité et n’est pas suffisant pour mettre au minimum 1200$ sans garantie sur une plateforme de crowdfunding. Surtout dans une industrie déjà bien saturée comme le vélo. Non, ce qui fait son unicité est la présence d’un ordinateur de bord intégré dans la potence. On branche un petit écran dans le prolongement de celle-ci et hop, vitesse, distance etc. on peut mesurer son activité. Oui, c’est sûr, c’est sympa comme concept. Mais c’est pas non universel comme fonctionnement, et dans le vélo, c’est sympa de pouvoir avoir des accessoires universels. Quand on a plusieurs vélos par exemple.

C’est une agence nommée Frog design et basée à Palo Alto en Californie, qui a conçu ce vélo.

Le prix : bas

On va pas se mentir, le prix de la version basique est extrêmement bas pour un vélo avec un tel CV (entre 1200$ et 1400$) et c’est peut-être ça qui fait la diff’. Cependant la majorité des contributeurs (760 environ) ont opté pour la version pro, entre 1900$ et 2500$, et là ce n’est plus de la blague, c’est un bel investissement…sans garantie, puisque c’est du crowdfunding (financement participatif).

A noter également qu’il y a eu une petite surprise sur les frais de douane, pour certains dans les 300$…

Le marketing !

Ah oui, nous voilà probablement au coeur de la machine Speedx.

Beaucoup de blogs ont parlé de ce projet, avec des mots très positifs. Engadget.com, Businessinsider.com, Technobuffalo.com…La liste est énorme ! Il suffit de taper “Speedx Leopard” sur google et de dérouler les pages pour s’en rendre compte. Je n’ai pas parcouru tous les articles loin de là, mais un tel référencement, pour un simple vélo de course connecté est incroyable. Notamment par des blogs qui ont des centaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux (ex : Technobuffalo.com : 226k sur twitter, 440k sur facebook). Il semble que l’équipe ait contacté tous les blogueurs potentiellement connectés à un projet comme celui-ci, en premier lieu les blogueurs technos. Technos ? Oui, ceux qui sont plus intéressés par le côté connecté que par la performance technique du vélo quoi. Vous imaginez ce que ça donne : des articles qui reprennent le message de l’équipe Speedx et s’enthousiasment sur ce vélo du futur, si incroyablement ambitieux pour s’attaquer à ce secteur. On qualifie même ce vélo de Tesla de l’industrie. Damn. C’est prometteur. Problème, quasiment aucune de ces personnes n’a testé le vélo. Une bonne communication, à moindre frais.

Référencement – Speedx Leopard – Les articles fleurissent

 

Enfin, à moindre frais…si on peut imaginer que cette com’ est gratuite pour les blogs, en descendant tout en bas de la page Kickstarter, on peut voir que Speedx a été aidé dans son marketing par Jellop, une agence de campagne de pub spécialisée dans le crowdfunding. 1$ investi dans la publicité génère selon eux entre 5 et 15$ de don ! Ils se targuent d’avoir aidé plus de 200 créateurs de projet Kickstarter pour un montant de plus de 100 millions de dollars. Pas mal. Ils ramènent des contributeurs avec de la publicité, puis prennent un pourcentage des dons générés par ces contributeurs.

Les dons : surprise !

De généreux donateurs anonymes, d’autres avec la mémoire courte…? C’est un joli méli-mélo cette liste de contributeurs. On a des contributeurs publics, qui font des dons publics ou privés, et des contributeurs anonymes qui font des dons publics ou privés.

Un contributeur anonyme à la contribution publique, et un contributeur public à la contribution privée…

En regardant la liste des dons sur Indiegogo, j’ai pu remarquer des comportements extrêmement bizarres. Des montants de dons qui ne correspondent à aucune contrepartie proposée par exemple, des donateurs qui donnent 6 fois d’affilée (attends, j’ai bien donné là? Hop je remets 29$. Ah, nan, attends j’ai bien donné là? Hop je remets 29$ etc.), voire même une énorme partie des dons qui sont en anonyme. J’ai cliqué, et cliqué, et cliqué pour avoir la liste complète des donateurs Indiegogo. Heureusement pour moi, il n’y en avait que 607. Comme il est possible de donner en anonyme, impossible de savoir pour sûr le nombre de donateurs uniques. En tout cas il y a 128 donateurs anonymes, et dans le tas restant, excel me donne 336 noms uniques. En supposant que les anonymes sont tous uniques, dans le meilleur des cas on obtient 464 contributeurs uniques pour une moyenne de 6811$/contributeur.

Attendez, c’est pas fini! En déroulant cette liste, je n’ai vu que très peu de donateurs au dessus des 2000$, et surtout j’ai vu énormément de donateurs avec des montants ridicules du type 29$, ce qui est le prix de la lampe vélo, qui peut être achetée séparément. Je me suis dit qu’il y avait anguille sous roche !

Ainsi, mon calcul donne le résultat suivant : les dons publics (visibles sur Indiegogo) équivalent à 193 009 $ seulement. Il reste donc 2 967 406 $ financés par des dons privés (pas forcément anonymes, mais le montant du don n’est pas visible). Et il n’y a que 32 investisseurs qui ont mis de l’argent en privé…oups, je crois que vous savez ou je veux en venir : 32 personnes ont investi 2 967 406 $, ce qui fait en moyenne 92 731,4375 $ par personne !!! On ne voit malheureusement pas le montant des dons sur Kickstarter, ça aurait été intéressant de faire le même calcul. La répartition semble néanmoins meilleure avec 2650$ de don moyen.

 

A la source du projet

Pour comprendre ce projet Speedx Leopard, il est bon de regarder autour de celui-ci. Speedx est vraisemblablement le nom international de l’entreprise chinoise “Beast cycling”. En 2015, la “startup” a sorti une application pour Android type Strava, avant de lever presque 500 000$ sur Indiegogo avec le “Speedforce”, un ordinateur de bord inclus dans la potence. Innovant ! (mais je vous laisse regarder les commentaires).

Ensuite en 2016, Speedx a levé 15 millions de $ auprès d’investisseurs privés, avant même de lancer la campagne du Speedx Leopard simultanément sur Kickstarter et Indiegogo. La campagne de financement leur permet de récolter 5,5 millions de dollars supplémentaires.

Conclusion

Pour s’attaquer à l’industrie du vélo, avec un produit soi-disant extraordinaire côté technique et électronique, pour un prix absolument raisonnable, mieux vaut être solide et avoir de bons arguments. La solidité financière semble acquise. Les arguments sont bons, malheureusement ils ne sont pas si crédibles, surtout après avoir lu les 2 tests conduits par 2 blogs spécialisés en vélo, bikeradar.com et road.cc qui lui donnent respectivement 1 et 1,5 étoiles sur 5.* Tests qui sont apparus bien après la fin des campagnes ! Dommage pour les clients !

Alors quel est le problème ici ? Le projet promet beaucoup mais semble complètement bancal. Un cycliste averti ne s’y tromperait pas. Un cycliste amateur pensant faire une bonne affaire pourrait engager quelques deniers sur la base de ces promesses mirifiques.

J’ai trouvé dans une interview conduite par le blog cyclingtips.com quelques points intéressants. Le cofondateur de l’entreprise, Li Gang, explique avoir lancé Speedx parce qu’il avait pris du poids, qu’il s’était rendu compte que sans la santé, on était rien, qu’il aimait le vélo et que c’était un super moyen de rester en bonne santé. Wow, c’est la première fois que je lis un truc pareil. Ah non, c’est vrai, il y a le Gorafi qui me fait rire parfois. Le deuxième point c’est l’ambition de Li : construire un 2ème Nike, ou un 2ème Under Armour. Ce qui, tout à coup, nous éclaire complètement.

Nous ne sommes pas sur un projet d’innovation dans le vélo par une startup ambitieuse, mais plutôt sur un projet de création de marque de sport chinoise, visant des parts de marché américaines et s’aidant de 2 plateformes américaines pour lancer leurs produits. Le choix du vélo est stratégique, après tout, le vélo n’est-il pas considéré de plus en plus comme le nouveau golf aux Etats-Unis? Et le besoin de se mesurer, le fameux quantified self, est démontré on ne peut plus clairement avec l’application Strava, largement répandue, gagnant 1 million d’utilisateurs tous les 45 jours (impossible de trouver le nombre d’utilisateur actif/inactif de la plateforme, chasse gardée). Mon petit doigt me dit que Speedx aimerait bien commencer par être Strava, et tente carrément pour cela de mettre le pied dans l’industrie du vélo, avant d’aller guerroyer sur d’autres marchés. Problème, leurs produits ne séduisent pas les pros du vélo. Dommage.

C’est encore une fois une dénaturation totale du concept de crowdfunding, qui sert non pas de tremplin à l’innovation, mais de support marketing en ligne, basé sur des pratiques légèrement douteuses, comme on a pu le voir dans la répartition des dons.

Mon petit commentaire de fin d’article

Cet article sur les projets les plus financés de Kickstarter s’annonçait comme une joyeuse revue d’innovations menées par des personnalités inspirées et visionnaires, et portées par une communauté de cyclistes courageux et intrépides. En fait j’ai mis le pied dans un nouveau type de business, qui consiste à créer le maximum de bruit et de buzz autour de sa campagne de crowdfunding, en ayant recours à des professionnels du marketing, puis à des méthodes surprenantes, qui apparemment ne sont pas illégales, ou du moins pas tracées par les sociétés de financement participatif américaines.

En tout cas, écrire cet article m’a donné faim ! Je veux en savoir plus ! Que veulent réellement ces entreprises ? Comment organisent-elles ces plans de financement participatif ? Cela vaut-il vraiment le coût de payer des agences de design, des agences de marketing, et des frais de plateforme pour lancer un produit déjà financé ? Quels résultats apportent de tels projets à des entreprises ? Les projets vont-ils durer sur le long terme ? Pourquoi les plateformes Kickstarter et Indiegogo ne surveillent-elles pas plus leurs plateformes et les projets pour éviter ce genre de projet douteux ?…

Cet article peut porter à désillusion sur le monde du financement participatif et sur ses promesses d’innovation, mais rassurez-vous, tout n’est pas noir et un prochain article viendra vous présenter des projets moins controversés et beaucoup plus enthousiasmants.

Je vous dis donc à la prochaine !

 

Pour aller plus loin :

http://iffres.org/2017/02/14/doute-sinstalle-crowdfunding-derives/

Article en anglais émettant des doutes sur Speedx dès juillet 2016